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2007

Mois d'août

Les Echos du 22 août

UNIVERSITE DE BAMAKO

Le Cenou en grève, les étudiants privés de bus…

Après « l'ignorance totale » de leurs doléances et « l'absence de dialogue franc », le Syndicat national de l'enseignement supérieur (Snesup) du Centre national des œuvres universitaires (Cenou) a décidé de maintenir son mot d'ordre de grève de 48 h, qui a commencé hier.

Il y a quelques jours nous évoquions le capharnaüm dans lequel les évaluations au niveau de l'enseignement supérieur ont lieu. Cette situation ne s'est guère améliorée. Au contraire, elle risque de s'envenimer avec les conséquences plausibles de la grève de 48 h déclenchée mardi par le personnel du Centre national des œuvres universitaires en cette période d'évaluations dans plusieurs facultés de Bamako.

Créé par l'ordonnance n°01/051 P-RM du 25 septembre 2001, le Cenou est un établissement public national à caractère administratif doté de la personnalité morale et de l'autonomie financière. Sa mission est de permettre aux étudiants d'étudier dans des conditions idoines (transport, logement, restauration, santé, aide sociale, bourses….) hormis les activités pédagogiques.

Aujourd'hui, le personnel dit en avoir assez de ses conditions de travail après des années d'agonies et de sacrifices. Après qu'il n'y ait eu aucune suite à son préavis de grève déposé au niveau du ministère de la Fonction publique, du ministère de l'Education nationale et surtout au niveau du directeur du Cenou, le comité syndical a finalement décidé d'exécuter son mot d'ordre de grève en « considérant la mauvaise foi et l'absence de dialogue avec la direction générale du Cenou, du ministère de l'Education nationale et du ministère de la Fonction publique, et la non satisfaction des points de revendication soumis à leur attention » .

« Au préalable, nous avions menacé de déposer un préavis de grève au niveau du ministère de la Fonction publique, mais le directeur nous a demandé de ne pas le faire en promettant de donner le plein pouvoir à son adjoint pour la satisfaction de nos doléances au bout d'une semaine. Au délai, rien n'a été réglé et le directeur a même voyagé » , explique Dr. Aboubacar A. Oumar, secrétaire général du comité Snesup Cenou. Pis, ajoute-t-il, « après le dépôt du préavis de grève le 8 août au ministère de la Fonction publique, personne ne nous a officiellement contactés jusqu'au 20 août » .

Les revendications du syndicat du Cenou s'articulent autour de trois points. Le premier a trait à la tenue du 1er conseil d'administration du Cenou depuis sa création en 2001 dans un bref délai. Le deuxième concerne la recherche d'un local adapté au Cenou pour la bonne marche du service. En effet, c'est « une villa de 4 chambres transformée en bureaux pour 89 agents » . Ce qui a comme conséquence, entre autres, « surcharge, encombrement, impossibilité de concentration sur le travail… »

Le plus grand nombre de revendications sont regroupés au sein des accords non satisfaits avec le directeur du Cenou, Abdoul Haïdara. Parmi ces revendications, on retrouve la notation du personnel du Cenou, la signature des contrats des contractuels (chauffeurs, billettistes, gardiens, manœuvres) dont la majorité travaille depuis 2003, le recyclage du personnel du Cenou à travers les formations, stages et séminaires.

A ceux-ci, il faut ajouter la dotation du personnel technique du Cenou en équipements. « Comment comprendre que parmi les 14 agents techniques du Cenou, il n'y a qu'un seul qui soit équipé ? » s'insurge le secrétaire général du comité Snesup Cenou.

En attendant le bout du tunnel, le calvaire des étudiants a augmenté tant les effets de cette grève sont ressentis sur le terrain. Ainsi, en cette période d'évaluations, nombreux sont les étudiants qui éprouvent toutes les peines du monde à joindre leurs établissements avec l'arrêt des bus du Cenou. Ceux qui sont internés n'ont pas droit aux réparations des pannes au sein de l'internat et les omis de bourses nationales ne peuvent faire aucune réclamation.

A peine arrivés à l'université, les nouveaux bacheliers sont privés, pendant cette grève, de dépôt de dossier pour les bourses nationales en vue de la prochaine rentrée académique.

Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

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COUR D'ASSISES

Six ans de réclusion pour le faux agent du MATCL

Kassoum Sissoko qui se faisait passer pour un agent du ministère de l'Administration territoriale et des Collectivités locales (MATCL), a été condamné lundi par la Cour d'assises à 6 ans de réclusion pour faux et usage de faux et escroquerie.

C'est par une affaire de faux, usage de faux et d'escroquerie impliquant Kassoum Sissoko que la Cour d'assises de Bamako a débuté le 20 août dernier ses travaux. Dans l'arrêt d'accusation, il ressort que courant décembre 2002, Kassoum Sissoko, Daba Daff et Amadou Diadié Camara se sont rendus à Konobougou auprès d'Amadou Diarra, revendeur de motos d'occasion, auquel ils ont fait l'offre d'un marché portant sur 12 motos.

Pour convaincre leur interlocuteur, Kassoum Sissoko a exhibé au revendeur de motos une carte professionnelle portant les couleurs du Mali tout en déclarant qu'il travaille au MATCL. Il a ajouté que pour la signature et la validité du bon de commande qu'Amadou Diarra met à leur disposition au moins 6 engins.

Après discussions, les parties sont tombées d'accord et le contrat a été conclu pour 6 motos : 2 motos Honda CG de type Royal, 2 Yamaha Mate 50, 1 Yamaha Mate 80 et une Jakarta, le tout pour un montant total de 4,6 millions de F CFA. Appuyé dans ses argumentations par ses deux compagnons, Kassoum Sissoko a signé le bon de livraison sur lequel, il a laissé son numéro de téléphone.

Le pot aux roses a été découvert lorsque Amadou Diarra s'est rendu au ministère indiqué conformément au rendez-vous donné et sa surprise a été grande de constater que son co-contractant n'y travaillait pas.

Par ailleurs, le soi-disant agent du MATCL a pris attache avec Soumaïla Traoré, vendeur de matériaux de construction, avec lequel il a passé un contrat portant sur l'achat d'une tonne de ciment et 8 bidons de peinture Sapec pour la somme totale de 238 000 F CFA. A ce dernier également, il a donné une fausse adresse. M. Traoré l'a cherché en vain et ne le revoit qu'à la faveur de son arrestation suite à la plainte déposée par Amadou Diarra.

Lundi, à l'instruction définitive du dossier, l'accusé a sans ambages reconnu les faits et a fait son mea culpa. « Je reconnais les faits. Les quelques années passées en prison m'ont donné à réfléchir. Je regrette mes agissements qui s'expliquaient par la période difficile que j'ai eu à traverser. Honorables membres de la Cour, je compte sur votre indulgence me permettant de recouvrir ma liberté » , s'est-il défendu.

Mais ces propos emprunts de pathos étaient loin de convaincre le ministère public représenté par le procureur général près la Cour d'appel, Mahamadou Boiré. Ce dernier a laissé entendre que l'accusé en reconnaissant les faits n'a fait que faciliter la tâche de la Cour. Toutefois, a-t-il chargé, « cela ne saurait être une excuse pour lui. Je plaide qu'il vous plaise M. le président de le maintenir dans les liens de la prévention » .

L'aveu étant la reine des preuves, la Cour présidée par son 1er président, Abdoulaye Issoufi Touré, a reconnu Kassoum Sissoko coupable des faits à lui reprochés et lui a infligé la peine de 6 ans de réclusion.

Mohamed Daou

 

L'intransigeance prônée

A l'ouverture des travaux de la 2e session ordinaire de la Cour d'assises qui comporte 70 affaires, le procureur général près la Cour d'appel a déclaré qu'ils seront intransigeants avec les fonctionnaires véreux, les enseignants et les ingénieurs en déliquescence avec la déontologie et leur serment dans l'exercice du service public, dans l'exécution des plans d'exécution de bâtiments ou ponts et chaussées, dans la transparence, dans la gestion des fonds publics, dans les examens, etc. « Nous continuerons avec fermeté la lutte contre les délinquants de grands chemins, les voleurs et casseurs qui, sous prétexte de revendications, saccagent les biens et édifices publics… » a averti M. Boiré.

M. D.

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DENREES DE PREMIERE NECESSITE

Le prix du sucre monte

A moins d'un mois du ramadan, période de forte consommation de sucre, le prix de cette denrée de première nécessité flambe progressivement sur le marché national.

Les consommateurs maliens n'ont pas encore fini de digérer la hausse du prix du lait, du riz de la viande et de la farine avec comme corollaire la diminution du poids du pain par nos boulangers que le sucre aussi entre dans la danse.

Depuis quelques semaines, le prix du sucre en poudre couramment consommé dans les ménages, enregistre une hausse sensible sur le marché du détail. Le sac de 50 kg, cédé il y a moins de deux mois à 16 500 F CFA, est monté depuis deux semaines à 17 750 F. Selon des détaillants, l'augmentation se fait sentir tous les jours et il n'est pas exclu qu'elle atteindra la barre fatidique de 20 à voire 21 000 F CFA d'ici le mois béni de ramadan.

D'habitude, pour expliquer les augmentations de prix, les commerçants grossistes, en complicité avec le gouvernement, évoquent la conjoncture internationale. Le plus souvent, il est fait état d'une flambée générale de prix sur le marché international. Cela a été le cas pour le lait, le riz qui fait face aux aléas du transport et du blé qui a fait grimper le prix de la farine entraînant une réduction du poids du pain. Mais pour la viande dont nous sommes un des gros producteurs de la sous-région et du continent, c'est la pénurie de l'aliment bétail qui a été sortie comme seule explication.

Pour ce qui concerne le sucre, il n'échappe pas à la théorie des mêmes causes provoquant les mêmes effets. A ce niveau, l'explication porte sur l'offre qui ne parvient pas à satisfaire une demande de plus en plus croissante.

Délit d'initié

Mais, ce qu'on ne dit pas, c'est que le sucre ne connaît généralement pas cette hausse sauvage que la veille du jeûne musulman. Les commerçants qui ont le monopole de cette denrée savent que les besoins de consommation passent en ce moment du simple au double, soit plus de 18 000 tonnes par mois.

L'une des raisons cachées de la flambée du prix du sucre est que le pouvoir a distribué à la pelle des exonérations à des commerçants triés sur le volet et des marabouts pour plus de 7 milliards de nos francs. Un pactole qui aurait servi, dit-on, à financer indirectement la campagne du président. Les bénéficiaires de ces exos qui ont acheté diverses marchandises (riz, lait, farine, sucre, huile, conserves de tomates, etc.) ont jugé bon de faire de la rétention de stocks.

Malgré les exos accordées à des protégés du régime et qui sont l'argent du contribuable malien, les quantités de sucre gardées soigneusement dans les magasins sont en train d'être ressorties et vendues à prix d'or aux mêmes populations. Si ce n'est pas une complicité tacite de l'Etat, il est inconcevable de donner des exonérations sur des produits et que ces mêmes produits soient vendus plus cher aux consommateurs.

A quoi bon de dire à chaque fois que telles ou telles marchandises sont suffisamment disponibles au marché ou dans les stocks alors qu'elles sont hors de portée pour le plus grand nombre si ce n'est du mépris ?

En matière commerciale et dans les conditions normales, l'Etat accorde des exonérations à des commerçants avec comme effet bénéfique une baisse substantielle du prix sur le marché. Mais tout se passe comme si les pouvoirs publics participent à un délit d'initié. Il est vrai qu'ils n'ont que dalle de la souffrance du peuple.

Abdrahamane Dicko

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BAISSE DU POIDS DU PAIN

Les consommateurs sacrifiés

En concédant aux boulangers la réduction du poids du pain pour compenser la flambée du prix du blé, le gouvernement a réellement opté pour la solution de facilité. Pis, décideurs et boulangers se sont entendu sur le dos des vrais et pauvres consommateurs dont l'avis n'a jamais été demandé dans ce marché de dupes.

« J'ai presque fait tous les pays de la sous-région. Je peux vous assurer que le pain malien aura du mal à soutenir la concurrence face à la baguette de beaucoup de pays voisins » , nous disait récemment un restaurateur de la place auprès de qui nous nous plaignions de la qualité de son pain. Une piètre qualité que tout consommateur ayant un peu sillonné le monde pouvait faire. Et la dernière mesure prise par les boulangers en complicité avec le gouvernement n'est pas de nature à améliorer le pain made un Mali.

En effet, si le prix de la baguette et du gros pain ne change pas, le poids a fondu depuis samedi dernier. Et pour cause ! La flambée du prix du blé sur le marché international a eu raison de la structure du poids du pain. De 400 grammes, le gros pain tombe à 300. Quant à la baguette, elle perd 50 grammes de son poids initial de 200 grammes. Les prix, par contre, restent inchangés : 250 F CFA pour le gros pain et 125 F CFA pour la baguette. C'est ce qu'a décidé le Cadre de concertation des acteurs de la filière-pain du Mali (CCFP).

A entendre les intéressés, l'accord découle d'une longue et laborieuse négociation qui aurait duré six mois. Le changement progressif des habitudes alimentaires, l'utilisation dans les pays exportateurs d'une partie de la production dans la production de biocarburant, le renchérissement des coûts du fret lié à la hausse du prix du baril de pétrole et le niveau bas des stocks de sécurité sont, entre autres, raisons avancées pour expliquer la hausse du prix du blé. Cela aurait contribué à raréfier l'offre en blé sur le marché mondial, avec pour conséquence une hausse des prix de 21 % sur le marché. La flambée se serait accentuée en juillet passé, atteignant 61 %.

Mais, ces données ne peuvent pas être comprises du consommateur lambda comme nous autres loin d'être satisfaits de la qualité du pain qui lui était déjà vendue. La question que nous nous posons aujourd'hui comme beaucoup d'autres Maliens, est-ce que le fait que le maintien du prix du sac de 50 kg de farine à 15 750 F CFA au lieu des 16 666 F CFA comme le souhaitait les GGM justifie réellement la réduction de moitié du poids du pain ? Pourquoi les boulangers n'ont-ils pas plutôt réduits leurs marges bénéficiaires ? Est-ce que le gouvernement peut garantir que tous les acteurs vont respecter ce deal et que certains ne vont pas diminuer davantage le poids pour arrondir leur marge bénéficiaire ? Voilà autant de questions qui sont restées sans réponses claires et précises lors de la conférence de presse de vendredi dernier.

Et si le scénario proposé par le gouvernement n'est qu'une solution palliative, il est clair qu'il n'a pas privilégié l'intérêt du consommateur comme on veut nous le faire avaler telle une bouchée de pain sec. Nous convenons avec Vincent Caravello que le pain est un produit stratégique car la révolte du pain a souvent ébranlé des régimes. Dans la situation actuelle du Mali, où tout est vendu à prix d'or, il aurait été politiquement suicidaire de cautionner la hausse de 50 F CFA sur le prix de cette denrée très prisée. Et apparemment, l'exonération sur l'importation du blé ou de la farine ne semble pas faire non plus l'affaire de l'Etat déjà en mal de recettes fiscales. Et cela à cause, en grande partie, de la corruption et de l'incivisme fiscal qui règnent dans le cercle des opérateurs économiques. Mais, à analyser de près, cette solution était celle qui convenait le mieux aux consommateurs.

En réalité, les Maliens ont de sérieux doutes sur le payement des impôts et taxes d'importation quel que soit le produit. Le scandale des fraudes sur les hydrocarbures n'a fait que confirmer ce doute. Combien d'opérateurs s'acquittent-ils réellement et entièrement de leurs taxes et impôts ? Très peu ! Il aurait été souhaitable que le gouvernement nous dise clairement quelle pouvait être l'incidence financière de l'exonération de l'importation du blé et de la farine ? Ce qui suppose qu'il nous précise la quantité de ces produits importés par an et ce que cela apporte au Trésor public. Contrairement aux opérateurs véreux qui ne ménagent rien pour étouffer notre économie, le consommateur aime sa patrie et sait se sacrifier pour elle lorsque cela est nécessaire.

Que perdrait l'Etat à exonérer le blé et la farine ? Pourquoi le gouvernement subventionne-t-il des produits qui n'ont pas d'incidence directe sur la consommation courante des Maliens et refuse de faire de même pour juguler la flambée du prix du blé ? Pourquoi les consommateurs (jusqu'à preuve du contraire, les associations qui sont au CCFP au nom des consommateurs ne les représentent en rien car jouissant de peu de crédit de leur part) ont-ils été tenus à l'écart de cette mesure qui les vise en premier lieu ?... Ce sont d'autres questions qui interpellent le gouvernement et qui méritent des réponses claires et précises.

Ce qui est sûr la réduction du poids du pain n'arrange ni les boulangers toujours sceptiques ni les consommateurs qui voient le maigre pain qui leur est quotidiennement vendu fondre davantage !

Moussa Bolly

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LE « 22-AOUT » ET LE « FRONT DU REFUS »

« 22-Août, demain l'Afrique entière sera de ton essence »

L'un des acquis fondamentaux de notre système démocratique est la possibilité donnée aux citoyens de constituer des associations pour défendre leurs intérêts et les causes qu'ils jugent justes. C'est à ce niveau que le 22-Août et ses militants proposent, dans le cadre de la conquête du pouvoir en 2012, la renaissance et la fusion des associations politiques de 1990-1991, en un front unique de combat, dénommé, le Front du refus (FDR).

51+35+11+7+4+4+2+1+1 = 116, 116 députés issus de 9 partis émanant des associations politiques qui ont organisé et conduit de mains de maître la chute du régime dictatorial du général-président d'armée Moussa Traoré, de son parti-Etat, l'UDPM (version MPR, héritier de l'UDPM) et de ses laquais. C'était le 26 mars 1991. A 5 ans de la fin du règne de l'autre général d'armée, Amadou Toumani Touré, on s'interroge sur la configuration politique au Mali en 2012 : le rapport des forces sera-t-il favorable aux forces progressistes du Mouvement démocratique ou alors aux forces rétrogrades suppôts de l'impérialisme français ? Théoriquement, l'Assemblée nationale (AN) sera, durant le dernier mandat du général-président, l'émanation des aspirations profondes de notre peuple.

Utopie, me direz-vous : « Au niveau de l'AN, c'était à peu près la même composition dans la législature 2002-2005 et le peuple n'a pas vu son sort amélioré » . Oui, mais les politiques disent : « Nous avions besoin de l'appui du général pour conforter nos positions financières et nos assises sociales afin de participer efficacement à la conquête du pouvoir en 2012 ; maintenant c'est chose faite et le véritable travail politique en direction des masses va commencer » .

Pour qui nous prend-on ? réagirez-vous : « Citez-nous un parti capable de mobiliser les masses pour la défense de la liberté, de la justice sociale et des acquis du peuple comme en mars 91. Lequel de vos 9 partis politiques ne s'est allié au parti héritier de l'UDPM, le MPR pour parvenir à l'hémicycle ? »

Mais, je vous dis que le contexte a changé, on est maintenant dans un régime démocratique, ce n'est plus la dictature d'un homme et de son clan... Arrête, vous empressez-vous de me dire : « Le peuple a toujours faim, le peuple a toujours soif, plus grave, il vit dans l'incertitude du lendemain ; son avenir, celui de ses enfants, de ses petits-enfants, de ses arrières-petits-enfants semble être ‘bouché' sous le poids de la dette » .

Mais l'un des acquis fondamentaux de notre système démocratique est la possibilité donnée aux citoyens de constituer des associations pour défendre leurs intérêts et les causes qu'ils jugent justes. C'est à ce niveau que le 22 août et ses militants proposent, dans le cadre de la conquête du pouvoir en 2012, la renaissance et la fusion des associations politiques de 1990-1991, en un front unique de combat, dénommé, le Front du refus (FDR) dont les fonctions seront, entre autres :

- Etre à l'écoute et au « service » de ses 116 représentants au niveau de l'AN.

- Participer à la diffusion, à la vulgarisation et à la traduction en langues nationales des textes de lois et des différentes décisions émanant de l'AN en direction du peuple.

- Entretenir un bulletin d'information en direction des partis du FDR et des différentes associations impliquées dans l'information, la formation, la sensibilisation et la mobilisation des différentes couches de la population pour la satisfaction de leurs besoins.

En d'autres termes pourquoi ne pas réactiver la coordination des associations politiques de 1990-1991 ? Pour ne pas ranimer les vieilles querelles de partis, il nous paraît souhaitable d'opter pour le principe de l'incompatibilité d'être au niveau de la direction d'un parti politique et de celle du FDR. Les meilleurs militants ne se trouvent pas forcément au niveau de la direction du parti. Par contre tout député du Front est président d'honneur du FDR et peut participer à ses travaux à titre consultatif.

Mais au fait, pourquoi le Front du refus maintenant ? Trois faits importants vont, à notre avis, orienter la marche de notre pays vers le développement politique, économique, social et culturel : la composition qualitative de l'AN ; le dernier mandat du général-président ATT et les visées néocoloniales de l'impérialisme français.

De la composition qualitative de l'AN

La législature 2007-2012 nous offre une AN qualitativement meilleure avec 116 députés élus sur la base de la défense des idéaux du 26 mars 91, avec en son sein, deux ex-Premiers ministres de la IIIe République, au moins quatre présidents ou secrétaires généraux de partis politiques, plusieurs anciens ministres de la IIIe République.

La venue de quatre députés Parena et de quatre « vrais » députés Sadi, pourront, nous l'espérons, vivement compenser l'absence d'un Kaourou Doucouré au niveau des débats de fond, des interpellations constructives et enrichissantes, de la dénonciation sans complaisance des tares de notre administration et des hommes chargés de la gérer.

Les députés Sadi, avec à leur tête le secrétaire général du parti, seront les meilleurs défenseurs des couches prolétariennes en général et plus particulièrement de la paysannerie dont le sort devient de plus incertain. Avec ces fleurons de la révolution de mars 91, une autre logique fera son apparition dans l'hémicycle au niveau des débats sur la liquidation des sociétés et entreprises d'Etat, sur les privatisations sauvages, sur le contenu des programmes d'ajustement structurel. Avec la formation du FDR, le peuple sera à l'écoute, le peuple sera largement informé, sensibilisé et mobilisé par les partis issus du Mouvement démocratique.

Qui mieux que ces députés du FDR pourra, avec l'appui des associations politiques affiliées, analyser les mécanismes de la corruption et proposer un schéma cohérent de lutte contre ce fléau qui mine notre société ? Un schéma qui repose sur le principe selon lequel « seul un contrôle populaire pourra mettre fin à la corruption » . Un principe que l'honorable Konimba Sidibé, ex-ministre/contrôleur général d'Etat pourra défendre, proposer et faire voter la loi du contrôle parlementaire sur les actions de l'exécutif avec l'appui sans réserve des 116 députés du FDR.

Du dernier mandat du président ATT

Le général à la retraite, Amadou Toumani Touré, ne sera pas candidat à l'élection présidentielle de 2012. La qualité de la nouvelle Assemblée nationale ne permettra pas d'entretenir la confusion du type « démission » et « retraite ». Sur ce plan, le FDR sera extrêmement vigilant.

L'enjeu en 2012 est extrêmement important : la révolution de 1991 a été récupérée par les opportunistes de droite du Mouvement démocratique appuyés par une frange de l'armée nationale. Les forces démocratiques pourront-ils en 2012 remettre les pendules à l'heure et prendre comme référence de base les objectifs fondamentaux de la révolution de 91 ?

Deux camps s'affronteront en 2012, les forces démocratiques au service exclusif du peuple et des idéaux de la révolution de mars 91 représentées par l'Adéma et le Cnid et leurs « partis dérivés » , et les forces rétrogrades suppôts de l'impérialisme, représentées par le MPR et leurs alliés camouflés dans les différentes administrations d'Etat et des opérateurs économiques spécialisés dans la corruption et le vol fiscal.

Aussi un véritable travail politique de sensibilisation, d'information et de mobilisation devra être mené auprès des masses populaires. La victoire des forces démocratiques est à ce prix. Le FDR, s'y engagera et barrera la route à la fraude, à l'achat des consciences et au pouvoir de l'argent.

De l'arrogance de l'impérialisme français

Le FDR n'est pas l'expression d'une opposition à un programme gouvernemental non encore défini. Pour le FDR, le principal ennemi des peuples africains est l'impérialisme français. La contradiction principale se situe à ce niveau. C'est pourquoi le FDR combattra tout programme gouvernemental, tout projet de société fondé sur la répartition inégale du bien national, sur l'entreprise privée comme moteur du développement, sur la soumission aveugle à tout programme d'ajustement structurel, sur la liquidation des sociétés et entreprises d'Etat, sur la corruption érigée en système.

Si ATT et son gouvernement s'inscrivent dans cette logique du FDR alors, il bénéficiera de l'appui sans réserve des forces démocratiques. L'AN pendant la législature 2007-2012 sera confrontée à trois problèmes intimement liés : l'exploitation de nos ressources naturelles, le problème du Nord et les visées néocoloniales de l'impérialisme français.

En effet, en supposant que le sous-sol malien contienne du pétrole ou du gaz ou de l'uranium, etc., et que ceci soit situé dans la partie nord du territoire national, dans la zone rebelle, on imagine alors toutes les mises en scène de l'impérialisme français pour déstabiliser le pays en favorisant les conflits ethniques. La question fondamentale est de savoir si le pouvoir en place est suffisamment fort, politiquement, intellectuellement, moralement et matériellement pour affronter l'impérialisme français et tous ses suppôts de l'intérieur.

Tout porte à croire que le pouvoir législatif saura affronter le problème et être à la hauteur de la tâche. La prise du pouvoir, en France, par la droite et les forces rétrogrades est une donnée importante à intégrer dans l'analyse de la situation socio-économique des pays africains sous domination française, comme le Mali, et du rapport France-Afrique. Le président français annonce très tôt les couleurs ; la renaissance de la philosophie et des méthodes fascistes est à l'ordre du jour.

Se référant aux propos de l'idéologue du fascisme, le directeur de conscience d'Hitler, pour qui « comme par un balbutiement de la force vitale châtiée, le Nègre est apparu aux heures sombres du tertiaire... Il est né des êtres rampants… » et le président français Nicolas Sarkozy ajoute , « l'Africain refuse d'entrer dans l'Histoire » .

« Le 22-Août » en considérant l'impérialisme français comme l'ennemi des peuples africains et du peuple français, exhorte les forces démocratiques et les partis politiques artisans de la révolution de mars 91, à s'unir pour barrer la route aux suppôts de l'impérialisme. L'union des forces démocratiques dans le Front du refus est une nécessité historique pour notre peuple dont les conditions de vie deviennent de plus en plus précaires.

Le FDR pour remplir sa mission de formation et de mobilisation a besoin d'un organe d'information au service des partis politiques du FDR et des différentes associations œuvrant pour le bien-être des populations urbaines et rurales. Malheureusement, les organes des partis politiques ont tous disparu : Alternance (du parti Adéma/PASJ), Danbe (du Cnid/Faso Yiriwa ton), Réveil (de l'Union soudanaise-RDA).

Yèlèma qui, sans être le journal d'un parti politique, se proposait d'être le porte-drapeau de la révolution de mars 91, n'a pas pu résister aux multiples difficultés liées à la parution régulière d'un journal essentiellement tourné vers le débat politique et la formation idéologique des militants de la révolution.

A l'aube de la rentrée parlementaire, la question de la création du FDR dans l'hémicycle et de son bulletin d'information se pose avec acuité. Utopie, rêve, éventualité probable, peu probable, très peu probable, impossible, véritable folie... ? Le débat est ouvert.

Mamadou Lamine Kanouté

(militant du 22 août)

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 QUAND LES LIONS AURONT LEURS PROPRES HISTORIENS

Gongoloma Soké répond à Nicolas Sarkozy

Quand j'ai lu le texte du discours de Nicolas Sarkozy à Dakar , j'ai eu envie de crier « Au secours, la Françafrique revient ! ». Car si l'on admet que Chirac et ses prédécesseurs présidents français représentent le recto de la Françafrique , Sarkozy en est certainement le verso. Les premiers sont des « pères de la Françafrique  », un peu bougons quelquefois mais décrétant à la Mitterrand (celui de La Baule) les moments et les modes de changements politiques en Afrique. Le second lui joue au « père fouettard », convaincu qu'il faut quelque peu « violenter » ses enfants pour qu'ils aient honte et changent (la honte est un sentiment révolutionnaire, n'est-ce pas ?).

J'ai eu envie de crier au retour de la Françafrique parce que Sarkozy était convaincu qu'il pouvait tenir ces propos à Dakar : il ne pouvait pas le dire chez Césaire qui a mis du temps avant d'accepter de le recevoir ; il ne peut pas le dire en Afrique du Sud qu'il n'a pas visitée lors de sa tournée parce que, dit son entourage,  « il n'était pas sûr de rencontrer Mandela » .

Quand j'ai nourri le dessein de répondre à Sarkozy, mon ancien DG (le directeur de publication du journal Cauris, qui ne paraît plus hélas !), comme pour me créer des problèmes, m'a interpellé en ces termes : «  Hé, Gongoloma  ! Fais preuve de mesure car si Sarkozy n'est pas notre ami, il a été élu par un peuple ami   » . Il est vrai que le DG a beaucoup d'amis en France, parmi lesquels beaucoup de jeunes d'Afrique, pardon de jeunes de France et pas des immigrés naturalisés, s' iou plait ! Mais des jeunes Français de France, des Français Français quoi ! J'avais envie de ne pas tenir compte de tout ce fatras de sentimentalisme dont abusent parfois nos soi-disant amis. Mais, même s'il ne me paye plus, je continue à avoir, pour le DG, une véritable… amitié.

De plus, je suis d'une civilisation où la vérité n'est pas plus importante que l'amitié, parce qu'elle n'en constitue qu'un pilier parmi d'autres comme la confiance, l'estime réciproque, le respect mutuel. La vérité doit être toujours dite à un ami, mais toujours sur un ton d'ami : les mots et le ton de quelqu'un qui sait qu'il s'adresse à un alter ego, qu'il estime assez pour veiller à ne pas offenser. Vous n'avez pas compris ? Je prends un cas extrême. Par exemple, il y a un proverbe chinois qui dit : «   Quand le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt   » . Tu veux, en t'adressant à un ami, énoncer ce proverbe ? Tu peux dire  «   Quand le sage montre la lune, l'autre regarde le doigt » . Cet autre, c'est le contraire du sage, pas forcément un « imbécile » . Par exemple ça peut être un Kéita, un Konaté, un Touré, un Sissoko, un Maïga , peu importe ! Mais, je me laisse distraire.

La question que je me suis tout de suite posé, après avoir lu le discours du président français, est celle-ci : Mais qu'est ce qui fait courir Sarkozy ?

Est-ce cette idée qu'il a avancée il y a déjà quelques années que la France ne se donne qu'à celui qui la veut le plus ? Cette méthode qui consiste à « violenter » la France pour en accéder à la présidence a bien marché pour lui. La preuve… Mais est-ce la bonne méthode pour la Françafrique , a fortiori pour l'Afrique entière ?

Est-ce plutôt ce comportement excessif de l'immigré arrivé en position de pouvoir dans son pays d'adoption, qui en fait toujours trop pour prouver qu'il est bien « intégré »  ? Mon ancien DG (directeur général s' iou plait !) m'a raconté une aventure qu'il a vécue (et comment !) au moment où il travaillait à la FAO à Rome, à la fin des années 1980. Années d'avant la révolution mondiale où peu de Blancs prenaient l'avion entre Rome et Paris, à plus forte raison des Nègres, je veux dire des Noirs.

Le hasard a voulu que ce jour, il ait été le seul Noir à bord de l'avion et que dans l'équipe de douaniers à Roissy, il y ait eu un seul Noir. Alors que tous les passagers se dirigeaient tranquillement vers la sortie, ce dernier s'est détaché du groupe de douaniers pour apostropher le DG. Après la question d'usage sur ce qu'il a à déclarer, il demanda au DG d'ouvrir ses bagages. Celui-là a craqué (il était encore jeune !) et s'adressa ainsi au douanier Français (mais immigré naturalisé) : «   C'est tout de même formidable, ça ! Une vraie histoire de Nègres : vous êtes le seul douanier nègre et moi le seul passager nègre et vous trouvez moyen de n'ouvrir les bagages qu'à moi seul !   » . L'autre, décontenancé, lui dit alors :  «   Vous pouvez passer, Monsieur   » . Le DG, qui se fait vieux maintenant, en est tout de même encore indigné.

Est-ce cette amitié rude qui peut unir des hommes rudes, comme certains « poilus » et certains « tirailleurs sénégalais » qu'ils oubliaient de considérer comme tels, mais plutôt comme des frères d'armes ? Que Nenni ! Sarkozy ne fait pas que rudoyer ses « amis » , il utilise un ton qui s'attaque à un des piliers de l'amitié, le respect mutuel et profond.

Quand j'ai entendu certains extraits de son discours sur RFI, avec en prime cette information qu'il a tenu ces propos à l'Université… Cheikh Anta Diop , j'en ai sincèrement voulu aux autorités sénégalaises. Je leur en ai voulu de laisser profaner ainsi la mémoire d'un des fils de l'Afrique qui a le plus lutté pour rétablir la vérité historique sur l'Afrique, non pas seulement du passé mais du présent et du futur. Je leur en ai voulu parce que tout le monde savait ce que Sarkozy était capable de dire des Africains. Et ce n'est pas un hasard si Sarkozy n'a pas cité une seule fois Cheikh Anta Diop dont il évite jusqu'au nom en appelant l'université qui porte son nom «   Université de Dakar   » .

Ce n'est pas un hasard s'il ne cite ni Soyinka, ni Césaire, ni Damas, ni Hampaté Ba , ni Joseph Ki-Zerbo , etc. Et ce n'est pas un hasard s'il cite Senghor et Camara Laye : n'en déplaise à ceux qui aiment ces auteurs, je ne peux m'empêcher (moi aussi) de citer, ici, le proverbe turc : « Quand la hache pénétra dans la forêt, les arbres dirent : le manche est des nôtres » .

Moi Gongoloma , j'ai d'abord pensé qu'il fallait laisser nos hommes politiques et nos intellectuels relever ce défi, lancé sur les terres africaines et en plus, dans une université. Légitime comme attitude, Non ? Remarquez que je ne suis pas trop naïf et j'étais plutôt convaincu que les hommes politiques africains allaient très peu réagir. J'ai d'autant plus apprécié la réaction de mon compatriote (Eh oui, je suis Malien) le trois fois président Alpha Oumar Konaré (deux fois président du Mali et une fois celui de la Commission de l'Union africaine). Un homme politique important donc, et qui a eu le courage de réagir assez vivement tout en faisant preuve de courtoisie :  « Le discours de Nicolas Sarkozy rappelle des déclarations fort anciennes, d'une autre époque. Je suis certain que le président souhaite la rupture. Mais il faut l'aider dans la rupture, il a besoin de mieux connaître l'Afrique   » .

J'en attendais plus des intellectuels. Et j'ai eu des réponses doctes, doctissimes parfois car raccrochant la pensée de Sarkozy à Lévy-Bruhl, au père Tempels , etc. Je me suis d'ailleurs demandé pourquoi ces intellectuels ne remontaient pas plus loin dans l'histoire car enfin, le problème que pose Sarkozy est celui du regard d'un certain Occident (il y a des Occidents comme il y a des Afriques ) sur « l'étranger » . N'oublions pas en effet que les Grecs appelaient les autres peuples les « barbares » et les étrangers installés dans leurs cités les « métèques » .

Mes savantissimes professeurs qui m'ont enseigné l'importance de la vision de l'altérité dans les relations qu'une civilisation entretient avec d'autres civilisations ont voulu aussi me convaincre qu'il ne fallait pas attacher un sens péjoratif à ces mots. Allons donc !

C'est l'historien français Thierry Camous (pas Camus, hein !) qui a raison, en précisant que les 25 siècles de conflits violents qui ont opposé les Occidents et les Orients reposent en grande partie sur l'intolérance, le refus d'accepter comme son égal celui qui présente des différences d'avec soi : « Vingt-cinq siècles de carnage ininterrompu au nom de la différence entre les hommes ont de quoi donner le vertige   » . Il ajoute : «   Mais, en vérité, il n'est rien de plus vertigineux que de constater avec effroi qu'à l'Ouest comme à l'Est, rien de nouveau   » . Et il termine, pessimiste : «  … l'Histoire semble prendre un malin plaisir à faire de la thèse brouillonne de Samuel P. Huntington une sombre prophétie …  »

Parlant de l'Afrique et de l'Europe, Sarkozy dit : «   On s'est entretué en Afrique au moins autant qu'en Europe   » . Ceci est inexact, car d'une part de nombreuses civilisations africaines ont d'autres mécanismes de résolution des conflits que l'affrontement et, d'autre part, l'histoire de l'Europe est une histoire non pas seulement de conflits violents mais surtout de carnages (le carnage étant conçu comme la stratégie de base) : «   La rencontre provoquée et consciente, décisive, dite « bataille rangée »… demeurera, en Occident, depuis la Grèce ancienne et jusqu'au XXe siècle, le mode de résolution unique des conflits   » . Et la religion n'y pourra rien, comme en témoignent les carnages lors des guerres de religion et comme en témoigne l'exportation de cette violence sur l'Orient, les continents d'Afrique et des Amériques.

Plus loin, Sarkozy dit, toujours en s'adressant aux jeunes d'Afrique : «   La colonisation n'est pas responsable… des dictateurs  (africains) » . En somme, le néocolonialisme n'existe pas ! Même cette Françafrique dont Sarkozy prétend vouloir s'éloigner, n'existe pas ! Oyez, jeunes d'Afrique ! Vous êtes responsables de l'assassinat de Mondlane , de Moumié , de Lumumba, de Cabral. Vous êtes responsables de la disparition de Ben Barka à… Paris ! Vous êtes responsables de l'arrivée au pouvoir de Bokassa, Mengistu, Amin Dada, Mobutu, etc. Vous avez sauté sur Kolwezi, vous avez amené certains autres Africains dans les soutes de vos avions pour les installer, comme des fantoches, au pouvoir ! Vous êtes responsables des opérations Manta , Epervier, Osite , Requin, Noroit , Godoria , Verdier, Simbleau, Turquoise, Addax et j'en passe.

Ce n'est pas vous ? Vous étiez trop jeunes ? Ce sont donc vos frères. Eux aussi étaient trop jeunes pour les premières opérations ? Ce sont, dans tous les cas, des parents à vous. Ce n'est pas la France, que nenni ! Ce ne sont pas d'autres pays d'Europe, non plus.

Pas de repentance ! Pas de leçon de morale ! Mais alors d'où vient cette logomachie sur l'Afrique et son refus «   d'entrer dans l'histoire   » , sur l'âme des Africains, sur l'immobilisme de l'Africain, de l'Homme noir, sur le poids de la tradition. Ah ! Elle a bon dos, la tradition, surtout quand on l'oppose au progrès. Il est vrai que ce qui est qualifié en Occident «   d'individualisme moderne   » se traduit en premier lieu par la révolte des individus contre la hiérarchie au nom de l'Egalité, et en second lieu par la dénonciation de la tradition au nom de la Liberté. Mais nous, Africains, nous avons une conception différente de l'égalité et nous attachons plus d'importance à l'équité.

Nous avons une conception différente de la liberté, nous attachons plus d'importance à la solidarité. Nous avons une autre conception de la tradition et c'est Fily Dabo Sissoko qui écrit : «   La tradition est un courant de vie, constamment alimenté de sucs nouveaux, qui poursuit sa course irréversible vers son Devenir. Elle est mouvement. Et nulle part, le mouvement ne s'oppose au progrès   » .

Rassurez-vous, M. Sarkozy, les jeunes d'Afrique veulent « s'approprier les droits de l'Homme, la démocratie…   » . Mais, nous autres Africains, voulons une définition plus consensuelle des droits humains, où les valeurs cardinales que nous défendons pourront être prises en compte. Par exemple, cette valeur si importante pour cette partie de l'Afrique où vous avez prononcé votre allocution : le respect dû à l'étranger (que vos pays piétinent allègrement tous les jours). Nous voulons vous montrer que ce que vous nous imposez comme l'acte le plus important dans la construction de la démocratie, la tenue d'élections générales, n'est pas forcément notre priorité, à côté de points cruciaux pour notre vie comme le respect de l'autonomie des institutions locales, grâce auxquelles nous gérons notre quotidien.

Comme vous voyez, M. Sarkozy, nous avons conscience de nos différences d'avec vous, nous sommes, comme vous le dites, assurés de notre identité, de nos valeurs, de nos convictions. Une de ces convictions est que pour s'ouvrir, pour échanger, pour partager avec les autres, il ne suffit pas d'être assuré de son identité, il faut savoir accepter les autres hommes comme des égaux, avec leurs différences ( « leurs odeurs   » comme disait Chirac), il faut savoir régler les conflits autrement qu'au kärcher .

«   L'Afrique a le droit au bonheur comme tous les autres continents du monde   » . Qu'à Dieu ne plaise ! Merci de cette découverte, M. Sarkozy. Et pour avoir ce bonheur, au même titre que les autres, nous rêvons d'une autre synthèse qui ne concerne pas que nous, mais tous les êtres humains, qui ne doivent pas se perdre. C'est Aimé Césaire qui explique : «   Il y a deux façons de se perdre : par ségrégation murée dans le particulier ou par dilution dans l'universel   » .

C'est pourquoi il importe que vous laissiez les Africains écrire leur propre histoire. Que savez-vous en effet du paysan africain ? Que savez-vous des trésors de stratégie qu'il a dû déployer pour survivre dans un contexte économique et politique de plus en plus défavorable ? Ce n'est pas la bataille contre la nature qui lui pose le plus de problèmes, c'est la difficulté qu'il a d'empêcher d'autres hommes, beaucoup plus puissants que lui, de s'emparer du fruit de son travail. Ces mécanismes d'expropriation, vous les connaissez autant que nous puisque vous faites partie de ceux qui les actionnent.

Alors vous ne pouvez pas être l'historien des pauvres, des démunis, des dominés. Ce que vous direz de ces gens, en pratiquant la politique que vous pratiquez, ne sera que le discours du dominant. Il est vain de vouloir nous convaincre du contraire car, comme dit le proverbe, «   Aussi longtemps que les lions n'auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur   » .

Gongoloma Soké

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 NAGNOUMA COULIBALY, BASKETTEUSE

Une joueuse talentueuse qui rêve de NBA

Elle réédite l'exploit de remporter, à chaque occasion sur le continent et dans le monde entier, le titre de la meilleure rébondeuse. Nagnouma Coulibaly, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, a récemment rendu visite à votre quotidien préféré, Les Echos. Portrait d'une des basketteuses les plus douées de sa génération.

A 18 ans (née le 31 mai 1989), Nagnouma Coulibaly vient de poser ses valises à Brest. Evoluant au poste de pivot, la talentueuse basketteuse a fait ses débuts officiels avec l'AS Commune III en 2003. Détectée par Amara Traoré, entraîneur de cette formation communale, elle s'est vite adaptée au poste de pivot à la faveur des conférences de basket et des compétitions des ligues de Bamako.

« Amara Traoré m'a tout donné » , nous confie Nagnouma. En 2005, le Djoliba demande les services de Nagnouma pour la phase finale de la Ligue des champions de clubs féminins. Une opportunité qui lui a permis de remporter avec les Rouges le premier trophée continental d'un club malien, toutes disciplines confondues. Elle était donc du voyage de Hongrie pour le Mondial des clubs.

Championne d'Afrique des juniors avec le Mali à Cotonou, des espoirs au Mozambique, elle a toujours été élue meilleure rébondeuse et sélectionnée dans les « cinq majeures » . Son talent lui ouvre également les portes de l'équipe nationale féminine des seniors. Avec qui elle se classe 6e au championnat d'Afrique à Tunis. En 2006, le Mali s'octroie la 5e place à la Can au Nigeria.

L'ancienne sociétaire de la Commune III et du Djoliba s'est frayée un chemin en or dans le professionnalisme après avoir éclaboussé le basket national et continental de son talent et de sa classe. L'aventure a commencé par Toulouse (France). Mais, depuis quelques mois, Nagnouma évolue au sein de l'équipe des Pleyber-Christ (Brest) avec laquelle elle a signé un contrat de deux ans. Présentement, elle est en négociation avancée avec un club belge. « Je suis en contact avec les Belges, mais j'attend l'aval des Brestois » , reconnaît-elle.

En attendant, elle ne se contente pas de faire de la figuration à Brest puisqu'elle figure parmi les « cinq majeures » de son équipe. « Après Toulouse, j'ai du me battre pour avoir une place de titulaire à Brest » , avoue aujourd'hui Nagnouma Coulibaly du haut de son 1,95 m. Sa présence a permis à sa formation, très constante dans le basket français depuis plusieurs saisons, de marquer le championnat de France cette année.

Le saint des saints du basket

C'est dire que la meilleure rébondeuse des derniers mondiaux (espoirs et juniors féminins), des Coupes d'Afrique des nations (juniors et espoirs) s'illustre avec brio dans l'un des clubs les plus populaires d'Europe. Déjà, avant de quitter le Mali, Nagnouma avait accumulé les titres avec l'AS Commune III et le Djoliba.

Aujourd'hui, Nagnouma rêve naturellement de jouer dans le très prestigieux NBA. Un défi qui n'est pas au-dessus de son talent. Ce pivot efficace a un palmarès assez fourni à la hauteur de ses qualités sportives et humaines exceptionnelles. Elle a ainsi récemment étoffé son palmarès avec les titres de la meilleure rébondeuse des mondiaux juniors « Slovaquie 2007 » et espoirs « Moscou-2007 » avec l'équipe nationale.

De l'avis de nombreux observateurs, elle a beaucoup contribué aux parcours des Aigles lors de ses différentes campagnes africaines et mondiales. « Nous avons fait de notre mieux pour défendre les couleurs de notre pays. Le Mali n'était pas parti pour remporter le titre, mais pour apprendre. Et l'apprentissage a été très difficile » , confesse-t-elle.

Dans les jours à venir, la surdouée du basket malien va disputer le 20e championnat d'Afrique des nations « Sénégal-2007 » . Et pour Nagnouma, « c'est un autre challenge. Mais, avec une préparation idoine, nous irons loin » . Elle ajoute : « Notre mission est de faire résonner partout l'hymne national de notre pays, tant en Afrique qu'à travers le monde » .

Inutile alors de dire que Nagnouma et ses coéquipières sont conscientes de leur responsabilité à l'égard de la nation.

Boubacar Diakité Sarr

 

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