Les Echos du 21 août
ACCORDS DE PARTENARIAT ECONOMIQUE
Le Mali signera son certificat de décès
Entre 16 et 28 milliards de F CFA ! C'est la perte annuelle que les Accords dits de partenariat économique (APE) vont causer à l'économie malienne. Ces données chiffrées sont du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, S. E. Moctar Ouane.
A entendre parler le ministre, le gouvernement malien va signer les APE quels que soient leurs impacts. Les indices sautent à l'œil et les propos sont révélateurs : « Si les Accords ne rentrent pas en vigueur le 1er janvier 2008, il y aura un vide juridique. L'Union européenne (UE) sera obligée d'appliquer aux ACP le principe de la clause de la nation la plus favorisée » , Moctar Ouane dixit.
Ainsi, l'histoire est-elle en train de donner raison à Louis Michel, le négociateur en chef de l'UE sur les APE. En effet, ce dernier avait déclaré, au cours d'une rencontre à Accra le 23 juin 2007 que « les Africains sont obligés de signer les APE avant la date butoir du 31 décembre 2007 » .
Pour se donner bonne conscience, le ministre Ouane souligne que « l'UE s'est engagée à mettre en place un Fonds régional destiné aux APE pour financer les coûts d'ajustement et autres mesures d'accompagnement » .
Les déclarations du ministre des Affaires étrangères sont d'une extrême gravité pour un pays qui se dit souverain. Ce que le ministre ne dit pas, c'est que le montant d'environ 22 milliards d'euros que l'UE a convenu dans le cadre du 10e Fonds européen de développement (FED, le seul fonds destiné à l'ajustement des APE), est bien loin des montants sollicités par les ACP.
Dans la région d'ESA (Afrique australe et orientale) par exemple, ces ressources constituent seulement la moitié de ce dont on a besoin. Pour manifester son désaccord, l'Association professionnelle des organisations paysannes (AOPP) est sortie de son silence et a organisé un point de presse mercredi dernier.
L'élimination des droits de douane sur tous les produits venant d'UE sera un déclin significatif des recettes fiscales des pays africains. Ce qui, à la longue, signifiera moins d'argent pour l'éducation, la santé, les services sociaux de base. Ce qui va inexorablement entraîner la croissance du taux de chômage, l'insécurité économique et l'instabilité politique. L'ouverture du marché ne suffit pas pour que le commerce joue son rôle dans le développement économique d'un pays.
Augmentation de la pauvreté
Pour que les APE soient efficaces et stimulent le développement des pays africains et des marchés régionaux, les pays africains doivent établir leur compétitivité et la renforcer. Ils ont besoin de ressources pour augmenter leur capacité de production, pour faire face aux contraintes de l'offre et des infrastructures… Pour l'Afrique, les conséquences de la libéralisation signifient privatisation des services publics essentiels (transport, eau, électricité, communications) et réduction de l'aide dont ont besoin les fermiers, les producteurs et autres opérateurs économiques vulnérables.
Les APE demandent aux pays ACP de supprimer jusqu'à 90 % de leurs tarifs afin d'accéder au marché européen. Les régions de libre-échange représentent un grand risque pour les pays ACP qui ont peu de chances d'avoir un meilleur accès à l'espace économique européen, eu égard à une série de règles de l'UE (sanitaires, géographiques, etc.)
D'autre part, l'agriculture de laquelle dépendent 80 % de la population rurale africaine, va être mise sous pression par la concurrence des importations européennes, bon marché parce que subventionnées. Tel que demandé, les industries naissantes sur le continent seront en danger car elles ne seront pas en mesure de concurrencer les unités industrielles européennes. Pis, il faudra même s'attendre à la faillite de celles qui existent déjà avec son lot de chômage et de malaise social.
La réduction de la pauvreté et le développement sont les principaux points de l'Accord de Cotonou. Mais, une libéralisation commerciale rapide n'est pas la meilleure façon de développer des pays d'Afrique déjà éprouvés par les programmes d'ajustement structurels de Bretton Woods qui n'ont jamais donné les fruits escomptés.
Amadou Sidibé
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CORTEGES DE MARIAGE
Etat de grâce pour un phénomène dangereux
Aujourd'hui, nous sommes témoins de scènes absurdes et surréalistes sur les trottoirs et dans nos rues à cause de cortèges de mariages, qui prennent de plus en plus de l'ampleur. Et cela malgré la décision de la police de les réprimer sur les trottoirs en cas d'infraction…
Le mariage est la procédure qui établit un rapport légal entre un homme et une femme. Il scelle donc l'union entre eux, et il est tout à fait raisonnable que les nouveaux mariés soient joyeusement accompagnés au seuil de leur nouvelle vie pourvu que cela se fasse dans des cadres paisibles et sains. Hélas ! Tel n'est plus le cas au Mali depuis belle lurette.
En cette veille de mois de ramadan, Bamako est le théâtre d'une profusion de mariages, qui offrent l'occasion de manifestations de joie comme les cortèges. Fortement ancrés dans les habitudes, les cortèges sont aujourd'hui un phénomène dangereux à tous points de vue. La démonstration de joie tourne le plus souvent en safaris tragiques et mortels.
Impossible de circuler à Bamako maintenant les jeudis, samedis après-midi et les dimanches à cause des débordements, des excès, des scènes surréalistes et absurdes liées à ces courses folles dans le district et, de plus en plus, dans les villes de l'intérieur.
En effet, on peut observer des acrobaties de motocyclistes juchés à deux, trois ou quatre sur des engins à deux roues. Quant aux conducteurs de voitures, ils rivalisent de témérité avec les pilotes du Paris-Dakar , voire de Formule 1.
Toutes choses qui font que les principes sacro-saints du code de la route sont foulés au pied, car ces scènes ont lieu aussi bien sur les artères de la ville que dans les rues de nos quartiers. C'est ainsi que, au nez et à la barbe des agents de la circulation, les participants aux cortèges de mariage sont les auteurs de surcharge, d'excès de vitesse, de conduite en état d'ébriété, de non respect des feux de signalisation, du refus d'obtempérer…
La conséquence de ces débordements et infractions transforme souvent des mariages, événements majeurs de joie, en scènes de drame dans la mesure où on y déplore toujours des blessés graves et même souvent des décès dus aux accidents. A ceux-ci, il faut ajouter les pertes énormes que ces cortèges causent aux autres citoyens empêchés de vaguer tranquillement à leurs activités à cause des embouteillages qu'ils occasionnent.
Désordre et inefficacité des mesures
Tous ces actes insignifiants et périlleux se déroulent au vu et au su des autorités sans que celles-ci prennent une mesure efficiente pour les contrecarrer. Nous nous souvenons que la police avait pris la décision de réprimer toutes les infractions au code de la route commises lors des cortèges. Mais, les citoyens se sont très vite rendus à l'évidence que cette volonté n'aboutirait jamais à une réelle répression de ces safaris moto-autos dans nos villes.
Selon un agent de circulation, ce sont des personnalités qui sont même responsables de l'état de grâce dont bénéficient les cortèges au Mali. « Quand nous arrêtons un cortège de mariage ou décidons de le sanctionner pour infraction au code de la route, nous sommes sommés de fermer les yeux par un haut cadre de ce pays ou par l'un de nos supérieurs hiérarchiques » . A l'en croire, les mesures ne peuvent pas fonctionner dans la mesure où, dans notre pays, le social prime sur toute autre considération sécuritaire voire humaine.
Cet agent de circulation est soutenu par un conseiller municipal de Bamako qui, au niveau de sa mairie, avait pris des mesures visant à dissuader les excès. Mais, il a été vite stoppé dans sa détermination de sévir contre les récalcitrants. « J'avais conditionné la célébration du mariage à la limitation du nombre d'engins à la devanture de la mairie. Cela a marché quelque temps avant qu'un baron du régime ne mette fin à mes illusions en affirmant que je ne disposais d'aucune loi pour appliquer cette mesure » , a-t-il déploré.
A quel sain les citoyens doivent-ils alors se vouer ? Certainement à leur instinct qui leur permet de prendre leurs jambes au coup pour ne pas être fauché par les engins fous d'un cortège !
Ogopémo Ouologuem
(stagiaire)
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SABALIBOUGOU EST
Des déguerpis attendent leurs parcelles
Le problème foncier de Sabalibougou-est, appelé la bande des 140m, perdure depuis une dizaine d'années. Une association des habitants de ce quartier se mobilise pour entrer dans ses droits qu'elle estime spoliés par l'ancienne équipe municipale. Celle-ci est accusée d'avoir loti la zone en violation d'un arrêt de la Cour suprême.
Le lotissement de Sabalibougou en Commune V du district de Bamako découle d'un projet de réhabilitation général. Un projet approuvé par l'arrêté N°2200/MTTP du 14 avril 1987 prévoyant une zone de recasement à l'ouest et à l'est de Sabalibougou.
Les opérations de lotissement de la zone ouest se sont déroulées sans problèmes majeurs Par contre à l'est, les populations appelées « occupants illégaux » se sont farouchement opposés. Celles-ci ont créé une association dénommée « Association des habitants de Sabalibougou est (Ashe).
L'association entama une bataille judiciaire devant la Cour suprême qui lui a été d'ailleurs favorable. L'arrêt N°80 du 30 juin 1994 de la section administrative de la Cour suprême précise : « la réhabilitation de Sabalibougou-est est un impératif qui doit être poursuivi ; la réhabilitation n'entraîne pas nécessairement casse systématique (rasage) de toutes les concessions existantes mais le tracé des voies et tous autres aménagements nécessaires par les besoins d'intérêts collectifs ; à cet effet, les opérations en cours seront annulée ; elles devront être reprises avec la collaboration effective des populations concernées ».
Les populations de Sabalibougou-est désirant freiner le processus de déguerpissement et espérant faire partie de l'opération de réhabilitation ont à cet effet adressé une requête au Tribunal administratif de Bamako le 13 septembre 2000. Celui-ci prit l'ordonnance N°4 du 26 septembre 2000, qui exige à l'administration, l'application dans toutes ses dispositions de l'arrêt N°80 du 30 juin 1994 de la Cour suprême.
L'interprétation demandée par le maire de la Commune V Adama Dieudonné Zallé, courant septembre 2000, de l'arrêt ci-dessus mentionné a été refusée par ordonnance N°05 du 09 octobre 2000 du Tribunal administratif.
La colère des populations
L'équipe municipale conduite par M. Zallé de 1998 à 2003 a procédé au recensement des occupants de la bande des 140m avant l'opération de démolition. Des déguerpis ont reçu des notifications de recasement à Kabala. Le reste, au nombre de 35 personnes, doit être recasé dans le cadre de la mise en œuvre de la première séquence de règlement des problèmes fonciers dans le district de Bamako. Une décision prise par le gouvernement et qui a été la condition sine qua num de la levée de la dernière mesure de suspension des attributions du domaine privé immobilier de l'Etat.
Les populations regroupées au sein de Ashe déversent leur colère sur l'ancien maire Dieudonné Zallé qui aurait selon elles, fait fi des ordonnances N°04 et 05 des 26 septembre et 19 octobre 2000 du Tribunal administratif de Bamako lui demandant l'application de l'arrêt N°80 portant sur la réhabilitation complète du quartier. Malgré l'arrêt et les deux ordonnances, le maire a ordonné de raser le 30 mai 2002 leurs maisons détruisant leurs biens. L'association dit avoir consenti d'énormes sacrifices pour entrer dans ses droits. Plus de 7 millions de nos francs ont été engagés par ses propres moyens pour les frais d'huissiers, d'avocat et d'expertise immobilière.
L'association dénonce l'abus de pouvoir de l'ancien maire et surtout la spéculation foncière entretenue dans la zone avec la vente de parcelles à usage commercial, à de richissimes commerçants de la place.
Les populations de Sabalibougou fondent néanmoins beaucoup d'espoir sur le maire Demba Fané et toute son équipe municipale et le chef du gouvernement qui a promis de trouver une solution définitive avant l'entrée en fonction du nouveau gouvernement attendu dans quelques semaines.
Le gouvernement, à travers le Premier ministre, s'est engagé à gérer définitivement cet imbroglio foncier en Commune V. La commission domaniale chargée de régler les litiges domaniaux siégeant au ministère de l'Administration territoriale et des Collectivités locales a opté au cours de sa réunion du 18 mai 2007, pour le règlement social du problème.
C'est ainsi qu'après enquêtes foncières dans le district de Bamako, le gouvernement a mis à la disposition de la mairie de la Commune V 194 ha à Kabala, pour prendre en charge l'ensemble des problèmes de recasement de ses populations. Banankoro, un autre site prévu par le gouvernement pour dénouer les litiges fonciers à Bamako est réservé aux 35 personnes non recasées de la bande des 140m de Sabalibougou.
Abdrahamane Dicko
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