Les Echos du 17 août
MECHAGE
La tronçonneuse et les couteaux
Les observateurs de la scène politique ont eu du grain à moudre. Dans sa dernière sortie concernant le processus électoral qui s'est enfin achevé par la proclamation des résultats du second tour des élections législatives, la Cour constitutionnelle a qualifié tous les candidats et tous les élus de cette année de fraudeurs.
Dans une sorte de réquisitoire sans concession, le président de la Cour, Salif Kanouté, s'est dit convaincu que tous « se sont installés à demeure dans la fraude généralisée ». A l'écouter on aurait cru entendre un opposant au régime ou quelqu'un qui conteste la légitimité des élus. Mais ce n'est ni l'un ni l'autre. D'autant plus qu'il a activement participé à ce qu'il dénonce.
Salif et son institution ont fait le lit de toutes les fraudes qui ont émaillé les élections de cette année. Du début à la fin, ils ont été saisis de toutes les failles du système et de toute l'armada qui a été mise en place pour que les élections ne soient qu'une sorte de formalité à remplir, les élus ayant déjà été « nommés ».
Et pourtant, la Cour a donné son feu vert et sa caution en déclarant à chaque fois que tout s'était bien déroulé entonnant la même chanson que l'Administration et les observateurs étrangers. Alors d'où lui vient l'idée de déclarer de la manière la plus solennelle que tous les candidats sont des fraudeurs ? Mauvaise conscience ?
Je n'y crois pas beaucoup. Ces gens-là ont la conscience verrouillée et il faudrait plus que des fraudes massives pour les ébranler. Un accès de lucidité ? J'y crois encore moins parce que c'est sciemment qu'ils ont joué la partition qui leur a été attribuée. Est-ce enfin parce que presque tous sont partants et qu'ils obéissent au fameux adage bamanan qui voudrait que « taaba tè bo gnouman kè » (après moi le déluge) ? Peut-être.
Dans tous les cas, tout le monde se demande encore comment M. Kanouté a pu passer à des aveux complets, comme s'il avait bu une quelconque élixir de vérité. Je remarque juste que sa sortie à la tronçonneuse ne dérange pas les principaux accusés. Ils sont élus, point barre. Qu'ils ne soient pas légitimes, qu'ils soient mal élus ; cela n'est plus leur problème.
Le président de la Cour, s'adosse, confortablement si je puis m'exprimer ainsi, sur le mutisme des délégués (y compris les délégués de l'institution qu'il préside) pour arguer qu'il n'y a pas de preuves des fraudes énumérées. Mais il a oublié au passage de parler de son propre mutisme même quand la Constitution lui fait obligation de parler. Comme par exemple son mutisme à propos de la loi électorale qui est le soubassement légal de toutes les dérives constatées. Encore qu'il faut relativiser le manque de preuve.
Tous les candidats qui se sont plaints ont apporté des preuves matérielles que la Cour a rejetées d'un revers de la main quand ce ne fut pas avec dédain. A la présidentielle, le FDR avait signalé et apporté la preuve que de vrais bulletins de vote circulaient dans la zone de Sikasso. Malgré le constat des huissiers, Salif et ses collègues ont estimé que ce n'était pas grave. Or, tout comme il n'y a pas de petite injustice, il n'y a pas également de petite violation de la loi. Alors que cette violation de la loi aurait pu avoir comme conséquence d'annuler tout le scrutin. Parce que la Cour n'avait pas la preuve que la même chose n'a pas été faite dans d'autres localités à travers le pays. Surtout que le samedi 28 avril, c'est-à-dire la veille du scrutin présidentiel, le Parena, constat d'huissier à l'appui, avait saisi des vrais bulletins de vote sur des gens qui votaient.
La Cour a estimé que ce n'était pas de nature à influer sur l'élection. Dès lors, M. Kanouté et ses collègues n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes. Ils seront aux premières loges du tribunal de l'histoire quand le moment viendra de rendre compte.
Je ne terminerai pas sans parler de cette prérogative que les membres de la Cour se sont octroyée en changeant pour ne pas dire en nommant des députés à la place de ceux qui sont sortis des urnes. En 2002 déjà, j'en avais parlé quand elle avait changé 17 députés de l'Adéma. Cette année, le nombre a changé mais la victime est restée la même. Or je me dis que quand on peut annuler plus de 20 000 voix pour obtenir un résultat contraire, autant reprendre les élections.
Dans la foulée de la proclamation des résultats, la nouvelle Assemblée a été convoquée en session extraordinaire pour le 3 septembre prochain avec un ordre qui tourne autour de l'élection du président, des membres du bureau, de l'examen du règlement intérieur et de la constitution des groupes et commissions.
A écouter les uns et les autres, cela risque de saigner. Les couteaux sont déjà sortis et les candidats aussi. Logiquement, la présidence de l'Assemblée nationale revient à l'ADP. Logiquement toujours, dans ce groupe, c'est l'Adéma qui a son mot à dire parce que disposant du plus grand nombre d'élus. En fonction du poids de chacun et des dispositions du règlement intérieur, les autres postes pourront être attribués. C'est sûr qu'il y a des ambitions personnelles qui ne manqueront pas de s'exprimer.
Mais que chacun fasse en sorte de ne pas se faire dévorer par son ambition et ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre. Ils n'ont qu'à relire la fable de la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf. Le fait majoritaire, même relatif, doit pouvoir s'exprimer. Tout le reste est vain.
Vouloir entraîner le président de la République dans le choix du président de l'Assemblée, en mettant en avant qu'il doit donner son avis et qu'il faudrait que les prétendants soient des fidèles à ATT, nous éloignent du débat. Que chacun reste dans son rôle surtout qu'au niveau de l'ADP, ils sont tous des fidèles d'ATT. La différence se fera au rapport des forces en présence.
El hadj TBM
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DOSSIERS DE LA CIA
La maîtresse du président
Ou quand les sérieuses relations internationales sombrent dans une vulgaire affaire de fesses frelatées…
Avant d'aborder dans le fond mon blabla du jour, j'aimerai rassurer le procureur Sombé Théra, les pontes du Mouvement citoyen et les petits agités qui déversent leur fiel de haine sur tous ceux qui ne sont pas d'accord avec leur poulain : le présent article ne concerne absolument pas Amadou Toumani Touré. Le président de la République dont je parle est bien identifié : Fidel Castro, de Cuba.
Cette mise au point étant faite, espérant qu'à mon prochain séjour au Mali, je n'aurai pas à faire escale au village touristique de Bamako-Coura, j'en viens à mon histoire. La CIA, la Centrale de renseignement des USA, sous la pression des élus et des citoyens américains, vient de dévoiler des pans entiers de ses archives, notamment les dossiers concernant les assassinats ou tentatives de meurtre contre des dirigeants étrangers ou des opposants taxés de « communistes » ou « révolutionnaires ».
Il n'est un secret pour personne que du temps de la Guerre froide, l'animosité entre Cuba et les Etats-Unis avait atteint un point de non-retour. Au début des années 1960, le président John Kennedy décide donc de recourir aux grands moyens : la liquidation pure et simple du Lider Maximo : Fidel Castro qui règne sur l'île depuis 48 ans. (Ironie de l'histoire, JFK, a été assassiné depuis 1963).
La CIA reçoit donc le mandat de tuer Fidel. Ses experts les plus redoutables en liquidation physique, ceux qui avaient fait leur preuve en Iran, au Congo-Kinshasa ou en Colombie se mettent au travail. Au total, selon les archives dévoilées, plus de 37 tentatives contre Castro, dont le désastreux débarquement de la Baie des cochons, ont eu lieu, évidemment sans succès.
Le plus cocasse dans l'affaire, c'est que le seul essai qui est passé à un cheveu de réussir concernait une affaire de mœurs. Au début des années 1970, dépassé par la baraka du leader cubain, la CIA recrute une jeune femme comme agent double et décide de l'envoyer à La Havane afin d'infiltrer le régime.
La demoiselle, une blondasse un peu idiote qui pense que la réussite d'une femme se trouve entre ses cuisses et non dans sa cervelle, est d'une beauté à faire jurer le mollah Omar. Très rapidement, par ses déhanchements nonchalants, sa démarche lascive et sa voix évanescente, elle attire l'attention de Fidel qui, c'est un secret de polichinelle, après les cigares, adore les créatures pulpeuses et les galbes prononcés. L'agent double de la CIA devient la maîtresse de Fidel qui, au summum de sa forme physique, s'envoie régulièrement au septième ciel dans une chambre bien gardée d'un hôtel de La Havane.
Une fois bien ferré et amoureux de l'agent secret, Fidel devient vulnérable et commence à céder aux caprices de sa maîtresse qui devient de plus en plus exigeante. Les agents de la CIA à La Havane, sous la couverture officielle de « conseillers culturels » d'un pays occidental complaisant, décident de passer à l'attaque. Ils remettent à la fille un… cigare piégé. Elle est chargée de le remettre officiellement à Castro le jour de la fête de l'anniversaire du révolutionnaire.
Eh oui, même les prolétaires sont souvent mondains ! La fille réussit effectivement à remettre le cigare à Castro. Malheureusement pour la CIA, alors que les agents s'attendaient à ce que le chef visé allume le cigare et se fasse littéralement péter la face, Fidel décide de conserver le cadeau dans… un coffret en signe de reconnaissance éternelle de son amour. La maîtresse a beau insister, Fidel refuse de griller le cigare. Pis, il commence à soupçonner sa douce de rouler pour une puissance étrangère.
C'est son frère Raoul qui réussira finalement à débusquer la maîtresse indigne. Mais, les services cubains n'auront pas sa peau. Elle prendra la fuite le même jour, dans un hélicoptère de Guantanamo Bay pour son pays natal. Le patron de la CIA, désabusé, notera ce jour : « Cet enfoiré nous a encore échappé » . Imaginez qu'en plus, la CIA rapporte cette histoire avec trois versions différentes, juste pour se sentir moins ridicule.
Pour terminer, je voudrais rassurer le procureur Sombé Théra : Fidel n'a pas fait un enfant illégitime à sa maîtresse, la maîtresse n'a pas fait de chantage à Fidel en déboulant au conseil des ministres, et aucun professeur d'espagnol ou journaliste cubain n'a été emprisonné. Ce n'est pas une fiction, mais un petit détail bon à savoir dans l'histoire des relations internationales.
Ousmane Sow
(journaliste, Montréal)
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Info-flash
Le médecin et son assistante en liberté provisoire
Le médecin et son assistante de l'hôpital Gabriel Touré, qui étaient accusés d'homicide involontaire sur la personne de l'avocate Me Touré Aïda Niaré et placés sous mandat de dépôt ont bénéficié hier d'une liberté provisoire. Lundi, les syndicats de médecins avaient menacé de partir en grève s'ils n'étaient pas libérés.
« MAITRESSE DU PRESIDENT »
L'enseignant Bassirou Minta libéré
Dernier protagoniste encore en prison, l'enseignant Bassirou Minta a été libéré le mardi dernier après avoir passé deux mois de prison ferme que lui ont été infligés pour les raisons et dans les circonstances que l'on sait, les princes du jour, oubliant qu'ils auront un jour à répondre devant le peuple et devant l'histoire, de leur acte et de leur gestion.
Les enseignants qui ont présenté, dans cette affaire, une piètre figure semblent se ressaisir. Ils ont en effet décidé de consacrer les premiers cours de la rentrée prochaine, au niveau de tous les cycles d'enseignement, au sujet de « La maîtresse du président de la République » .
On retiendra de ce procès qu'il n'est ni plus ni moins qu'un signal fort à l'endroit de la presse et de tous ceux-là qui auront l'outrecuidance d'émettre des opinions qui ne plairont pas à Koulouba.
A. Kalambry
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