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2007

Mois d'août

Les Echos du 17 août

MECHAGE

La tronçonneuse et les couteaux

Les observateurs de la scène politique ont eu du grain à moudre. Dans sa dernière sortie concernant le processus électoral qui s'est enfin achevé par la proclamation des résultats du second tour des élections législatives, la Cour constitutionnelle a qualifié tous les candidats et tous les élus de cette année de fraudeurs.

Dans une sorte de réquisitoire sans concession, le président de la Cour, Salif Kanouté, s'est dit convaincu que tous « se sont installés à demeure dans la fraude généralisée ». A l'écouter on aurait cru entendre un opposant au régime ou quelqu'un qui conteste la légitimité des élus. Mais ce n'est ni l'un ni l'autre. D'autant plus qu'il a activement participé à ce qu'il dénonce.

Salif et son institution ont fait le lit de toutes les fraudes qui ont émaillé les élections de cette année. Du début à la fin, ils ont été saisis de toutes les failles du système et de toute l'armada qui a été mise en place pour que les élections ne soient qu'une sorte de formalité à remplir, les élus ayant déjà été « nommés ».

Et pourtant, la Cour a donné son feu vert et sa caution en déclarant à chaque fois que tout s'était bien déroulé entonnant la même chanson que l'Administration et les observateurs étrangers. Alors d'où lui vient l'idée de déclarer de la manière la plus solennelle que tous les candidats sont des fraudeurs ? Mauvaise conscience ?

Je n'y crois pas beaucoup. Ces gens-là ont la conscience verrouillée et il faudrait plus que des fraudes massives pour les ébranler. Un accès de lucidité ? J'y crois encore moins parce que c'est sciemment qu'ils ont joué la partition qui leur a été attribuée. Est-ce enfin parce que presque tous sont partants et qu'ils obéissent au fameux adage bamanan qui voudrait que « taaba tè bo gnouman kè » (après moi le déluge) ? Peut-être.

Dans tous les cas, tout le monde se demande encore comment M. Kanouté a pu passer à des aveux complets, comme s'il avait bu une quelconque élixir de vérité. Je remarque juste que sa sortie à la tronçonneuse ne dérange pas les principaux accusés. Ils sont élus, point barre. Qu'ils ne soient pas légitimes, qu'ils soient mal élus ; cela n'est plus leur problème.

Le président de la Cour, s'adosse, confortablement si je puis m'exprimer ainsi, sur le mutisme des délégués (y compris les délégués de l'institution qu'il préside) pour arguer qu'il n'y a pas de preuves des fraudes énumérées. Mais il a oublié au passage de parler de son propre mutisme même quand la Constitution lui fait obligation de parler. Comme par exemple son mutisme à propos de la loi électorale qui est le soubassement légal de toutes les dérives constatées. Encore qu'il faut relativiser le manque de preuve.

Tous les candidats qui se sont plaints ont apporté des preuves matérielles que la Cour a rejetées d'un revers de la main quand ce ne fut pas avec dédain. A la présidentielle, le FDR avait signalé et apporté la preuve que de vrais bulletins de vote circulaient dans la zone de Sikasso. Malgré le constat des huissiers, Salif et ses collègues ont estimé que ce n'était pas grave. Or, tout comme il n'y a pas de petite injustice, il n'y a pas également de petite violation de la loi. Alors que cette violation de la loi aurait pu avoir comme conséquence d'annuler tout le scrutin. Parce que la Cour n'avait pas la preuve que la même chose n'a pas été faite dans d'autres localités à travers le pays. Surtout que le samedi 28 avril, c'est-à-dire la veille du scrutin présidentiel, le Parena, constat d'huissier à l'appui, avait saisi des vrais bulletins de vote sur des gens qui votaient.

La Cour a estimé que ce n'était pas de nature à influer sur l'élection. Dès lors, M. Kanouté et ses collègues n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes. Ils seront aux premières loges du tribunal de l'histoire quand le moment viendra de rendre compte.

Je ne terminerai pas sans parler de cette prérogative que les membres de la Cour se sont octroyée en changeant pour ne pas dire en nommant des députés à la place de ceux qui sont sortis des urnes. En 2002 déjà, j'en avais parlé quand elle avait changé 17 députés de l'Adéma. Cette année, le nombre a changé mais la victime est restée la même. Or je me dis que quand on peut annuler plus de 20 000 voix pour obtenir un résultat contraire, autant reprendre les élections.

Dans la foulée de la proclamation des résultats, la nouvelle Assemblée a été convoquée en session extraordinaire pour le 3 septembre prochain avec un ordre qui tourne autour de l'élection du président, des membres du bureau, de l'examen du règlement intérieur et de la constitution des groupes et commissions.

A écouter les uns et les autres, cela risque de saigner. Les couteaux sont déjà sortis et les candidats aussi. Logiquement, la présidence de l'Assemblée nationale revient à l'ADP. Logiquement toujours, dans ce groupe, c'est l'Adéma qui a son mot à dire parce que disposant du plus grand nombre d'élus. En fonction du poids de chacun et des dispositions du règlement intérieur, les autres postes pourront être attribués. C'est sûr qu'il y a des ambitions personnelles qui ne manqueront pas de s'exprimer.

Mais que chacun fasse en sorte de ne pas se faire dévorer par son ambition et ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre. Ils n'ont qu'à relire la fable de la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf. Le fait majoritaire, même relatif, doit pouvoir s'exprimer. Tout le reste est vain.

Vouloir entraîner le président de la République dans le choix du président de l'Assemblée, en mettant en avant qu'il doit donner son avis et qu'il faudrait que les prétendants soient des fidèles à ATT, nous éloignent du débat. Que chacun reste dans son rôle surtout qu'au niveau de l'ADP, ils sont tous des fidèles d'ATT. La différence se fera au rapport des forces en présence.

El hadj TBM

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DOSSIERS DE LA CIA

La maîtresse du président

Ou quand les sérieuses relations internationales sombrent dans une vulgaire affaire de fesses frelatées…

Avant d'aborder dans le fond mon blabla du jour, j'aimerai rassurer le procureur Sombé Théra, les pontes du Mouvement citoyen et les petits agités qui déversent leur fiel de haine sur tous ceux qui ne sont pas d'accord avec leur poulain : le présent article ne concerne absolument pas Amadou Toumani Touré. Le président de la République dont je parle est bien identifié : Fidel Castro, de Cuba.

Cette mise au point étant faite, espérant qu'à mon prochain séjour au Mali, je n'aurai pas à faire escale au village touristique de Bamako-Coura, j'en viens à mon histoire. La CIA, la Centrale de renseignement des USA, sous la pression des élus et des citoyens américains, vient de dévoiler des pans entiers de ses archives, notamment les dossiers concernant les assassinats ou tentatives de meurtre contre des dirigeants étrangers ou des opposants taxés de « communistes » ou « révolutionnaires ».

Il n'est un secret pour personne que du temps de la Guerre froide, l'animosité entre Cuba et les Etats-Unis avait atteint un point de non-retour. Au début des années 1960, le président John Kennedy décide donc de recourir aux grands moyens : la liquidation pure et simple du Lider Maximo : Fidel Castro qui règne sur l'île depuis 48 ans. (Ironie de l'histoire, JFK, a été assassiné depuis 1963).

La CIA reçoit donc le mandat de tuer Fidel. Ses experts les plus redoutables en liquidation physique, ceux qui avaient fait leur preuve en Iran, au Congo-Kinshasa ou en Colombie se mettent au travail. Au total, selon les archives dévoilées, plus de 37 tentatives contre Castro, dont le désastreux débarquement de la Baie des cochons, ont eu lieu, évidemment sans succès.

Le plus cocasse dans l'affaire, c'est que le seul essai qui est passé à un cheveu de réussir concernait une affaire de mœurs. Au début des années 1970, dépassé par la baraka du leader cubain, la CIA recrute une jeune femme comme agent double et décide de l'envoyer à La Havane afin d'infiltrer le régime.

La demoiselle, une blondasse un peu idiote qui pense que la réussite d'une femme se trouve entre ses cuisses et non dans sa cervelle, est d'une beauté à faire jurer le mollah Omar. Très rapidement, par ses déhanchements nonchalants, sa démarche lascive et sa voix évanescente, elle attire l'attention de Fidel qui, c'est un secret de polichinelle, après les cigares, adore les créatures pulpeuses et les galbes prononcés. L'agent double de la CIA devient la maîtresse de Fidel qui, au summum de sa forme physique, s'envoie régulièrement au septième ciel dans une chambre bien gardée d'un hôtel de La Havane.

Une fois bien ferré et amoureux de l'agent secret, Fidel devient vulnérable et commence à céder aux caprices de sa maîtresse qui devient de plus en plus exigeante. Les agents de la CIA à La Havane, sous la couverture officielle de « conseillers culturels » d'un pays occidental complaisant, décident de passer à l'attaque. Ils remettent à la fille un… cigare piégé. Elle est chargée de le remettre officiellement à Castro le jour de la fête de l'anniversaire du révolutionnaire.

Eh oui, même les prolétaires sont souvent mondains ! La fille réussit effectivement à remettre le cigare à Castro. Malheureusement pour la CIA, alors que les agents s'attendaient à ce que le chef visé allume le cigare et se fasse littéralement péter la face, Fidel décide de conserver le cadeau dans… un coffret en signe de reconnaissance éternelle de son amour. La maîtresse a beau insister, Fidel refuse de griller le cigare. Pis, il commence à soupçonner sa douce de rouler pour une puissance étrangère.

C'est son frère Raoul qui réussira finalement à débusquer la maîtresse indigne. Mais, les services cubains n'auront pas sa peau. Elle prendra la fuite le même jour, dans un hélicoptère de Guantanamo Bay pour son pays natal. Le patron de la CIA, désabusé, notera ce jour : « Cet enfoiré nous a encore échappé » . Imaginez qu'en plus, la CIA rapporte cette histoire avec trois versions différentes, juste pour se sentir moins ridicule.

Pour terminer, je voudrais rassurer le procureur Sombé Théra : Fidel n'a pas fait un enfant illégitime à sa maîtresse, la maîtresse n'a pas fait de chantage à Fidel en déboulant au conseil des ministres, et aucun professeur d'espagnol ou journaliste cubain n'a été emprisonné. Ce n'est pas une fiction, mais un petit détail bon à savoir dans l'histoire des relations internationales.

Ousmane Sow

(journaliste, Montréal)

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Info-flash

Le médecin et son assistante en liberté provisoire

Le médecin et son assistante de l'hôpital Gabriel Touré, qui étaient accusés d'homicide involontaire sur la personne de l'avocate Me Touré Aïda Niaré et placés sous mandat de dépôt ont bénéficié hier d'une liberté provisoire. Lundi, les syndicats de médecins avaient menacé de partir en grève s'ils n'étaient pas libérés.

 

« MAITRESSE DU PRESIDENT »

L'enseignant Bassirou Minta libéré

Dernier protagoniste encore en prison, l'enseignant Bassirou Minta a été libéré le mardi dernier après avoir passé deux mois de prison ferme que lui ont été infligés pour les raisons et dans les circonstances que l'on sait, les princes du jour, oubliant qu'ils auront un jour à répondre devant le peuple et devant l'histoire, de leur acte et de leur gestion.

Les enseignants qui ont présenté, dans cette affaire, une piètre figure semblent se ressaisir. Ils ont en effet décidé de consacrer les premiers cours de la rentrée prochaine, au niveau de tous les cycles d'enseignement, au sujet de « La maîtresse du président de la République » .

On retiendra de ce procès qu'il n'est ni plus ni moins qu'un signal fort à l'endroit de la presse et de tous ceux-là qui auront l'outrecuidance d'émettre des opinions qui ne plairont pas à Koulouba.

A. Kalambry

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AFFAIRE D'ESCROQUERIE D'OR

Non-lieu pour l'ex-procureur de la Commune VI

L'ex-procureur de la Commune VI, Mahamane Allassane Maïga, arrêté courant 2003 dans une affaire d'escroquerie d'or portant sur 40 kg de faux or pour un montant de 90 millions de F CFA, a recouvré la liberté. A travers l'arrêt n°29 de la Cour suprême du 27 juillet 2007, il a bénéficié d'un non-lieu.

Le non-lieu prononcé par la Cour suprême concerne également, l'inspecteur de police du 7e arrondissement, Abderhamane Younoussa Maïga et l'informateur du procureur, Massa Sangaré. L'arrêt indique que « les enquêtes n'ont revélé aucun élément constitutif d'infraction à la loi pénale concernée par les fais susmentionné » .

Par contre, leurs co-accusés : M'Bouillé Ndao, Drissa Berthé dit Diawara, Mamadou Sacko, Moussa Coulibaly, Abdoulaye Ouattara dit Alain, Sidi Mohamed Haïdara et Salia Yéyé sont maintenus dans les liens de l'accusation. Ils restent en prison jusqu'à la prochaine session de la Cour d'assises. La Cour suprême a retenu contre eux les charges « d'association de malfaiteurs et d'escroquerie » .

Ils sont pour leur part reconnus d'avoir fait usage de fausses qualités d'orpailleurs en Guinée pour les uns et transitaire à Bamako pour un autre et de manœuvres frauduleuses. Une combine qui leur a permis de vendre à leur client Bakary Diaby des poudres de cuivre à la place de l'or de meilleure qualité (22 carats) pour la somme de 90 millions de F CFA.

Abdrahamane Dicko

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ABDOUL WAHAB MOULEKAFOU, PDG AFB

« Nous nous sommes sacrifiés pour le peuple malien »

Après une visite minutieuse des installations de l'Abattoir frigorifique de Bamako, son PDG a bien voulu nous accorder un entretien dans lequel il parle des travaux effectués et ceux en cours, les efforts déployés pendant la crise de la viande et de ses relations avec les bouchers.

Les Echos : Pouvez-vous nous présenter l'Abattoir frigorifique de Bamako ?

Abdoul Wahab Moulékafou : L'Abattoir frigorifique de Bamako a été privatisé en 2003. Ma famille l'a racheté et j'en suis le PDG. Malgré les difficultés de départ (machines en panne, état des lieux…), nous avons fait améliorer la situation de l'abattoir petit à petit. C'est ce qui nous a amené à une étude de modernisation de l'Abattoir. L'étude a été réalisée par le Centre de développement pour les entreprises (CDE) basé à Bruxelles. Le coût de la modernisation s'est chiffré à plus de 5 milliards de F CFA. Nous avons fait la première phase qui concerne l'aspect physique, la 2e phase (équipement) est en cours et la 3e phase (congélation) est à 95 % exécutée. Aujourd'hui, nous employons environ 170 personnes y compris les saisonniers. Pour le moment, l'Abattoir s'occupe seulement du traitement de la viande. Notre objectif principal demeure l'approvisionnement correct de nos compatriotes en viande.

Les Echos : Quelles sont les dispositions prises par l'Abattoir pour un approvisionnement satisfaisant des Maliens en viande, surtout en période de crise ?

A. W. M. : Comme d'habitude, l'Abattoir fait tout son possible pour que les Maliens soient correctement approvisionnés en viande. Notre travail concerne seulement l'abattage, mais nous avons répondu favorablement à la sollicitation du gouvernement au moment de la crise en acceptant d'acheter le bétail nous-mêmes. Nous avons travaillé pendant 20 jours dans le cadre de la subvention du gouvernement et avons fait un mois sans prendre de taxes avec les bouchers. Mes employés et moi-même avons tout mis en œuvre pour mettre fin à la crise en dépit des difficultés occasionnées par l'exportation des vaches. Nous nous sommes sacrifiés pour le peuple malien et le gouvernement. Nous pensons donc avoir accompli notre mission de service public.

Les Echos : Comment sont les relations entre l'Abattoir et les bouchers ?

A. W. M. : Seulement la paix et la concorde existent entre l'Abattoir et les bouchers. Nous défendons les intérêts des bouchers comme les nôtres. Nous sommes interdépendants, car nous allons de pair. C'est donc l'entente cordiale entre nous comme les syndicats de bouchers peuvent le témoigner.

Les Echos : Quels sont les projets de l'abattoir ?

A. W. M. : Nous sommes très ambitieux et nos projets sont énormes. Ils visent essentiellement à mieux améliorer la qualité de nos services et de nos installations pour le grand bonheur de nos compatriotes. Pour l'instant, nous préférons les taire et les dévoilerons à la fin des travaux en cours ou en gestation.

Propos recueillis par

Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

 

Les bouchers confirment la bonne entente

Le secrétaire général du syndicat des bouchers du district de Bamako, Amadou Fomba, a confirmé les propos du PDG de l'Abattoir frigorifique de Bamako concernant leurs rapports. Selon lui, « il n'y a aucun problème entre l'Abattoir et nous les bouchers. Nous travaillons dans de bonnes conditions et payons à notre tour à l'Abattoir les taxes de redevance que nous lui devons » .

Toutefois, M. Fomba a, pour la énième fois, fustigé l'attitude du gouvernement à qui il attribue la cherté de la viande. « C'est le gouvernement qui est responsable de la cherté de la viande. Au moment de la crise, elle a, à notre demande, promis d'empêcher l'exportation du bétail, une chose qu'elle n'a pu faire que pendant une semaine. Arrêtez l'exportation du bétail, vous verrez que les prix de la viande reviendront au niveau du pays réel ! » a-t-il tranché.

O. O .

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SADA DIARRA A IBRAHIM G. MAIGA

« L'US-RDA a rendu le Mali déficitaire »

Vous dites ne pas vouloir polémiquer ! Mais vous m'attaquez personnellement sur un prétendu « logement de fonction qui m'aurait été attribué de façon temporaire » et que j'aurais refusé de libérer. Moi non plus, je ne veux pas polémiquer. Surtout pas sur ce sujet, car je n'ai jamais occupé de logement de fonction, contrairement à ce que vous osez affirmer.

Bonjour M. Maïga ! Je vous remercie de façon très chaleureuse pour vos questions, qui je l'espère, permettront d'éclairer davantage les jeunes générations et de faire progresser notre débat. Permettez-moi, deux petites remarques préliminaires :

Vous avez omis de vous présenter ! Si vous semblez me connaître, je n'ai malheureusement pas le bonheur de vous connaître. Mais enfin, même masqués, nous pouvons dialoguer entre frères. Car tous les Maliens sont frères, pour moi.

Vous dites ne pas vouloir polémiquer ! Mais vous m'attaquez personnellement sur un prétendu « logement de fonction qui m'aurait été attribué de façon temporaire » et que j'aurais refusé de libérer. Moi non plus, je ne veux pas polémiquer. Surtout pas sur ce sujet, car je n'ai jamais occupé de logement de fonction, contrairement à ce que vous osez affirmer. Par contre, j'ai occupé un logement de cadre, en application du décret n°87/PG-RM du 24 mars 1980. Je suis prêt à débattre avec vous de mon expulsion par voie judiciaire qui est intervenue pour toucher un symbole : le « Collectif des cadres occupant un logement de cadre ».

Cette association apolitique dont le combat émérite, soutenu par une large majorité de la classe et largement relayé par les organes de la presse nationale (presse écrite et radios libres), a permis de sauver le patrimoine immobilier de l'Etat. Patrimoine promis à un bradage certain, au travers des « 34 mesures de sortie de crise » édictées par le gouvernement malien en septembre 1993. En parcourant son histoire de dix ans (1993-2003) vous pourrez vous faire une idée de ceux qui voulaient s'approprier les biens de l'Etat, de même que ceux qui luttaient pour la sauvegarde de ces biens.

Je fais la part entre l'histoire et la légende. Il y a une histoire du RDA, honorable, méritoire, épique, patriotique et parfois douloureuse que j'ai toujours saluée avec un respect ému. Mais il y a aussi une légende du RDA, qui est une part de l'histoire de notre pays, enjolivée, enrobée de mensonges et rewritée au gré des circonstances, que j'ai toujours dénoncée et que je dénoncerai toujours, n'en déplaise à M. Maïga.

Je n'ai jamais mis en cause le patriotisme de qui que ce soit et encore moins celui « des responsables de la Première République ». Avec le recul de l'histoire, n'est-il pas permis de dire ce qu'ils ont fait de bien et ce qu'ils ont fait de mal ? Ou faudra-t-il continuer à se voiler la face, pour dire que tout n'était que luxe et velouté du temps de la 1re République, que tout n'y était que lumière ? Qu'avant cette 1re République, tout n'était que nuit noire et après cette République, tout ne fut que nuit noire ? Cela procède d'une vision, à la fois, manichéenne et narcissique que je n'ai pas. Car il va sans dire que si l'Union soudanaise, avec sa recréation en 1992, avait fait son autocritique, de façon publique, devant le peuple malien, nous n'en serions pas là.

Dès le 21 octobre 1946, ce sont des hommes et des femmes, qui se sont sacrifiés, mettant leurs biens et leur énergie au service de la lutte émancipatrice de leur patrie. Beaucoup de ces hommes (commerçants, transporteurs, artisans, etc.) qui se sont saignés, n'ont jamais voulu se faire connaître, tout simplement parce que, dans leur culture, quand on fait du bien, on ne le crie pas sur les toits. Eux ne partaient pas de rien. Par contre, ceux qui partaient de rien, c'étaient les fonctionnaires subalternes de l'administration coloniale, auxquels ils ont fait confiance pour guider la lutte émancipatrice de la patrie.

Vouloir et pouvoir

Cette caste de fonctionnaires, qui, l'indépendance une fois acquise, l'a confisquée à son profit exclusif et a juré d'écraser ses bienfaiteurs d'hier ! En cela, l'Union soudanaise a entamé un pan important de notre culture : la gratitude. Au nom d'une idéologie étrangère, mal assimilée et mal digérée, qui voudrait que, « est moralement bien tout ce qui peut faire mal à la bourgeoisie », l'Union soudanaise a introduit au Soudan puis au Mali, l'ignominieuse habitude qui consiste à mordre la main qui, hier encore, vous nourrissait. N'est-ce pas de cette nouvelle culture dont El hadj Kassoum Touré a voulu témoigner aux derniers instants de son séjour ici-bas ?

« Feu Maraba Kassoum avant son exécution a fait les dernières déclarations que voici, au sous-lieutenant Jean Bolon Samaké qui dirigea le peloton d'exécution : « Dites à Modibo Kéita que ce que j'ai fait pour lui, si je l'avais fait pour le bon Dieu, il ne m'aurait pas payé de la même façon que lui ». S'adressant à Dieu, il a dit : « Toi mon Créateur, Tu es témoin : l'argent que j'ai dépensé pour le RDA et pour Modibo au détriment de ma famille, frères, cousins, enfants, neveux et épouses, et que j'aurais pu rendre heureux, toute leur vie ; si mon assassinat peut me racheter auprès de Toi et avoir Ton pardon, je l'accepte. En tout cas, mon Créateur pardonne-moi cette faute à l'endroit des miens à cause de cette mort injuste dont Tu es le Témoin le mieux placé. » (In « La Roue » n°65 du 10 au 24 septembre 1992, P. 4-5.)

M. Maïga, il y a le vouloir et le pouvoir. Conduire une politique, c'est savoir doser son effort en fonction de ses moyens, de son environnement tant interne qu'externe, mais surtout aller au rythme de son peuple. Car nul ne saurait faire le bonheur d'un autre contre et malgré lui. Entre créer des sociétés et leur assurer un fonctionnement régulier et rentable sont deux choses différentes. Entre créer une monnaie et lui assurer une gestion de longue haleine, sont deux choses différentes.

Le problème du franc malien n'est pas tant que la dévaluation de 1967 soit politique ou économique. Le problème est que ceux qui se sont frappés la poitrine pour avoir créé le franc malien en juillet 1962, soient retournés moins de cinq ans après, auprès de l'ancienne métropole, pour quémander leur retour dans la Zone franc. Oubliant au passage qu'ils ont écrasé des hommes, ruiné des vies, détruit des familles, parce que certains ont osé leur conseiller la prudence !

Des voix plus autorisées que la mienne peuvent éclairer notre débat sur bien des aspects, notamment celles des professeurs Samir Amin et Kary Dembélé. Ecoutons Samir Amin (conseiller du gouvernement malien de 1960 à 1963) : « La petite bureaucratie urbaine, née de l'administration coloniale, qui va présider aux destinées du Mali indépendant, s'épuisera dans un combat sans fin contre la micro-bourgeoisie commerçante. Une fois rompue l'alliance entre ces deux couches sociales sur laquelle s'était fondée le mouvement national, l'Union soudanaise RDA, les masses paysannes, qui avaient constitué la masse de manœuvre des luttes anticolonialistes, assisteront passivement aux luttes intestines de « la nouvelle élite ». p. 163.

« Dans les conditions difficiles de ce pays pauvre, de telles orientations (celles de l'Union soudanaise, ajouté par nous) comportaient de graves dangers. Le succès ou l'échec devait dépendre de la nature des rapports politiques entre la mince couche dirigeante issue de l'US-RDA et les masses populaires rurales et urbaines. L'absence d'une organisation effective de ces masses et de leur contrôle sur l'appareil d'Etat rendaient nécessairement caricatural le socialisme malien, qui devait se manifester principalement par le développement d'une bureaucratie d'Etat. L'inefficacité, dans les conditions de ce pays démuni, devait nécessairement se solder par la désorganisation totale du système économique et, sous la pression du déficit grandissant des paiements extérieurs, conduire à la recherche permanente d'aides extérieures et finalement à la capitulation puis à la chute du régime ». p. 258.

« Les vicissitudes qu'a connue, à l'époque, la planification malienne, la gestion défectueuse du secteur public, les violations permanentes des décisions de principe du plan et l'intervention quotidienne de la présidence et du bureau politique de l'US-RDA dans la politique économique, tout cela n'a plus désormais qu'un intérêt historique. On peut en tout cas constater l'écart considérable entre les objectifs du plan et les résultats obtenus. La production durant la décennie 60 n'aurait augmenté qu'au rythme médiocre de 1,8 % l'an (contre un objectif de 8 % par an, ajouté par nous), à prix constants, inférieur à celui de la population (2,2 %) ». p. 258.

« L'industrie a absorbé 13 % des investissements totaux, financés à concurrence de 92 % par l'aide extérieure. Les sociétés d'Etat créées dans ce secteur - qui fournissait en 1967 environ 90 % de la production industrielle - ont été dans l'ensemble mal conçues et mal gérées, à l'exception sans doute des projets financés par la Chine, notamment l'usine textile de Ségou, la fabrique de cigarettes et d'allumettes et la sucrerie, qui constituent à peu près les seules réalisations industrielles valables du pays ». p. 260.

« Même dans le domaine des réalisations sociales, auquel le régime était attentif, les résultats restent modestes. Le taux de scolarisation serait passé de 8 % en 1959 à 23 % en 1968, le nombre des lits d'hôpitaux était multiplié par 2,5, mais la qualité de ces réalisations, leur concentration en ville, leur coût de gestion, réduisent la signification des chiffres globaux ». p. 261.

« Le mécanisme de l'inflation permanente que le Mali connaît depuis son indépendance ne comporte aucun mystère : face à une production stagnante, l'Etat distribue des revenus monétaires croissants pour faire face à ses dépenses courantes de fonctionnement et pour financer des investissements en sus de ceux financés par l'aide extérieure, tandis que les entreprises publiques ajoutent au déficit public le leur ». p. 261.

« En moyenne, par an, l'endettement extérieur (à l'exclusion de la réévaluation de la dette extérieure en 1967) a été de l'ordre de 4,6 milliards »…

« Le déficit provenant des dépenses publiques courantes aurait donc été de l'ordre de 2,3 milliards par an en moyenne de 1959 à 1968 ».

« L'exécution du « plan » - dépenses d'investissements administratifs (infrastructure) et équipement des entreprises d'Etat - et le déficit des entreprises publiques seraient donc responsables de l'écart inflationniste à concurrence de 3,4 milliards par an en moyenne, soit 55 % environ de cet écart global » … p. 262.

« L'Etat a donc financé environ 10 milliards d'investissements (soit en moyenne 1 milliard par an) par des moyens monétaires. Le déficit des entreprises publiques aurait, lui, été donc de l'ordre de 2,4 milliards par an en moyenne ». p. 263.

Et la création du franc malien apparaît à bien des égards, comme la posture de celui qui scie la branche sur laquelle il est assis !

« Incapable de ponctionner efficacement les masses rurales parce que celles-ci se situent largement en dehors de l'économie de marché, l'Etat malien a vécu de subsides extérieurs. Jusqu'en 1962, il a couvert ses déficits par les moyens de fortune que lui permettait son appartenance à la Zone franc : avances du Trésor français (3 milliards), retard dans le règlement des dettes postales (dette de la poste malienne à l'égard de la poste française en vertu des transferts opérés par l'Office des postes), réescompte factice de traites des sociétés d'Etat par la BCEAO. De 1962 à 1967, les pays de l'Est ont pris la relève. Sur le plan interne, le déficit public était couvert par des moyens monétaires, masqués en partie par le recours à des moyens de fortune (utilisation des fonds des comptes chèques postaux par le Trésor : 4,2 milliards fin 1968 ; obligations des banques déposées au Trésor à concurrence de 25 % de leurs dépôts : 744 millions fin 1968). Le déficit extérieur, lui, a été couvert par l'aide extérieure (crédit confirmé du FMI en 1964 : 2 milliards ; crédits à long terme affectés à l'équipement : URSS : 32 milliards, Chine : 7,5 milliards, RAU : 7 milliards, etc. ; prêts en devises : Chine : 15,7 milliards, URSS : 1,6 milliards, etc.) et par des moyens de fortune : moratoire sur les transferts des grosses sociétés étrangères, pétroliers, transitaires, etc. (1,5 milliard), blocage des transferts publics et suspension du service de la dette extérieure dont les échéances s'élevaient à 5 milliards au moment de la faillite constatée au printemps 1967 ». p. 264-265. (Samir Amin : « L'Afrique de l'Ouest bloquée. L'économie politique de la colonisation. (1880-1970 »), Editions de Minuit, Paris, 1971.)

Si la dévaluation du franc malien, qui intervient le 7 mai 1967, n'est pas économique, rien d'autre dans ce bas monde ne sera jamais économique ! Production stagnante, déficits en tous genres (déficits d'exploitation des entreprises publiques, déficit commercial, déficit de la balance des paiements extérieurs, déficit sur le fonctionnement courant de l'Etat, etc.), inflation galopante et cessation de paiement, que faut-il d'autre pour dévaluer, une monnaie mal gérée à l'évidence ? Que le taux de 50 % ait pu être « politique », possible.

Pourquoi ne pas investir en fonction de nos moyens ? Le Mali pouvait-il continuer à dépenser de l'argent qu'il ne produit ? Créer des entreprises mal gérées et déficitaires, pendant combien de temps ? Que le contexte de la guerre froide ait permis de faire illusion, pendant quelque temps, c'est ce que nous enseigne l'histoire. Mais même là, cela pouvait-il continuer éternellement ?

Mon premier texte aurait gagné en clarté si j'avais écrit que les « avantages financiers » exorbitants et illégitimes que la nomenklatura de la 1re République s'était octroyés, étaient plus en nature (logements, eau et électricité et téléphone gratuits, voiture de fonction et carburants, etc.) qu'en espèces. Pour moi, il s'agissait de donner les origines de la course à la place et de l'apprêté à vouloir conserver la place, mais aussi de l'effritement des convictions, voire de l'opportunisme avéré de certains cadres.

Etant parti d'une expression empruntée au Pr. Touré, je l'ai conservée comme telle, car somme toute, ce n'était pas le plus important. Mais, qu'ils soient en nature ou en espèces, les avantages accordés par l'Etat, sont en définitive, financiers. Je pense même avoir relativisé cette histoire des « avantages financiers », entre la 1re et la IIIe République, en faveur de la première.

Inconséquences, intolérance, vanité

Puisque M. Maïga me demande de lui fournir un seul exemple, je vais le faire par la voix du Pr. Kary Dembélé :

« A cela il faut ajouter les crédits accordés à tous les membres du gouvernement, aux grands dirigeants du parti unique pour leur installation. Avec ces crédits et les prêts contractés auprès des organismes de crédits nationaux qui ne seront jamais remboursés, les dirigeants de l'US-RDA vont organiser la course à la construction de villas luxueuses et leurs vergers vont pousser au Mali comme des champignons ». (Kary Dembélé : « La dimension politique du développement rural », in « Mali : le paysan et l'Etat », ouvrage collectif, L'Harmattan, Paris, 1981. p. 119-125.)

« Cela intervenait dans un contexte de marché noir, d'inflation et de salaires modiques et bloqués ! Lorsque les Bamakois commencèrent à grogner au vu des « millionquins » qui se développaient et de la construction d'un nouveau palais présidentiel, qu'ils jugeaient inopportun et non prioritaire, qui est monté au créneau pour défendre la nomenklatura ? Le président Modibo Kéita :

« La bourgeoisie, ainsi que je l'ai dit, n'est pas un mode de vie, mais il y a un mode de pensée bourgeois. En effet, si la bourgeoisie était un mode de vie, je crois que l'on devrait dire qu'en 1962, c'est le monde entier qui est bourgeois, à l'exception de l'Afrique !

« On parle parfois des villas des ministres, du palais du président !

« Mais, peut-on penser que des hommes qui ont souffert avec le peuple, qui ont lutté avec lui, ont pu s'installer béatement dans un certain confort, en oubliant que leur victoire est la victoire du peuple, qui en a été le principal artisan ?

« Ceux qui le pensent devraient regarder autour d'eux, dans le monde ! Ils verraient qu'il existe souvent de profondes différences dans tous les pays, et que cela ne signifie pas que ceux qui en bénéficient parfois involontairement sont des bourgeois !

« La vérité, c'est qu'on devient bourgeois, c'est qu'on est bourgeois le jour où on ne se définit plus en fonction du peuple, et qu'on s'assigne comme objectif la satisfaction de toutes les joies du monde, même si on doit écraser le peuple qui est l'instrument de cette satisfaction ». (Modibo Kéita : « Discours et interventions », Editions du Progrès, Moscou. p. 107.)

« Les joies du monde » ayant eu raison d'une bonne part de la nomenklatura, le président changea d'opinion et de discours, cinq ans plus tard. Ce qui aboutit à la dissolution de l'Assemblée nationale, à celle du bureau politique national et à la « Révolution active » !

M. Maïga parle de la Somiex et des « koroboroboutigui ». On peut disserter longuement sur des boutiques supervisées directement par un cabinet ministériel. Je m'en garde de crainte que mes propos ne soient déformés pour leur donner une connotation d'ordre ethnique. Cependant, il oublie de mentionner les coopératives de consommation comme relais de la Somiex dans la grande distribution. Ne veut-il pas se souvenir des queues de dizaines d'heures, parfois toute une nuit, pour une ration insuffisante ? Des « ventes jumelées » ? La Somiex était-elle viable ? Kary Dembélé pense qu'elle a été inefficace et que cela eut des conséquences néfastes : « L'inefficacité de la Somiex chargée de l'approvisionnement des villes en biens de consommation a conduit à un gonflement des stocks, à l'apparition du marché noir et au développement de la contrebande avec le Ghana et la Côte d'Ivoire. Les commerçants privés ont importé clandestinement les produits destinés à Bamako et les autres villes, organisé les abattages et les ventes parallèles de bétail, leur procurant des bénéfices considérables : on évalue à 15 milliards de FM les revenus privés placés à l'étranger en 1968 ».

Dans la réalité, l'Opam et la Somiex tondaient les paysans, cette masse taillable et corvéable, à satiété, par les deux bouts de la chaîne économique : production et consommation.

Que dire de la Socima ? Si l'on sait que la 1re région regorge de calcaire tricalcique en gisements inépuisables, que représente une cimenterie de 50 000 tonnes de capacité ? Quand on sait que les pays les plus pauvres du monde se localisent dans la partie la plus chaude du globe (la zone intertropicale), que ces pays se caractérisent par une faible production d'énergie électrique et partant une faible consommation d'électricité par habitant, les dirigeants de l'Union soudanaise auraient été bien inspirés de ne pas déclencher « une course à la construction de villas » en parpaings. Car qui dit construction en dur sous les tropiques, dit climatisation.

Etant donné l'ambitieux programme de construction d'usines, il eût été plus judicieux de réserver le ciment de Diamou aux bâtiments industriels et commerciaux, aux infrastructures sociales et autres bâtiments administratifs. Ce faisant, on réduirait la demande domestique en électricité pour réserver celle-ci, de façon prioritaire aux unités industrielles. On inciterait tous les privés à construire en terre. L'architecture soudanaise y gagnerait. Mais surtout pour contourner les inconvénients de la construction en terre (crépis annuel, notamment), on développerait les carrières d'Al-Hor de Tombouctou, comme revêtement au banco. Ce qui, dans le contexte dans années 60, offrirait activité et ressources à ce cercle, qui en manquait cruellement.

M. Maïga demande qui a détruit les entreprises publiques de la 1re République ? Ceux qui les ont construites en endettant les générations futures, qui les faisaient fonctionner avec un déficit de 2,4 milliards par an et qui n'ont jamais su les gérer de façon efficiente !

En accord avec le propos du Pr. Touré j'affirme que la corruption, dans notre pays, ne date pas de 1968, loin s'en faut ! Ainsi dès les premières années d'indépendance, ce sont des milliards qui disparaissent des caisses des coopératives, au moment de la nationalisation de l'Office du Niger : « Après une première période de flottement lors de la passation difficile des pouvoirs entre la France et le Mali (période où les fonds des coopératives disparaissent, situation bien connue) », le bulletin de liaison n°1 de l'Office en 1963, dans un texte évocateur « La réorganisation de la production dans un contexte socialiste, une tâche de première importance », indique bien la direction » (Dominique Gentil : Les mouvements coopératifs en Afrique de l'Ouest. Interventions de l'Etat ou organisations paysannes ?, UCI/L'Harmattan, Paris, 1986. p. 70.

La vérité est que l'Union soudanaise a hérité d'un pays autosuffisant et que par ses inconséquences, sa mauvaise gestion, son intolérance et sa vanité, elle l'a rendu chroniquement déficitaire sur le plan alimentaire. S'étant fixée un taux de croissance annuelle de 8 % (objectif du plan quinquennal), elle ne parvint qu'à un modeste 1,8 %, pendant que la population s'accroissait au rythme de 2,2 % par an !

« En 1960, la situation du Mali peut être caractérisée par une nette autosuffisance alimentaire (700 000 tonnes de mil/sorgho et 180 000 tonnes de riz, en 1959, pour 4,2 millions d'habitants) même si certaines régions (Gao et Kayes) sont structurellement déficitaires. Le Soudan a toujours été considéré comme le grenier de l'Afrique de l'Ouest, avec des excédents réguliers exportables vers les autres territoires (20 000 tonnes de sorgho/mil et 17 000 tonnes de riz exportées en 1959). Les cultures d'exportation facilement contrôlables portent sur l'arachide (160 000 tonnes en 1959) et le coton, promu et encadré par la CFDT (10 400 tonnes en 1959). » (Dominique Gentil : « Les mouvements coopératifs en Afrique de l'Ouest », L'Harmattan, Paris, 1986. p. 61)

Dans un tel contexte, seule la modestie doit prévaloir !

Diarra Sada

(BP 2603, Bamako, Mali)

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SEYDOU OUMAR DIARRA, EX-ARBITRE INTERNATIONAL

Un Ségovien dans la cour des hommes en noir

On les surnomme les hommes en noirs. Ce sont les arbitres de football. Le Ségovien Seydou Oumar Diarra était l'un des plus expérimentés d'entre eux de notre pays. Portrait.

« Toutes les semaines au stade ou au bord d'une pelouse comme vous d'ailleurs » , c'est en ces termes que nous a accueilli Seydou Oumar Diarra, ex-arbitre international, en plein cœur du Stade Baréma Bocoum de Mopti.

Toutes les fins de semaine, le rituel était immuable : Seydou Oumar Diarra prenait le car pour arbitrer les matches du championnat du Mali ou des compétitions africaines. Lorsqu'il parle de son rôle, les mots sont réfléchis. Mais sur son ton calme perce une passion vorace : celle du football. « Chaque année, j'arbitrais une quinzaine de matches. Cela impliquait des absences régulières de la maison, des nuits à l'hôtel, des déplacements réguliers dans tous les coins du pays, ailleurs, mais je passais de superbes moments » .

Inutile pour les amateurs de ballons ronds d'essayer de le reconnaître dans les traits des arbitres de centre, Seydou Oumar Diarra est juge de ligne. « J'ai officié avec Moussa Kanouté arbitre de centre, et Dramane Danté, l'autre arbitre assistant. Nous faisions quasiment tous nos matches ensemble » . Et quel que soit le trio arbitral, « on se retrouvaient quelque part la veille des rencontres, une sorte de règlement » .

Entre hommes en noir, c'était une véritable complicité ; car ils venaient d'horizons professionnels différents, mais ont souvent le même profil c'est-à-dire mariés, pères de famille, ils jonglaient avec leurs emplois du temps pour assurer une présence tant sur les terrains que dans leurs foyers et au bureau. Seydou Oumar Diarra est marié et père de 5 enfants dont 2 filles.

« J'ai arbitré au plus haut niveau pendant plus d'une décennie. Ma grande fierté, c'est d'avoir réussi à mener de front avec succès ma vie de famille, mon métier (il est contrôleur du trésor) et ma passion » .

Souvenirs

Né le 14 septembre 1961 à Macina (Ségou), Seydou Oumar Diarra connaît sur le bout des doigts le métier de l'arbitrage et celui du football « Je n'ai pas joué au haut niveau, mais je me suis dédié à l'arbitrage » , explique-t-il du haut ses 182 cm.

Petit à petit, il a gravi les échelons, passant du district vers les années 1988 à la ligue avant de se faire les dents au plus haut niveau. La suite, c'est le championnat national de D1 et la Coupe du Mali. « Je peux vous dire que la concurrence était rude » . Aux dires de l'enfant de la Capitale des Balanzans, ce corps exige performance car il s'agit de faire mieux à chaque sortie.

Physiquement parlant Seydou Oumar Diarra, qui a débuté sa carrière internationale en 1997, ne se prend pas pour autant pour un sportif de haut niveau « Nous avons une contrainte, c'est de faire régulièrement des exercices » .

« Il enchaînait les sprints lors des rencontres, avec un œil sur la ligne de hors-jeu, un autre sur le ballon, prêt à agiter son drapeau à la moindre irrégularité   » , souligne Aly Dembélé, ancien joueur international. « Quand nous signalons une faute, nous sommes sûrs qu'il s'est passé quelque chose » , dit-il. Tel a été le cas malheureusement pour Seydou Oumar Diarra et le trio arbitral du match Djoliba-Espérance de Tunis en 1999 au Stade Modibo Kéita quand l'arbitre central de cette rencontre a refusé au motif que le joueur du Djoliba s'est servi de sa main un but du Djoliba. «   Nous sommes restés dans les vestiaires jusqu'à zéro heure » , se souvient l'inspecteur et instructeur national d'arbitre de Malifoot. Avant d'évoquer cet autre souvenir douloureux survenus dans sa carrière au Stadium de Surulere (Nigeria) lors d'une rencontre de compétition africaine des clubs entre le Bendel Insurrance et le Horoya de Conakry.

Seydou Oumar Diarra a raccroché son drapeau de juge de touche après un certain choc Stade-Djoliba à l'issue de la saison 2004-2005. Mais il reste toujours au service de sa patrie et des jeunes générations qui rêvent de faire le même parcours que lui. C'est d'ailleurs sur lui que l'honneur a échu de diriger le stage d'arbitre du tournoi national de football féminin que Mopti a récemment abrité.

Boubacar Diakité Sarr

(envoyé spécial)

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