Les Echos du 10 août
La peur des résultats
Au moment où les Maliens attendent avec une certaine impatience les résultats du second tour des élections législatives et où les candidats ne tiennent plus, la Cour constitutionnelle s'est signalée sur un autre terrain. Elle a pu trouver un peu de temps pour annuler purement et simplement la loi par laquelle les députés s'octroyaient des primes diverses d'un montant de plus de 2 milliards.
Votée presque en catimini par une poignée de députés, cette loi avait pu, malgré l'atmosphère de la campagne, soulever l'indignation des Maliens. Ce qui est gênant dans l'affaire, c'est que les députés savaient très bien que la Cour n'allait pas laisser passer cette loi. Parce que sauf à espérer qu'avec la surcharge du travail due aux élections les « Sages » seraient quelque peu distraits, les élus n'ignorent pas que déjà en 2004, pour les mêmes raisons la même Cour avait invalidé une loi similaire.
Tout est rentré dans l'ordre sur ce terrain-là. Par contre, pour ce qui est des résultats, la Cour aura entretenu le suspense jusqu'au bout. Preuve s'il en est qu'il y avait du boulot. Mais franchement, si la Cour est logique avec elle-même, si elle tient compte de sa propre jurisprudence, tous ceux qui sont sortis vainqueurs des urnes ne devraient avoir aucun souci à se faire. En effet, les précédents arrêts rendus par la Cour ont permis toutes les dérives qui constituent le fond des requêtes à elle adressées.
Qu'il s'agisse des bourrages des urnes, des votes anticipés, de l'instrumentalisation de l'appareil et des agents de l'Etat, de l'achat des voix et des consciences, tout avait été autorisé par les « Sages ». Donc logiquement, sauf à vouloir chercher des poux là où il n'y en pas, le travail doit être très simple. Surtout que les protagonistes du second tour sont ceux-là mêmes qui avaient inventé et mis en service les outils de la fraude au moment de la présidentielle.
Mais à l'époque, dans leur zèle à servir et à être bien vus, ils avaient oublié que les législatives viendront. N'étant pas tous égaux devant les enjeux et surtout devant les outils de la fraude, il y en qui payent aujourd'hui la facture. Et ils se rendent comptent qu'elle est salée. Contrairement au FDR, eux ils ne pourront même pas se plaindre à haute voix. Parce qu'au moment où le FDR évoquait les dérives dont ils sont victimes aujourd'hui, au moment où le FDR appelait à prendre des mesures pour corriger la mauvaise trajectoire que prenaient les élections, ils riaient sous cape, ils persiflaient même.
Or pour la défense des principes, quel que soit le camp dans lequel on pense se trouver, il faut se lever et les défendre. Seule la loi sauve. Ne pas la défendre, c'est se mettre dans le champ de ses violations. Aujourd'hui, et les « Sages » et les candidats ont peur des résultats. Parce que ce n'est pas tout le monde qui acceptera de perdre. Définitivement. Sans recours.
Malgré tout, ceux qui ont été élus et ceux qui ont perdu sont tous d'accord qu'il y a quelque chose de pourri dans notre système. C'est bien de le reconnaître, mais ce serait encore mieux de se donner les moyens pour apporter les corrections nécessaires. Sinon, ce qui restait encore de saint dans notre démocratie sera contaminé à jamais. Déjà que les populations préfèrent s'occuper de leurs affaires convaincues que les élections sont pour ceux qui courent derrière leurs propres intérêts au lieu de s'occuper de leurs préoccupations. Tant qu'on ne corrigera pas le tir, même si on choisissait l'inscription volontaire, il n'y aura pas de votants.
Pendant ce temps, le gouvernement est parti en vacances. Les bienheureux ministres estiment qu'ils sont tellement fatigués qu'il leur faudrait un peu de repos pour récupérer. Je me garde de répéter ce qu'en pensent les Maliens. Mais il est clair qu'au regard de la conjoncture politique et des conjectures sur le remaniement ministériel, aucun d'eux n'ira loin cette année. L'insouciance des années précédentes qui conduisait certains au bout du monde a cédé le pas à la hantise de perdre leur poste qui les oblige à tourner à Bamako où dans les environs. Ils vont préférer voir les tradi-thérapeutes ou les féticheurs en brousse que d'aller chez les thalassothérapeutes de la côte d'Azur. C'est vrai que quand on voit certains, ils font carrément pitié. Ils ont la mine des mauvais jours, ils sont débraillés et paraissent défaits. Les mêmes qui, il n'y a pas longtemps, traînaient leur morgue avec toute l'arrogance qui va avec se rendent compte que tout a une fin.
Je comprends certains car congédiés, ils ne pourraient faire valoir leur retraite qu'au chômage ou chez le juge. Vous conviendrez avec moi qu'il y a un meilleur avenir que cette sombre perspective. Je leur conseille de faire comme moi et se dire que Dieu est grand et tout ce qu'il fait est bien. Mais pour cela, il faudrait d'abord qu'ils cessent d'avoir peur des résultats du remaniement.
El hadj TBM
Acceuil
CONFLITS
Le journaliste Hamadou Tidiane Sy co-auteur d'un livre
Le journaliste sénégalais Hamadou Tidiane Sy réfute l'idée selon laquelle la spécificité de la Casamance (Sud) puisse justifier un conflit et le séparatisme, dans un livre qui vient de paraître simultanément à Londres et à New York aux éditions Bergham Books.
Dans cet ouvrage collectif (« Identity Matters : Ethnic and Sectarian conflicts » rédigé en anglais), M. Sy , auteur d'une contribution intitulée « the Casamance separatist conflict : From identity to the trap of identitism » (le conflit séparatiste casamançais : de l'identité au piège de l' identitisme ), fait part d'un « piège dans lequel sont tombés politiciens et intellectuels » . « J'ai utilisé le néologisme identitisme pour aller au-delà de l'identité et l'irrédentisme qui sont des mots connus », a confié Hamadou Tidiane Sy .
L'ouvrage est co-écrit avec une dizaine d'éminents universitaires et de chercheurs américains sponsorisés par le Fulbright New Century Scholars Program . « J'avais été sélectionné en tant que journaliste sur la base de la qualité de mes reportages et écrits sur la crise casamançaise (et plus généralement sur d'autres conflits en Afrique de l'Ouest) que j'ai couverts pendant plus de dix ans, pour la presse locale d'abord et pour la presse étrangère ensuite » , a dit M. Sy qui a travaillé au bureau de l'Agence France Presse (AFP) à Dakar de 1997 à 2004.
« Pendant toute une année, en 2003, je faisais partie d'un groupe de chercheurs qui travaillaient uniquement sur la question des conflits » , a rappelé le journaliste, actuellement correspondant de la BBC à Dakar. « En 2003 , poursuit-il, j'ai été sélectionné pour faire partie des New Century Scholars , un programme qui venait d'être lancé l'année précédente. Il s'agissait de faire six mois de recherche de terrain dans son pays et de passer six mois dans une institution américaine. J'avais choisi the Institute for Conflict analysis and resolution (ICAR) à Fairfax en Virginie) » , explique Hamadou Tidiane Sy , diplômé du Centre d'études des sciences et techniques de l'information (Cesti).
« Pendant toute l'année , a-t-il rapporté, on a travaillé ensemble dans une sorte de réseaux et on s'est retrouvé à trois reprises pour faire le point de nos recherches, une première fois près de New York, une deuxième fois à Belfast (Irlande) et une troisième fois (pour la clôture) à Washington » . « A l'époque, j'avais été choisi pour faire partie de ceux qui allaient faire une présentation sur leur sujet au United States Institute of Peace , devant des représentants du gouvernement américain et des diplomates » , rappelle-t-il.
« Après cette première partie , soutient-il, on a travaillé ensemble pendant toute l'année, le sous-groupe dont je faisais partie et qui travaillait sur la question de l'Identité dans les conflits a décidé de faire un ouvrage collectif à partir de nos contributions » , explique-t-il.
Le livre pourrait être au programme d'enseignement de l'Institut américain d'études sur les conflits (ICAR) dès la rentrée prochaine.
( source APS)
Acceuil
AU CHU GABRIEL TOURE
Un débrayage mortel
Le Centre hospitalier universitaire Gabriel Touré avait hier les allures d'un hôpital garnison en raison de la présence de tous les corps de médecine militaire, après l'arrêt de travail observé par les agents de santé depuis deux jours, en guise de protestation contre l'incarcération de deux des leurs, suite au décès, jugé suspect par certains de Me Touré Aïda Niaré , une avocate. Mais un retour rapide à la normale s'impose.
C'est donc pour suppléer les « grévistes » que les autorités ont fait appel aux médecins militaires pour la prise en charge des patients au sein des différentes structures sanitaires de la capitale. Hier au CHU Gabriel Touré, les pavillons étaient vides, excepté le service d'urgence qui continuait à recevoir les blessés. Là-bas, les médecins militaires avaient du mal à prendre en charge les nombreux cas.
Un des rares médecins civils venu à l'hôpital non pas pour travailler mais pour s'enquérir de la situation nous a appris que même le pharmacien de l'hôpital, un service qui doit normalement assurer la permanence, a refusé d'ouvrir ses portes même pour sortir les ARV . « C'est vrai que les médecins de l'armée peuvent être mobilisés à tout moment, mais pour quelle efficacité ? Cette situation ne peut plus durer, je viens tout juste du chevet d'un enfant séropositif de deux ans qui n'a pas encore reçu sa dose d' ARV » , a-t-il déploré, avant d'informer le médecin militaire, coordonnateur des opérations, de la situation. Ce dernier, jusqu'au moment où nous quittions les lieux (aux environs de 10 h 30), n'avait pas réussi à obtenir la réouverture de la pharmacie.
Aussi au service de la pédiatrie de l'établissement, ce sont les mères consternées qui sont rentrées à la maison car à ce niveau il n'y avait même pas un médecin des armées pour assurer le service. « C'est arrivée sur place que j'ai appris que les médecins sont en grève et pourtant, je suis là depuis 7 h pour faire consulter mon enfant qui tousse sans cesse depuis deux jours » , s'est indignée une mère visiblement stressée par la situation.
Les autorités, selon de nombreux observateurs, doivent rapidement trouver une solution à la crise car, jugent-ils, les agents de nos forces armées ne peuvent pas longtemps remplacer les médecins civils qui sont spécialisés dans la pédiatrie, ce qui n'est pas forcément le cas chez les militaires.
En tout cas, l'atmosphère au CHU était vraiment triste et les médecins doivent vite revenir car leur débrayage ne fait qu'en rajouter. Ils doivent se convaincre qu'ils ont, par-delà l'esprit de corps, un devoir d'assistance vis-à-vis de leurs patients après avoir prêté le serment d'Hippocrate.
Amadou Waïgalo
Djibrilla Maïga (stagiaire)
Acceuil