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2007

Mois d'août

Les Echos du 10 août

La peur des résultats

Au moment où les Maliens attendent avec une certaine impatience les résultats du second tour des élections législatives et où les candidats ne tiennent plus, la Cour constitutionnelle s'est signalée sur un autre terrain. Elle a pu trouver un peu de temps pour annuler purement et simplement la loi par laquelle les députés s'octroyaient des primes diverses d'un montant de plus de 2 milliards.

Votée presque en catimini par une poignée de députés, cette loi avait pu, malgré l'atmosphère de la campagne, soulever l'indignation des Maliens. Ce qui est gênant dans l'affaire, c'est que les députés savaient très bien que la Cour n'allait pas laisser passer cette loi. Parce que sauf à espérer qu'avec la surcharge du travail due aux élections les « Sages » seraient quelque peu distraits, les élus n'ignorent pas que déjà en 2004, pour les mêmes raisons la même Cour avait invalidé une loi similaire.

Tout est rentré dans l'ordre sur ce terrain-là. Par contre, pour ce qui est des résultats, la Cour aura entretenu le suspense jusqu'au bout. Preuve s'il en est qu'il y avait du boulot. Mais franchement, si la Cour est logique avec elle-même, si elle tient compte de sa propre jurisprudence, tous ceux qui sont sortis vainqueurs des urnes ne devraient avoir aucun souci à se faire. En effet, les précédents arrêts rendus par la Cour ont permis toutes les dérives qui constituent le fond des requêtes à elle adressées.

Qu'il s'agisse des bourrages des urnes, des votes anticipés, de l'instrumentalisation de l'appareil et des agents de l'Etat, de l'achat des voix et des consciences, tout avait été autorisé par les « Sages ». Donc logiquement, sauf à vouloir chercher des poux là où il n'y en pas, le travail doit être très simple. Surtout que les protagonistes du second tour sont ceux-là mêmes qui avaient inventé et mis en service les outils de la fraude au moment de la présidentielle.

Mais à l'époque, dans leur zèle à servir et à être bien vus, ils avaient oublié que les législatives viendront. N'étant pas tous égaux devant les enjeux et surtout devant les outils de la fraude, il y en qui payent aujourd'hui la facture. Et ils se rendent comptent qu'elle est salée. Contrairement au FDR, eux ils ne pourront même pas se plaindre à haute voix. Parce qu'au moment où le FDR évoquait les dérives dont ils sont victimes aujourd'hui, au moment où le FDR appelait à prendre des mesures pour corriger la mauvaise trajectoire que prenaient les élections, ils riaient sous cape, ils persiflaient même.

Or pour la défense des principes, quel que soit le camp dans lequel on pense se trouver, il faut se lever et les défendre. Seule la loi sauve. Ne pas la défendre, c'est se mettre dans le champ de ses violations. Aujourd'hui, et les « Sages » et les candidats ont peur des résultats. Parce que ce n'est pas tout le monde qui acceptera de perdre. Définitivement. Sans recours.

Malgré tout, ceux qui ont été élus et ceux qui ont perdu sont tous d'accord qu'il y a quelque chose de pourri dans notre système. C'est bien de le reconnaître, mais ce serait encore mieux de se donner les moyens pour apporter les corrections nécessaires. Sinon, ce qui restait encore de saint dans notre démocratie sera contaminé à jamais. Déjà que les populations préfèrent s'occuper de leurs affaires convaincues que les élections sont pour ceux qui courent derrière leurs propres intérêts au lieu de s'occuper de leurs préoccupations. Tant qu'on ne corrigera pas le tir, même si on choisissait l'inscription volontaire, il n'y aura pas de votants.

Pendant ce temps, le gouvernement est parti en vacances. Les bienheureux ministres estiment qu'ils sont tellement fatigués qu'il leur faudrait un peu de repos pour récupérer. Je me garde de répéter ce qu'en pensent les Maliens. Mais il est clair qu'au regard de la conjoncture politique et des conjectures sur le remaniement ministériel, aucun d'eux n'ira loin cette année. L'insouciance des années précédentes qui conduisait certains au bout du monde a cédé le pas à la hantise de perdre leur poste qui les oblige à tourner à Bamako où dans les environs. Ils vont préférer voir les tradi-thérapeutes ou les féticheurs en brousse que d'aller chez les thalassothérapeutes de la côte d'Azur. C'est vrai que quand on voit certains, ils font carrément pitié. Ils ont la mine des mauvais jours, ils sont débraillés et paraissent défaits. Les mêmes qui, il n'y a pas longtemps, traînaient leur morgue avec toute l'arrogance qui va avec se rendent compte que tout a une fin.

Je comprends certains car congédiés, ils ne pourraient faire valoir leur retraite qu'au chômage ou chez le juge. Vous conviendrez avec moi qu'il y a un meilleur avenir que cette sombre perspective. Je leur conseille de faire comme moi et se dire que Dieu est grand et tout ce qu'il fait est bien. Mais pour cela, il faudrait d'abord qu'ils cessent d'avoir peur des résultats du remaniement.

El hadj TBM

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CONFLITS

Le journaliste Hamadou Tidiane Sy co-auteur d'un livre

Le journaliste sénégalais Hamadou Tidiane Sy réfute l'idée selon laquelle la spécificité de la Casamance (Sud) puisse justifier un conflit et le séparatisme, dans un livre qui vient de paraître simultanément à Londres et à New York aux éditions Bergham Books.

Dans cet ouvrage collectif («  Identity Matters  : Ethnic and Sectarian conflicts  » rédigé en anglais), M. Sy , auteur d'une contribution intitulée « the Casamance separatist conflict  : From identity to the trap of identitism  » (le conflit séparatiste casamançais : de l'identité au piège de l' identitisme ), fait part d'un « piège dans lequel sont tombés politiciens et intellectuels » . « J'ai utilisé le néologisme identitisme pour aller au-delà de l'identité et l'irrédentisme qui sont des mots connus », a confié Hamadou Tidiane Sy .

L'ouvrage est co-écrit avec une dizaine d'éminents universitaires et de chercheurs américains sponsorisés par le Fulbright New Century Scholars Program . « J'avais été sélectionné en tant que journaliste sur la base de la qualité de mes reportages et écrits sur la crise casamançaise (et plus généralement sur d'autres conflits en Afrique de l'Ouest) que j'ai couverts pendant plus de dix ans, pour la presse locale d'abord et pour la presse étrangère ensuite » , a dit M. Sy qui a travaillé au bureau de l'Agence France Presse (AFP) à Dakar de 1997 à 2004.

« Pendant toute une année, en 2003, je faisais partie d'un groupe de chercheurs qui travaillaient uniquement sur la question des conflits » , a rappelé le journaliste, actuellement correspondant de la BBC à Dakar. « En 2003 , poursuit-il, j'ai été sélectionné pour faire partie des New Century Scholars , un programme qui venait d'être lancé l'année précédente. Il s'agissait de faire six mois de recherche de terrain dans son pays et de passer six mois dans une institution américaine. J'avais choisi the Institute for Conflict analysis and resolution (ICAR) à Fairfax en Virginie) » , explique Hamadou Tidiane Sy , diplômé du Centre d'études des sciences et techniques de l'information (Cesti).

« Pendant toute l'année , a-t-il rapporté, on a travaillé ensemble dans une sorte de réseaux et on s'est retrouvé à trois reprises pour faire le point de nos recherches, une première fois près de New York, une deuxième fois à Belfast (Irlande) et une troisième fois (pour la clôture) à Washington » . « A l'époque, j'avais été choisi pour faire partie de ceux qui allaient faire une présentation sur leur sujet au United States Institute of Peace , devant des représentants du gouvernement américain et des diplomates » , rappelle-t-il.

« Après cette première partie , soutient-il, on a travaillé ensemble pendant toute l'année, le sous-groupe dont je faisais partie et qui travaillait sur la question de l'Identité dans les conflits a décidé de faire un ouvrage collectif à partir de nos contributions » , explique-t-il.

Le livre pourrait être au programme d'enseignement de l'Institut américain d'études sur les conflits (ICAR) dès la rentrée prochaine.

( source APS)

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AU CHU GABRIEL TOURE

Un débrayage mortel

Le Centre hospitalier universitaire Gabriel Touré avait hier les allures d'un hôpital garnison en raison de la présence de tous les corps de médecine militaire, après l'arrêt de travail observé par les agents de santé depuis deux jours, en guise de protestation contre l'incarcération de deux des leurs, suite au décès, jugé suspect par certains de Me Touré Aïda Niaré , une avocate. Mais un retour rapide à la normale s'impose.

C'est donc pour suppléer les « grévistes » que les autorités ont fait appel aux médecins militaires pour la prise en charge des patients au sein des différentes structures sanitaires de la capitale. Hier au CHU Gabriel Touré, les pavillons étaient vides, excepté le service d'urgence qui continuait à recevoir les blessés. Là-bas, les médecins militaires avaient du mal à prendre en charge les nombreux cas.

Un des rares médecins civils venu à l'hôpital non pas pour travailler mais pour s'enquérir de la situation nous a appris que même le pharmacien de l'hôpital, un service qui doit normalement assurer la permanence, a refusé d'ouvrir ses portes même pour sortir les ARV . « C'est vrai que les médecins de l'armée peuvent être mobilisés à tout moment, mais pour quelle efficacité ? Cette situation ne peut plus durer, je viens tout juste du chevet d'un enfant séropositif de deux ans qui n'a pas encore reçu sa dose d' ARV  » , a-t-il déploré, avant d'informer le médecin militaire, coordonnateur des opérations, de la situation. Ce dernier, jusqu'au moment où nous quittions les lieux (aux environs de 10 h 30), n'avait pas réussi à obtenir la réouverture de la pharmacie.

Aussi au service de la pédiatrie de l'établissement, ce sont les mères consternées qui sont rentrées à la maison car à ce niveau il n'y avait même pas un médecin des armées pour assurer le service. « C'est arrivée sur place que j'ai appris que les médecins sont en grève et pourtant, je suis là depuis 7 h pour faire consulter mon enfant qui tousse sans cesse depuis deux jours » , s'est indignée une mère visiblement stressée par la situation.

Les autorités, selon de nombreux observateurs, doivent rapidement trouver une solution à la crise car, jugent-ils, les agents de nos forces armées ne peuvent pas longtemps remplacer les médecins civils qui sont spécialisés dans la pédiatrie, ce qui n'est pas forcément le cas chez les militaires.

En tout cas, l'atmosphère au CHU était vraiment triste et les médecins doivent vite revenir car leur débrayage ne fait qu'en rajouter. Ils doivent se convaincre qu'ils ont, par-delà l'esprit de corps, un devoir d'assistance vis-à-vis de leurs patients après avoir prêté le serment d'Hippocrate.

Amadou Waïgalo

Djibrilla Maïga (stagiaire)

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EPILOGUE

L'élevage au Mali

Le Mali a la réputation d'être une terre d'élevage en ce sens que cette activité représente la deuxième force économique du pays après l'agriculture qui emploie une partie importante de la population (plus de 80 % selon certaines statistiques). Il est aussi une terre d'élevage parce que cette activité est menée non seulement par presque tous les groupes ethniques mais également dans toutes les régions.

Toutefois, l'élevage n'y est pas pratiquée partout de la même manière puisque certaines ethnies en sont plus spécialisées que d'autres et des régions aussi le pratiquent plus massivement que d'autres. Ainsi les régions dites du Nord, ainsi que celles du delta intérieur du Niger semblent détenir le monopole du grand élevage au détriment de celles du Sud et de l'Ouest plus tournées vers l'agriculture et le commerce.

Il faut dire que c'est le contexte géographique du pays qui en fait, sur toute son étendue, une suite de plaines et de plateaux, qui le rend propice à l'élevage pratiqué déjà dans certaines zones depuis les XVIIIe et XIXe siècles et peut-être même bien antérieurement. Sur le plan national, les espèces élevées dans les diverses régions portent aussi bien sur les bovins que sur les ovins et les caprins, sans compter les équidés et les suidés qui font la particularité de certaines zones : les chevaux à Bamako et à Nara et les pays bamana, bobo et minyanka, les chameaux dans les régions désertiques et arides du grand Nord.

Mais si l'élevage apparaît comme une activité économique normale au Mali, la région du delta central, dans les environs de Macina, est celle des grands troupeaux de bœufs qui font la fierté des Peuls de ces zones depuis l'époque de la Dina d'Hamdallaye au XIXe siècle.

Dans les pays du Sud qui cumulent de façon inégale agriculture et élevage, la cohabitation n'est pas toujours facile entre les agriculteurs et éleveurs. Les conflits sont fréquents du fait des bergers qui ne surveillent pas suffisamment leurs troupeaux qui vont donc dévaster les cultures des paysans. Dans la pratique, en milieu rural ou l'agriculture est massivement pratiquée, l'élevage qui pose moins de problèmes c'est celui des ovins et des caprins, faciles à garder. Celui des bovidés est un casse-tête sans qualificatif pour paysans et éleveurs. Cela n'empêche nullement chaque famille d'avoir des têtes de bœufs pour tirer ses charrues en hivernage, ni le fait d'entretenir quelques vaches pour consommation familiale du lait.

Dans les villes où des commerçants et fonctionnaires du sommet s'entêtent à faire l'élevage du gros bétail, cela cause autant de désagréments dans le voisinage qu'à la campagne. Les propriétaires, malgré parfois leur bonne volonté, sont incapables de garder efficacement leurs bêtes qui, laissées à elles seules, sèment du grabuge dans le voisinage. Il en va aussi des moutons et des chèvres que des chefs de famille tentent d'élever mais qui sont de constantes sources de souci pour les voisins.

Mais si le cheptel est important, s'agissant des bovidés, les propriétaires préfèrent les faire garder en dehors de la ville dans les parcs par des bergers qu'ils payent mensuellement. Beaucoup de quartiers périphériques de Bamako sont aussi flanqués de parcs de bœufs appartenant à nos gouvernants et aux commerçants et hommes d'affaires de la place ; et ces vaches bien entretenues, surtout en hivernage quand l'herbe est grasse, produisent parfois plus de lait que celle de certains villages de brousse.

Si un nombre important de ces bêtes est gardé dans le parc à l'extérieur de la ville, beaucoup d'autres le sont dans les maisons et qu'on retrouve souvent en divagation dans les carrés et même parfois sur les routes dans la circulation, faute de bergers pour les conduire en brousse. Mais ces bêtes, de façon générale, appartenant aux citoyens au-dessus de la loi, sont regardées comme une fatalité pour les citadins et évitées par les automobilistes qui savent à qui elles appartiennent.

Ceci explique que, d'une part, l'élevage du gros bétail perdure en ville même si les gens y sont opposés et que d'autre part, les dégâts causés par les troupeaux soient rapidement circonscrits. Mais qu'il s'agisse de la campagne ou de la ville, l'élevage se heurte à l'épineuse question de l'alimentation des bêtes, c'est-à-dire au problème de pâturages qui se font rares dans les villages à plus forte raison dans les villes nécessite qu'il faut aller chercher loin, en dehors dans celles-ci.

Toutefois, depuis quelques années, tout au moins pour les villes et pour les riches propriétaires, partiellement ce problème est résolu avec l'implantation dans le pays de quelques unités industrielles spécialisées dans la fabrication de l'aliment bétail. Toute une colonie de jeunes ruraux est également à pied d'œuvre, dans certains quartiers et dans la capitale, pour aller chercher des fourrages à vendre aux propriétaires d'animaux.

En dépit du fait que le Mali est un pays d'élevage par excellence (de par sa géographie), les produits issus de ce secteur, le lait et la viande, n'y sont pas bon marché, loin s'en faut. Si dans les villages les paysans cotisent pour abattre un bœuf de temps à autre pour améliorer l'ordinaire, en ville chaque jour il faut acheter la viande de boucherie qui est très chère. C'est que les éleveurs préfèrent exporter le bétail sur pied dans les pays limitrophes où le prix des animaux sont plus élevés que de les vendre sur place et faire peu de profit.

Des raisons commerciales font donc que le bétail malien est conduit hors des frontières nationales vers le Ghana et la Côte d'Ivoire, pays de peu d'élevage, qui payent au Mali leur consommation de viande au détriment des nationaux.

Facoh Donki Diarra

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ABATTOIR FRIGORIFIQUE DE BAMAKO

Une réputation bien ternie

Longtemps considéré comme le fournisseur incontournable des Maliens en viande, dont bouchers et consommateurs étaient tous satisfaits, l'Abattoir frigorifique de Bamako n'est plus que l'ombre de lui-même aujourd'hui.

Situé en Zone industrielle du district de Bamako, l'Abattoir frigorifique de Bamako a été créé dans les années 1960 sous le régime de Modibo Kéita (paix à son âme). Même si l'Etat possède des actions dans l'Abattoir, un opérateur économique du nom d'Abdoul Wahab Moulékafou en serait l'actionnaire principal. L'Abattoir est régulièrement pris d'assaut par un monde fou composé d'administrés et de bouchers.

En plus des locaux de son administration, l'Abattoir abrite une chambre froide pour la conservation de la viande, une triperie pour l'abattage du mouton et de la chèvre et une autre pour l'abattage du bœuf. Il y a aussi des enclos, qui servent à conserver les bétails, notamment les bœufs avant leur abattage.

Environ 400 bouchers y font abattre quotidiennement des milliers de bêtes (moutons, chèvres, bœufs). Les bouchers paient eux-mêmes leurs bêtes et les acheminent à l'abattoir. Après le dépeçage, la viande est inspectée par les docteurs vétérinaires de l'abattoir, qui sont habilités à dire si elle est comestible ou non. Pour service rendu, les bouchers paient à l'abattoir une taxe de 710 F CFA par tête.

L'Abattoir frigorifique de Bamako est actuellement désapprouvé par beaucoup de nos compatriotes, à commencer par ses premiers partenaires, les bouchers. Ces derniers lui reprochent son incapacité de mettre à leur disposition certains matériels indispensables à leur travail et de remplacer les instruments dégradés. Ils s'indignent aussi du fait qu'il n'y ait dans l'enceinte qu' « un petit hangar de rien du tout pour plus de 400 bouchers ». Toutes choses, qui sont souvent source de « conflits » entre l'administration et les bouchers.

L'image de l'Abattoir s'est beaucoup dégradée à cause de la récente crise de la viande, dont les consommateurs subissent encore les séquelles. Il est blâmé pour son incapacité à approvisionner le marché alors que l'Etat lui avait confié cette charge en subventionnant « momentanément » la filière viande.

C'est pour toutes ces raisons, affirme un syndicaliste, que les bouchers se sont réunis au sein du Syndicat des bouchers et chevillards du district de Bamako en vue de « canaliser et défendre les intérêts de tous les bouchers » .

Toutefois, les bouchers espèrent que la « situation de plus en plus dégradante de l'Abattoir s'améliorera dans un futur proche pour notre bien » .

Ogopémo Ouologuem

( stagiaire )

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 FRANCE

Sarkory et nous

Lors de sa récente visite de travail en Afrique sub-saharienne, le président de la République française, Nicolas Sarkozy, a prononcé à Dakar un discours adressé à « l'élite de la jeunesse africaine ». Ce discours a profondément choqué une grande partie de ceux à qui il était destiné, ainsi que les milieux professionnels et l'intelligentsia africaine francophone. Viendrait-il à être traduit en anglais qu'il ne manquerait pas de causer des controverses bien plus soutenues compte tenu des traditions de nationalisme, de panafricanisme et d'afrocentrisme plus ancrées chez les Africains anglophones que chez les francophones. Achille Mbembe en fait, ici, une critique argumentée.

En auraient-ils eu l'opportunité, la majorité des Africains francophones aurait sans doute voté contre Nicolas Sarkozy lors des dernières élections présidentielles françaises.

Ce n'est pas que son concurrent d'alors, et encore moins le Parti socialiste, aient quoi que ce soit de convaincant à dire au sujet de l'Afrique, ou que leurs pratiques passées témoignent de quelque volonté que ce soit de refonte radicale des relations entre la France et ses ex-colonies. Le nouveau président français aurait tout simplement payé cher son traitement de l'immigration lorsqu'il était le ministre de l'Intérieur de Jacques Chirac, sa collusion supposée avec l'extrême droite raciste et son rôle dans le déclenchement des émeutes de 2005 dans les banlieues de France.

Du viol par le langage

Pour sa première tournée en Afrique au sud du Sahara, il a donc atterri à Dakar précédé d'une très mauvaise réputation - celle d'un homme politique agité et dangereux, cynique et brutal, assoiffé de pouvoir, qui n'écoute point, dit tout et le double de tout, ne lésine pas sur les moyens et n'a, à l'égard de l'Afrique et des Africains, que condescendance et mépris.

Mais ce n'était pas tout. Beaucoup étaient également prêts à l'écouter, intrigués sinon par l'intelligence politicienne, du moins la redoutable efficacité avec laquelle il gère sa victoire depuis son élection. Surpris par la nomination d'une Rachida Dati ou d'une Rama Yade au gouvernement (même si à l'époque coloniale il y avait plus de ministres d'origine africaine dans les cabinets de la République et les assemblées qu'aujourd'hui), ils voulaient savoir si, derrière la manœuvre, se profilait quelque grand dessein - une véritable reconnaissance, par la France, du caractère multiracial et cosmopolite de sa société.

Il était donc attendu. Dire qu'il a déçu est une litote. Certes, le cartel des satrapes (d'Omar Bongo, Paul Biya et Sassou Nguesso à Idris Déby, Eyadema Fils et les autres) se félicite de ce qui apparaît clairement comme le choix de la continuité dans la gestion de la « Françafrique » - ce système de corruption réciproque qui, depuis la fin de l'occupation coloniale, lie la France à ses affidés africains.

Mais si l'on en juge par les réactions enregistrées ici et là, les éditoriaux, les courriers dans la presse, les interventions sur les chaînes de radios privées et les débats électroniques, une très grande partie de l'Afrique francophone - à commencer par la jeunesse à laquelle il s'est adressé - a trouvé ses propos franchement choquants. Et pour cause. Dans tous les rapports où l'une des parties n'est pas assez libre ni égale, le viol souvent commence par le langage - un langage qui, sous prétexte de n'exposer que les convictions intimes de celui qui le profère, s'exempte de tout, refuse d'exposer ses raisons et s'auto-immunise tout en faisant porter tout le poids de la violence au plus faible.

Régression

Mais pour qui n'attend rien de la France, les propos tenus à l'Université de Dakar sont fort révélateurs. En effet, le discours rédigé par Henri Guaino (conseiller spécial) et prononcé par Nicolas Sarkozy dans la capitale sénégalaise offre un excellent éclairage sur le pouvoir de nuisance - conscient ou inconscient, passif ou actif - qui, dans les dix prochaines années, pourrait découler du regard paternaliste et éculé que continuent de porter certaines des « nouvelles élites françaises » (de gauche comme de droite) sur un continent qui n'a pourtant cessé de faire l'expérience de radicales mutations au cours de la dernière moitié du XXe siècle notamment.

Dans sa « franchise » et sa « sincérité », Nicolas Sarkozy révèle au grand jour ce qui, jusqu'à présent, relevait du non-dit, à savoir qu'aussi bien dans la forme que dans le fond, l'armature intellectuelle qui sous-tend la politique africaine de la France date littéralement de la fin du XIXe siècle. Voici donc une politique qui, pour sa mise en cohérence, dépend d'un héritage intellectuel obsolète, vieux de près d'un siècle, malgré les rafistolages.

Le discours du nouveau président français montre comment, enfermé dans une vision frivole et exotique du continent, les « nouvelles élites françaises » prétendent jeter un éclairage sur des réalités dont elles ont fait leur hantise et leur fantasme (la race), mais dont, à la vérité, elles ignorent tout. Ainsi, pour s'adresser à « l'élite de la jeunesse africaine », Henri Guaino se contente de reprendre, presque mot à mot, des passages du chapitre consacré par Hegel à l'Afrique dans son ouvrage La raison dans l'histoire - et dont j'ai fait, récemment encore et après bien d'autres, une longue critique dans mon livre De la postcolonie (pp. 221-230).

Selon Hegel en effet, l'Afrique est le pays de la substance immobile et du désordre éblouissant, joyeux et tragique de la création. Les nègres, tels nous les voyons aujourd'hui, tels ils ont toujours été. Dans l'immense énergie de l'arbitraire naturel qui les domine, ni le moment moral, ni les idées de liberté, de justice et de progrès n'ont aucune place ni statut particulier. Celui qui veut connaître les manifestations les plus épouvantables de la nature humaine peut les trouver en Afrique. Cette partie du monde n'a, à proprement parler, pas d'histoire. Ce que nous comprenons en somme sous le nom d'Afrique, c'est un monde anhistorique non développé, entièrement prisonnier de l'esprit naturel et dont la place se trouve encore au seuil de l'histoire universelle.

Les « nouvelles élites françaises » ne sont pas convaincues d'autre chose. Elles partagent ce préjugé hégélien. Contrairement à la génération des « Papa-Commandant » (de Gaulle, Pompidou, Giscard d'Estaing, Mitterrand ou Chirac) qui épousait tacitement le même préjugé tout en évitant de heurter de front leurs interlocuteurs, les « nouvelles élites » de France estiment désormais qu'à des sociétés aussi plongées dans la nuit de l'enfance, l'on ne peut s'adresser qu'en s'exprimant sans frein, dans une sorte de vierge énergie. Et c'est bien ce qu'elles ont à l'idée lorsque, désormais, elles défendent tout haut l'idée d'une nation « décomplexée » par rapport à son histoire coloniale.

A leurs yeux, on ne peut parler de l'Afrique et aux Africains qu'en suivant, en sens inverse, le chemin du sens et de la raison. Peu importe que cela se fasse dans un cadre où chaque mot prononcé l'est dans un contexte d'ignorance. Il suffit de saturer les mots, de recourir à une sorte de pléthore verbale, de procéder par la suffocation des images - toutes choses qui octroient au discours de Nicolas Sarkozy à Dakar son caractère heurté, bégayant et abrupt.

J'ai en effet beau faire la part des choses. Dans le long monologue de Dakar, je ne trouve d'invitation à l'échange et au dialogue que rhétorique. Derrière les mots se profilent surtout des injonctions, des prescriptions, des appels au silence, voire à la censure, des provocations gratuites, l'insulte par-devers l'inutile flatterie - une insupportable suffisance dont, je l'imagine, on ne peut faire preuve qu'à Dakar, Yaoundé et Libreville, et certainement pas à Pretoria ou à Luanda.

Le président ethnophilosophe

A côté de Hegel existe un deuxième fonds que recyclent sans complexe les « nouvelles élites françaises ». Il s'agit d'une somme de lieux communs formalisés par l'ethnologie coloniale vers la fin du XIXe siècle. C'est au prisme de cette ethnologie que se nourrit une grande partie du discours sur l'Afrique, voire une partie de l'exotisme et de la frivolité qui constituent les figures privilégiées du racisme à la française.

Cet amas de préjugés, Lévy Brühl tenta d'en faire un système dans ses considérations sur « la mentalité primitive » ou encore « prélogique ». Dans un ensemble d'essais concernant les « sociétés inférieures » (Les fonctions mentales en 1910 ; puis La mentalité primitive en 1921), il s'acharnera à donner une caution pseudo-scientifique à la distinction entre « l'homme occidental » doué de raison et les peuples et races non-occidentaux enfermés dans le cycle de la répétition et du temps mythico-cyclique.

Se présentant - coutume bien rodée - comme « l'ami » des Africains, Leo Frobenius (que dénonce avec virulence le romancier Yambo Ouologuem dans Le devoir de violence) contribua largement à diffuser une partie des ruminations de Lévy Brühl en mettant en avant le concept de « vitalisme » africain. Certes, considérait-il que la « culture africaine » n'est pas le simple prélude à la logique et à la rationalité. Toujours est-il qu'à ses yeux, l'homme noir était, après tout, un enfant. Comme son contemporain Ludwig Klages (auteur, entre autres, de L'éros cosmogonique, L'homme et la terre, L'esprit comme ennemi de l'âme), il estimait que l'homme occidental avait payé d'une dévitalisation génératrice de comportements impersonnels la démesure dans l'usage de la volonté - le formalisme auquel il doit sa puissance sur la nature.

De son côté, le missionnaire belge Placide Tempels dissertait sur « la philosophie bantoue » dont l'un des principes était, selon lui, la symbiose entre « l'homme africain » et la nature. De l'avis du bon père, la « force vitale » constitue l'être de l'homme bantu. Celle-ci se déploie du degré proche de zéro (la mort) jusqu'au niveau ultime de celui qui s'avère un « chef ».

Telles sont d'ailleurs, en plus de Pierre Teilhard de Chardin, les sources principales de la pensée de Senghor qu'Henri Guaino se fait fort de mobiliser dans l'espoir de donner aux propos présidentiels une caution autochtone. Ignore-t-il donc l'inestimable dette que, dans sa formulation du concept de la négritude ou dans la formulation de ses notions de culture, de civilisation, voire de métissage, le poète sénégalais doit aux théories les plus racistes, les plus essentialistes et les plus biologisantes de son époque ?

Mais il n'y a pas que l'ethnologie coloniale, cette pseudoscience des conquérants et autres fabricants d'une Afrique imaginaire dont ils inventent volontiers la différence afin de révéler, dans leur splendide isolement, la présence chez autrui de formes exotiques et inaltérées, témoins d'une humanité d'une autre essence. Ainsi de Maurice Delafosse (L'âme nègre, 1921), de Robert Delavignette (Les paysans noirs, 1931) et des autres démiurges de l' « âme africaine » - cette notion idiote à laquelle les élites françaises tiennent tant. Il y a aussi le legs des expositions coloniales, la tradition des zoos humains analysée par Pascal Blanchard et ses collègues, et celle des récits de voyage les uns toujours plus fantastiques que les autres - des explorations de Du Chaillu dans les massifs du Gabon jusqu'au Dakar-Djibouti de Marcel Griaule et Michel Leiris (L'Afrique fantôme), sans compter les découvreurs » d'art nègre, Pablo Picasso en tête.

C'est tout cela qui nourrit à son tour un habitus raciste, souvent inconscient, qui est ensuite repris par la culture de masse à travers les films, la publicité, les bandes dessinées, la peinture, la photographie, « Y'a bon banania » et « Mon z'ami toi quoi y'en a ». Dans ces produits de la culture de masse, on s'efforce de créer des attitudes qui, loin de favoriser un véritable travail de reconnaissance de l'Autre, font plutôt de ce dernier un objet substitutif dont l'attrait réside précisément dans sa capacité à libérer toutes sortes de fantasmes et de pulsions.

Le conseiller spécial du président français reprend à son compte cette logorrhée aussi bien que l'essentiel des thèses (qu'il prétend par ailleurs réfuter) des pontifes de l'ontologie africaine. Pour faire de Nicolas Sarkozy le président ethnophilosophe qu'il aspire peut-être à devenir, c'est dans cette bibliothèque coloniale et raciste qu'il va puiser ses motifs-clés. Puis il procède comme si l'idée d'une « essence nègre », d'une « âme africaine » dont « l'homme africain » (Muntu) serait la manifestation vivante - comme si cette idée somme toute farfelue n'avait pas fait l'objet d'une critique radicale par les meilleurs des philosophes africains, à commencer par Fabien Eboussi Boulaga dont l'ouvrage, La crise du Muntu, est à cet égard un classique.

Dès lors, comment s'étonner qu'au bout du compte, sa définition du continent et de ses gens soit une définition purement négative ? En effet, « l'homme africain » de notre président ethnophilosophe est surtout reconnaissable soit par ce qu'il n'a pas, ce qu'il n'est pas ou ce qu'il n'est jamais parvenu à accomplir (la dialectique du manque et de l'inachèvement), soit par son opposition à « l'homme moderne » (sous-entendu « l'homme blanc ») - opposition qui résulterait de son attachement irrationnel au royaume de l'enfance, au monde de la nuit, aux bonheurs simples et à un âge d'or qui n'a jamais existé.

Pour le reste, l'Afrique des « nouvelles élites françaises » est essentiellement une Afrique rurale, féerique et fantôme, mi-bucolique et mi-cauchemardesque, peuplée de paysans, faite d'une communauté de souffrants qui n'ont rien de commun sauf leur commune position à la lisière de l'histoire, prostrés qu'ils sont dans un hors monde - celui des sorciers et des griots, des êtres fabuleux qui gardent les fontaines, chantent dans les rivières et se cachent dans les arbres, des morts du village et des ancêtres dont on entend les voix, des masques et des forêts pleines de symboles, des poncifs que sont la prétendue « solidarité africaine », « l'esprit communautaire », « la chaleur » et le respect des aînés.

La politique de l'ignorance

Le discours se déroule donc dans une béatifique volonté d'ignorance de son objet, comme si, au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, l'on n'avait pas assisté à un développement spectaculaire des connaissances sur les mutations, sur la longue durée, du monde africain.

Je laisse de côté l'inestimable contribution des chercheurs africains eux-mêmes à la connaissance de leurs sociétés et à la critique interne de leurs cultures - critique à laquelle certains d'entre nous ont largement contribué. Je parle des milliards de son propre trésor que le gouvernement français a commis dans cette grande œuvre et ne m'explique guère comment, au terme d'un tel investissement, on peut encore, aujourd'hui, tenir au sujet du continent des propos aussi peu intelligibles.

Que cache cette politique de l'ignorance volontaire et assumée ?

Comment peut-on se présenter à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar au début du XXIe siècle et s'adresser à l'élite intellectuelle comme si l'Afrique n'avait pas de tradition critique propre et comme si Senghor et Camara Laye, chantres respectifs de l'émotion nègre et du royaume de l'enfance, n'avaient pas fait l'objet de vigoureuses réfutations internes ?

Quelle crédibilité peut-on accorder à des propos misérabilistes qui font des Africains des êtres fondamentalement traumatisés et incapables d'agir pour leur propre compte ? Ou encore qui passent totalement sous silence la longue histoire des résistances y compris contre le colonialisme français, tout autant que les luttes en cours pour la démocratie dont aucune ne bénéficie d'un soutien franc de la part d'un pays qui a activement pris, depuis longtemps, le parti des satrapies locales ? Comment peut-on venir nous promettre une Eurafrique chimérique sans dire un mot sur les efforts internes de construction d'un cadre économique unitaire africain ?

Par ailleurs, où sont donc passées les connaissances accumulées au cours des cinquante dernières années par l'Institut de recherche sur le développement, les laboratoires du Centre national de la recherche scientifique, les nombreux appels d'offres thématiques réunissant chercheurs africains et français qui ont tant servi à renouveler notre connaissance du continent - initiatives souvent généreuses auxquelles il m'est d'ailleurs arrivé, plus d'une fois, d'être associé ?

Comment peut-on faire comme si, en France même, Georges Balandier n'avait pas montré, dès les années cinquante, la profonde modernité des sociétés africaines ; comme si Claude Meillassoux, Jean Copans, Emmanuel Terray, Pierre Bonafé et beaucoup d'autres n'en avaient pas démonté les dynamiques internes de production des inégalités ; comme si Catherine Coquery-Vidrovitch, Jean-Suret Canale, Almeida Topor et plusieurs autres n'avaient pas mis en évidence et la cruauté des compagnies concessionnaires, et les ambiguïtés des politiques économiques coloniales ; comme si Jean-François Bayart et la revue Politique africaine n'avaient pas tordu le cou à l'illusion selon laquelle le sous-développement de l'Afrique s'explique par son « désengagement du monde » ; comme si Jean-Pierre Chrétien et de nombreux géographes n'avaient pas administré la preuve de l'inventivité des techniques agraires sur la longue durée ; comme si Alain Dubresson, Annick Osmont et d'autres n'avaient pas décrit, patiemment, l'incroyable métissage des villes africaines ; comme si Alain Marie et les autres n'avaient pas montré les ressorts de l'individualisme ; comme si Jean-Pierre Warnier n'avait pas décrit la vitalité des mécanismes d'accumulation dans l'Ouest-Cameroun et ainsi de suite.

Déni de responsabilité

Quant à l'antienne sur la colonisation et le refus de la « repentance », voilà qui sort tout droit des spéculations de Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut et autres Daniel Lefeuvre. Mais à qui fera-t-on croire qu'il n'existe pas de responsabilité morale pour des actes perpétrés par un Etat au long de son histoire ? A qui fera-t-on croire que pour créer un monde humain, il faut évacuer la morale et l'éthique par la fenêtre puisque dans ce monde, il n'existe ni justice des plaintes, ni justice des causes ?

Afin de dédouaner un système inique, la tentation est aujourd'hui de réécrire l'histoire de la France et de son empire en en faisant une histoire de la « pacification », de « la mise en valeur de territoires vacants et sans maîtres », de la « diffusion de l'enseignement », de la « fondation d'une médecine moderne », de la mise en place d'infrastructures routières et ferroviaires. Cet argument repose sur le vieux mensonge selon lequel la colonisation fut une entreprise humanitaire et qu'elle contribua à la modernisation de vieilles sociétés primitives et agonisantes qui, abandonnées à elles-mêmes, auraient peut-être fini par se suicider.

En traitant ainsi de la colonisation, on prétend s'autoriser, comme dans le discours de Dakar, d'une sincérité intime, d'une authenticité de départ afin de mieux trouver des alibis - auxquels on est les seuls à croire - à une entreprise passablement cruelle, abjecte et infâme. L'on prétend que les guerres de conquête, les massacres, les déportations, les razzias, les travaux forcés, la discrimination raciale institutionnelle - tout cela ne fut que « la corruption d'une grande idée » ou, comme l'explique Alexis de Tocqueville, « des nécessités fâcheuses ».

Demander que la France reconnaisse, à la manière du même Tocqueville, que le gouvernement colonial fut un « gouvernement dur, violent, arbitraire et grossier », ou encore lui demander de cesser de soutenir des dictatures corrompues en Afrique, ce n'est ni la dénigrer, ni la haïr. C'est lui demander d'assumer ses responsabilités et de pratiquer ce qu'elle dit être sa vocation universelle.

D'autre part, il faut être cohérent et cesser de tenir à propos de la colonisation des propos à géométrie variable - certains pour la consommation interne et d'autres pour l'exportation. Qui convaincra-t-on en effet de sa bonne foi si, en sous-main des proclamations de sincérité telles que celles de Dakar, l'on cherche à dédouaner le système colonial en cherchant à nommer, à titre posthume comme maréchal, des figures aussi sinistres que Raoul Salan ou en cherchant à construire un mémorial à des tueurs comme Bastien Thiry, Roger Degueldre, Albert Dovecar et autres Claude Piegts ?

Conclusion

La majorité des Africains ne vit ni en France, ni dans les anciennes colonies françaises. Elle ne cherche pas à émigrer dans l'Hexagone. Dans l'exercice quotidien de leur métier, des millions d'Africains ne dépendent d'aucun réseau français d'assistance. Pour leur survie, ils ne doivent strictement rien à la France et la France ne leur doit strictement rien. Et c'est bien ainsi.

Ceci dit, un profond rapport intellectuel et culturel lie certains d'entre nous à ce vieux pays où, d'ailleurs, nous avons été formés en partie. Une forte minorité de citoyens français d'origine africaine, descendants d'esclaves et d'ex-colonisés y vivent, dont le sort est loin de nous être indifférent, tout comme celui des immigrés illégaux qui, malgré le fait d'avoir enfreint la loi, ont néanmoins droit à un traitement humain.

Depuis Fanon, nous savons que c'est tout le passé du monde que nous avons à reprendre ; que nous ne pouvons pas chanter le passé aux dépens de notre présent et de notre avenir ; que « l'âme nègre » est une invention de Blanc ; que le Nègre n'est pas, pas plus que le Blanc ; et que nous sommes notre propre fondement.

Aujourd'hui, y compris parmi les Africains francophones dont la servilité à l'égard de la France est particulièrement accusée et qui sont séduits par les sirènes du nativisme et de la condition victimaire, beaucoup d'esprits savent pertinemment que le sort du continent, ou encore son avenir, ne dépend pas de la France. Après un demi-siècle de décolonisation formelle, les jeunes générations ont appris que de la France, tout comme des autres puissances mondiales, il ne faut pas attendre grand-chose. Les Africains se sauveront eux-mêmes ou ils périront.

Elles savent aussi que jugées à l'aune de l'émancipation africaine, certaines de ces puissances sont plus nuisibles que d'autres. Et que compte tenu de notre vulnérabilité passée et actuelle, le moins que nous puissions faire est de limiter ce pouvoir de nuisance. Une telle attitude n'a rien à voir avec la haine de qui que ce soit. Au contraire, elle est le préalable à une politique de l'égalité sans laquelle il ne saurait y avoir un monde commun.

Si donc la France veut jouer un rôle positif dans l'avènement de ce monde commun, il faut qu'elle renonce à ses préjugés. Il faut que ses nouvelles élites opèrent le difficile travail intellectuel sans lequel les proclamations politiciennes d'amitié n'auront aucun sens. On ne peut pas, comme à Dakar, parler à l'ami sans s'adresser à lui. Etre capable d'amitié, c'est, comme le soulignait Jacques Derrida, savoir honorer en son ami l'ennemi qu'il peut être.

Aujourd'hui, le prisme culturel et intellectuel à partir duquel les nouvelles élites françaises regardent l'Afrique, la jugent ou lui administrent des leçons n'est pas seulement obsolète. Il ne fait aucune place à des rapports d'amitié qui seraient un signe de liberté parce que coextensifs à des rapports de justice et de respect. Pour l'heure, et s'agissant de l'Afrique, il manque tout simplement à la France le crédit moral qui lui permettrait de parler avec certitude et autorité.

Voilà pourquoi le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar ne sera, ni écouté, encore moins pris au sérieux.

Achille Mbembe

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23e JOURNEE DU CHAMPIONNAT

Sur des airs de revanche

La 23e journée du championnat national de football de D1 débute ce dimanche avec l'opposition Club olympique de Bamako-Stade malien de Bamako, une rencontre décisive dans la course au titre. Les autres rencontres seront tout aussi déterminantes pour les uns et les autres. Les disjoncteurs risquent de sauter.

Battu (1-0) par le Club olympique de Bamako (COB) lors de la phase aller du championnat, le Stade malien de Bamako tentera de prendre sa revanche dimanche après-midi au Stade Modibo Kéita.

Bakary Coulibaly « Bako » et ses camarades, loin d'oublier leur première défaite de la saison, entendent remonter les bretelles d'Amadou Diamouténé et de ses coéquipiers. Mais, les protégés d'Alou Badra Diallo « Conti » entendent, pour leur part, récidiver leur prouesse de la 10e journée quand ils avaient défait l'équipe des Blancs de Bamako, qui était jusque-là invaincue en championnat national.

Autant dire que cette rencontre entre le premier et son dauphin promet à plus d'un titre. D'abord, elle attribuera le fauteuil de leader et ensuite elle boostera le moral de l'une ou l'autre équipe pour les ultimes rendez-vous de la saison. Gare donc à l'équipe perdante.

En deuxième heure, le public aura droit à l'opposition Djoliba-Stade malien de Sikasso. Les joueurs de Kénédougou, défaits à l'aller (2-1) sur leurs propres installations, ont absolument besoin d'une victoire pour espérer quitter la zone rouge. Pour les poulains de Fagnery Diarra, il ne sera peut-être pas question de vendanger ces trois points au risque de voir leurs dernières illusions s'envoler dans cette compétition.

Lundi, à Bamako, il y aura Réal-Commune II et CSK-Nianan. A Ségou, l'Asko sera l'hôte de Bakaridjan. Dans le Méguetan, l'équipe des « Sept Villages » ouvrira les hostilités avec l'Usfas tandis qu'à Kayes le Sigui, qui a d'ores et déjà un pied en 2e division, en découdra avec l'ASB.

Boubacar Diakité Sarr

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