Les Echos du 06 août
RAPPORT DU VERIFICATEUR ET LIBRAIRIE POPULAIRE
Le Pr. Dialla Konaté réplique au Pr. Amadou Touré
Je n'ai jamais demandé à Amadou Jikoroni s'il a ou non été « dédommagé ». Rétribué ou non, Amadou Jikoroni qui a, en premier lieu, agit comme bien de Maliens en pensant au pays et non à des rétributions à venir, ne peut en aucun cas perdre l'estime de patriotes au rang desquels je me situe ni diminuer son mérite.
Etant en voyage, j'ai eu l'avantage de recevoir copie, en temps réel, de la réaction de mon cher ami et collègue Amadou Touré à mon précédent article qui traitait des contours du rapport 2006 du Vérificateur général (VG). Je vais y répondre assez vite et avec sérieux.
Tout d'abord je suis enchanté de la réaction du Pr. Amadou Touré que je n'ai, hélas, pas revu depuis 10 ans. Voilà une preuve de plus qu'un débat peut être courtois et surtout sans esprit polémique.
Amadou Touré est un professeur hors classe de littérature donc je ne peux pas le soupçonner de ne pas m'avoir lu en profondeur. Alors pour expliquer la distance qu'il y a entre son article et ce que j'en attendais, il me reste la possibilité de penser que mon article n'était ni clair ni bien écrit. J'en présente mes excuses aux lecteurs. En premier lieu je voudrais faire une pétition de principe qui est la suivante : Le gouvernement qui a installé le VG est un gouvernement légitime. De ce fait et parce que ni le VG, ni ses activités, à ma connaissance, n'ont été sanctionnés par la justice, ils sont légaux et légitimes.
Le bureau de VG est-il en double emploi ? Coûte-t-il trop cher ? Ses méthodes sont-elles critiquables ? Il ne m'appartient pas de discuter ces points en ce moment. Aux yeux du gouvernement, ce bureau a été créé comme un outil important lui permettant d'atteindre ses objectifs. Partant, les résultats du bureau du VG devront, à mon humble avis, être discutés comme un élément du bilan du régime politique qui l'a créé. Cela en son temps. Entre-temps, les disputes et contradictions méthodologiques peuvent être portées à la connaissance du Tribunal administratif.
Ensuite, j'espère pouvoir être assez clair sur quelques points débattus par mon ami et collègue Amadou Touré.
(1) Lorsque je me porte incompétent pour juger du rapport du VG, il ne s'agit pas de compétence technique à comprendre les matériaux exposés, mais, du fait d'être hors du champ des opérations, ne pouvant connaître des méthodes du travail, de la qualité des documents des enquêtes, je me trouve sans la moindre compétence pour juger du rapport en tant que tel.
(2) J'apprécie le travail du Pr. Amadou Touré comme spécialiste de l'édition au Mali. Oui, la Librairie du Mali a été créée par un texte en date du 15 juillet 1961. Cependant, les promoteurs n'ont pas attendu le 15 juillet pour agir. Du 22 septembre 1960 au 15 juillet 1961 des actions ont été entreprises. L'époque allant de 1960 à 1962 fut une période de grande effervescence patriotique. Je vais rappeler une chose que de nombreux jeunes ne savent pas.
Après le 22 septembre 1960, lorsque les ministres du premier gouvernement ont rejoint leurs bureaux, il n'y avait en général même pas de papier ou de quoi écrire. Souvent, les premiers biens de la République du Mali ont été apportés par des patriotes. La plupart n'étaient pas membres du RDA. De nombreux Maliens, souvent plutôt modestes et anonymes, ont offert des tas de choses aux Mali. Je peux assurer que Amadou Jikoroni Traoré a offert sa librairie.
Il s'est passé aussi que le jeune Etat, lorsqu'il a rassemblé quelques moyens financiers, a offert des « dédommagements » à certains. Souvent ces actes de réparation sont moins connus. Je n'ai jamais demandé à Amadou Jikoroni s'il a ou non été « dédommagé ». Rétribué ou non, Amadou Jikoroni qui a, en premier lieu, agit comme bien de Maliens en pensant au pays et non à des rétributions à venir, ne peut en aucun cas perdre l'estime de patriotes au rang desquels je me situe ni diminuer son mérite.
Etre patriote signifie que l'on privilégie son pays mais ne veut pas dire perdre tout sens de l'intérêt personnel. Dire ce qui se trouve consigné dans les archives de rétribution financière ne dit rien sur la motivation originelle des patriotes qui ont aidé la renaissance de notre pays. La procédure manquait-elle de transparence ? Sans doute. Mais je mets quiconque au défi de trouver dans le monde de 1960-61 un seul pays qui était transparent au sens ou on l'entend en 2007.
(3) Je ne veux pas faire l'apologie d'un régime politique ou opposer des fonctionnaires d'époques différentes. Je veux citer des faits discutables peut être dans leurs prolongements, mais vérifiables dans leurs réalités. Au lieu de Amadou Jikoroni ou du président Modibo Kéita, j'aurai pu citer bien d'autres Maliens anonymes ou moins anonymes. J'aurai pu citer un homme qui, à mon avis, a été un haut fonctionnaire exemplaire de probité : Méto Djourté . Il fut, je crois parmi les premiers Maliens à être directeur de cabinet au ministère de la Santé. A sa retraite en 1969, il est retourné, la tête haute et la conscience claire, dans son village dans la région de Mopti.
Du reste dans chacun de mes articles, je cite des Maliens méritants. Pêle-mêle, il m'est arrivé de citer Mohamed Alfousseyni Touré, secrétaire général de la présidence au milieu des années 1980, Fagnanama Koné, Mamadou Fofana , ingénieurs, Baba Akhib Haïdara, Ntji Idriss Mariko , enseignants qui furent tous hauts fonctionnaires sous le régime militaire mais cela n'a pas à mes yeux diminué la qualité de ces hommes ou altéré d'éminents services qu'ils ont rendus à notre pays. Récemment j'ai cité certains de mes maîtres, Abdoulaye Thiam , Tiémoko Traoré, Hamadi et Tenemba Macalou , Singo Coulibaly. J'ai cité des serviteurs de l'éducation, Bakary Kamian , Sékéné Mody Sissoko, Mme Soumaré Aïssata Diallo, Modibo Kéita, etc.
Si l'occasion m'est donnée, je citerai des hommes publics du jour présent. Par exemple, j'ai apprécié que les ministres Cheick Oumar Sissoko et feu Mamadou Lamine Traoré aient apporté des soutiens réels, en compagnie de Mme le recteur, aux efforts des Maliens de l'intérieur comme de l'extérieur dans la promotion de la recherche scientifique. De ces 3 personnes, je ne connais que Cheick Oumar. Je n'ai jamais rencontré ni feu le ministre Traoré ni Mme le recteur. J'ai dit à plusieurs reprises l'estime et la confiance que j'avais pour le doyen Salikou Sanogo de la Fast , j'ai dit le mérite du Pr. Aboubacar Sidiki Cissé d'avoir créé le Tokten ou des jeunes comme Ogobara Doumbo qui font du travail scientifique honorable.
J'écrirai aussi un jour tout le bien que je pense de messieurs les ministres du Tourisme, des Petites entreprises et des Finances dans le rôle qu'ils ont joué en évitant que l'hôtel El Farouk soit, de façon insensée, arraché à ses propriétaires et vendu aux enchères. Ils ont mis en place une solution éminemment intelligente, patriotique et économiquement efficace.
Dans mes articles dans Les Echos (au début des années 1990 j'ai écrit dans un journal qui s'appelle L'Observateur) je m'emploie à valoriser des actions positives des personnalités ayant joué ces rôles afin d'en faire des exemples pour la jeunesse. Au-delà du Mali, je dis très souvent que Mobutu avait fait un excellent travail dans son pays en faisant la promotion de l'éducation nationale.
Le Zaïre était, à ma connaissance le seul pays d'Afrique noire en dehors de l'Afrique du Sud à produire des livres pour tout son système éducatif. Il était le seul pays africain dont l'Université disposait d'un réacteur nucléaire de recherche (les autres pays n'ont même pas encore commencé à réfléchir a la question : comment dans 50 ans la population aura de l'énergie). Des malades venaient de Belgique, du Portugal, de France et d'Afrique du Sud, entre autres, pour se soigner à l'hôpital Mama Yemo de Kinshasa. Dire cela, c'est parler de faits avérés. Mais cela ne dédouane en rien Mobutu et son régime, pour le reste, tout le reste de leurs actions.
Sans faire partie d'aucun gouvernement, j'ai vu de très près la plupart des gouvernements africains et cela au moins durant les 30 dernières années. Cela me donne une responsabilité particulière que j'assume.
(4) Mon cher collègue et ami ne dément pas que le président Modibo Keita (que je critique durement pour d'autres actions comme le jugement et la disparition de Fily Dabo Sissoko et ses compagnons) avait refusé le paiement à lui de toute rétribution. Il est de notoriété publique qu'il a offert son champ au Mali. Mon intention n'est pas d'ouvrir un tribunal historique, mais de profiter de chaque opportunité de prise de parole pour lister certains actes qui honorent ceux qui les ont faits en faveur de notre pays et de l'Afrique.
(5) Je crois que le développement est une question qui est posée à notre peuple dans son ensemble, bien entendu la personnalité du président de la République est importante mais la marche vers le développement va au-delà d'un seul régime. Nulle part, contrairement à ce que l'on pourrait comprendre à travers l'article de mon collègue et ami, je n'ai jamais mis en cause ni la volonté, ni la compétence ni le patriotisme du président actuel, Amadou Toumani Touré. Je ne vis pas au pays, je ne connais pas l'homme. Le peuple l'a jugé en lui donnant un satisfecit en avril 2007. Le reste du débat concernant son travail appartiendra aux historiens.
Mon rôle humble et permanent, s'appuyant sur ma liberté de conscience et mon attachement à notre pays, est de contribuer à la réussite de toute action patriotique et de la faire connaître à la jeunesse.
(6) Non je ne suis ni pessimiste ni déçu ; je suis rigoureux et exigeant.
(7) De même je ne connais pas la personne du VG. Ce que j'ai dit est qu'il ne faut pas ignorer la corruption dans notre pays. Les chiffres avancés par le VG peuvent être contestés dans leur génération, mais au finish, le VG obtient un montant qui est crédible et correspond aux évaluations sérieuses que je connais.
Les 100 milliards sont en proportion de 40 % de l'économie d'où une évaluation de la totalité des malversations sur l'ensemble de l'économie est 100/0.4 = 250 milliards. Pourquoi le montant des malversations et autres dissipations ne peut être inférieur à ce montant ? Parce que s'il l'était le Mali créera de la richesse au lieu d'en détruire comme c'est le cas.
(8) Les séminaires de formation, à mon entendement, sont des séminaires internes et donc n'engendrent pas de coûts réels. Oui à l'éducation des enfants mais certains de leurs éducateurs en premier lieu, certains parents se comportant souvent comme de parfaits malfaiteurs au bureau et en ville, il faut aussi éduquer ceux-ci et même appliquer les rigueurs de la loi à ceux qui résistent à la bonne conduite.
Je constate que pour le reste et l'essentiel, je suis en accord avec mon collègue et ami le Pr. Amadou Touré que je remercie encore une fois de sa réaction constructive qui m'a appris beaucoup de choses.
Pour finir, je souhaite que les intellectuels maliens participent au débat constructif, c'est une thérapie démocratique. J'ai écrit au milieu des années 1990 que la négligence et l'incompétence, à mon avis, coûtent plus cher à notre pays que la malversation intentionnelle. Il faut en discuter. Mettre en cause les influences néfastes des familles. Il faut aussi pointer du doigt des zones qui se sont placées en dehors de toute règle de gestion saine.
D'après toutes les informations sérieuses qui me sont parvenues, l'Assemblée nationale est un de ces lieux dont la gestion ne correspond à aucune orthodoxie, depuis 1992. Dire cela ne consiste pas à mettre en cause le président de l'Assemblée ou le questeur mais un état d'esprit à n'observer aucune règle de bonne gestion. C'est cet esprit néfaste qu'il faut combattre.
Dialla Konaté
( de passage à New York, 1er août 2007
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FINANCEMENT PUBLIC DES PARTIS POLITIQUES
Nécessité ou gâchis financier ?
Malgré la manne financière qu'ils reçoivent de l'Etat tous les ans, les partis politiques restent incapables d'assumer leurs missions d'éducation civique des citoyens et de consolidation de la démocratie. D'où l'organisation d'une journée de réflexion du Réseau des journalistes économiques du Mali ( Rjem ), en partenariat avec la Fondation Friedrich Ebert Stiftung , sur le financement public des partis politiques. C'était samedi à la Bibliothèque nationale.
En organisant une journée sur le financement public des partis politiques au Mali, le Réseau des journalistes économiques, aux dires de son coordinateur Alexis Kalambry, voulait engager les débats sur une question à la fois politique et économique et qui interpelle tous les fils de la nation.
Les partis politiques maliens se partagent, bon an mal an, 900 millions de F CFA du moins du contribuable. Si l'esprit de ce financement est d'aider les partis politiques à assurer leurs missions de formation de la volonté politique, de l'éducation civique des citoyens et de la consolidation de la démocratie, il faut dire que c'est raté. Car : « Les actes de mauvaise gestion dénoncés au quotidien détruisent la confiance du citoyen dans le personnel politique. La preuve, le refus des citoyens à aller voter » , argumentera M. Kalambry qui s'est posé la question de savoir « s'il est encore possible de justifier les affectations financières consenties aux partis politiques en raison de l'échec collectif de ces derniers à mobiliser la population malienne » .
Dans son exposé, le conférencier Moussa Kaba Diakité, économiste et consultant en relations publiques, a fait un bref rappel de l'historique et la philosophie du financement public avant de développer les critères d'éligibilité, les missions, usages et contrôle ainsi que son impact sur la démocratie.
Selon lui, c'est avec l'avènement de la démocratie plurielle en 91 qu'est apparue la nécessité d'accorder des financements aux partis politiques ; les caisses de l'Etat se confondant avec celles du parti sous la première République. Les partis politiques ne toucheront à leur premier financement qu'en 1997 sur la base de critères et conditions édictés dans la loi 0547 du 18 août. Il s'agit de justifier la tenue régulière des instances dirigeantes du parti, disposer d'un siège et d'un compte dans une institution financière reconnue, tenir un inventaire annuel des biens du parti, justifier la provenance des ressources financières, avoir participé aux élections générales, etc.
La section des comptes de la Cour suprême est chargée de vérifier en aval la moralité des dépenses et a la latitude d'exclure tout parti qui présente un faux bilan. Parlant de l'impact de cet argent, le conférencier dira « qu'à l'usage, ces ressources servent surtout à organiser les instances des partis, congrès, conférences et autres activités politiques. Très peu de partis consacrent ces fonds à l'éducation civique des citoyens » . Toutefois, ajoutera-t-il, le financement permet à certains grands partis de se renforcer davantage et à d'autres de stagner.
C'est pourquoi, aux termes des débats et au regard du cas spécifique où le président de la République a dû décidé de partager une partie du financement entre les partis, tous déclarés non éligibles, les participants, (une trentaine de journalistes) ont proposé, entre autres, la révision des critères d'attribution des fonds à défaut de leur suppression pure et simple, la délocalisation des ressources…
Sidiki Y. Dembélé
L'argent du contribuable englouti par les partis politiques de 1997 à nos jours en F CFA
Adéma : 1,411 milliard
RPM : 673 millions
Cnid : 195 millions
Parena : 172 millions
URD : 137 millions
US-RDA : 74 millions
Sadi : 76 millions
Bdia : 76 millions
MPR : 90 millions
UDD : 97 millions
RND : 60 millions
PDR : 42 millions
Ramat : 39 millions
PSP : 30 millions
PIDS : 28 millions
PDJ : 27 millions
Miria : 23 millions
RDT : 19 millions
Bara, Fama , PEI : 17 millions chacun
RDS, UFDP, Madi : 15 millions chacun
Les autres, du 70e parti politique au 106e : 879 000 F
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DECES D'ALMAMY SYLLA
Un monument de la politique malienne se couche
La triste nouvelle est tombée tôt hier matin. Almamy Sylla, ancien sous-directeur de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) est décédé dimanche 5 août à l'aube, à son domicile de Korofina-Nord . Agé d'environ 84 ans, Almamy Sylla était depuis plusieurs mois malade couché à la maison.
L'ancien président fondateur du Rassemblement pour la démocratie et le progrès (RDP) a définitivement rompu avec la scène politique après les élections générales de 2002 qui ont vu l'élection du président ATT à la tête de l'Etat.
En 1992, moins d'un an après la création de son parti, le RDP, Almamy Sylla était candidat à la première présidentielle de l'ère démocratique au Mali, remportée par le candidat de l' Adéma , Alpha Oumar Konaré. Il était également dans la course à Koulouba en 1997 aux côtés d'autres candidats de l'opposition contre le candidat sortant de l' Adéma , Alpha Oumar Konaré.
Le scrutin présidentiel du 13 avril 1997, qualifié d'échec par une partie de la classe politique malienne, avait servi d'alibi à l'opposition pour boycotter le reste du processus. Les contestations vont plus tard aboutir, sous la houlette d' Almamy Sylla, à la mise en place d'un Collectif des partis politiques de l'opposition ( Coppo ), opposition radicale.
Le doyen, fatigué par le poids des ans et la maladie, a finalement signé sa retraite politique à l'issue de la présidentielle de 2002 en abandonnant définitivement le poste de président du RPD. C'était également la fin du Coppo et la mort de l'opposition politique au nom du consensus prôné par ATT.
De sa retraire, Almamy Sylla était de moins en moins visible sauf en de rares occasions à caractère social. Après une brillante carrière de fonctionnaire international et une vie politique mené tambour battant, M. Sylla, stoïquement, a tiré sa révérence.
Son inhumation aura lieu cet après-midi à partir de 16 h. Dors en paix, doyen, Amen !
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