Les Echos du 02 août
FSJP
Des pratiques qui déshonorent
L'organisation de cours privés « spéciaux » à l'approche des examens à la Faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP) n'est pas de nature à faire honneur à l'enseignement supérieur.
La création de l'Université de Bamako avait suscité un engouement certain dans les milieux scientifiques : plusieurs filières ayant été créées, la Faculté des sciences juridiques et économiques, scindée plus tard en Faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP) et en Faculté des sciences économiques et de gestion, née des cendres de l'ex- ENA . La FSJP a l'exaltante mission de former de hauts cadres du pays.
Cependant, cette mission aujourd'hui risque d'être compromise par des pratiques qui déshonorent l'enseignement supérieur. Le hic, c'est que celles-ci viennent de certains professeurs qui doivent pourtant prêcher par le bon exemple. L'une des pratiques courantes aujourd'hui à la FSJP est l'organisation de cours privés, dits « spéciaux » . Comment comprendre l'organisation de cours privés spéciaux à l'intention d'étudiants à raison de 5000 F CFA ou de 10 000 F CFA par étudiant à quelques encablures des examens de fin d'année ? Inadmissible rétorquent des étudiants.
« Pour rentrer dans les faits, hier nous étions en examen partiel en procédure pénale. Le professeur qui dispense ce cours avait pris, cinq jours auparavant, 5000 F CFA avec des étudiants pour leur donner le sujet qu'il allait proposer à l'examen. Effectivement, il a donné in extenso le sujet » , confirment certains.
Aussi, contre toute attente et contre tout bon sens, le professeur chargé de cours de procédure pénale en classe de 2e année de droit a proféré des menaces à l'encontre des étudiants qui ne se seraient pas inscrits à son cours privé « spécial » . Comme quoi, il leur attribuera une note dérisoire au moment de la notation. Cette mise en garde, il l'a fait aux étudiants des 1re et 2e années de droit. La messe est donc dite. Tous ceux qui se sont abstenus pour une raison ou une autre de donner suite à sa « proposition » risquent de l'apprendre à leurs dépens.
Il nous est revenu que le professeur est tout de même parvenu à remplir l'amphi 2000 en se faisant des millions sur le dos de pauvres étudiants. Il faut dire qu'il n'est pas le seul à s'illustrer éloquemment dans la dispense des cours privés « spéciaux » . « En comptabilité générale également, notre professeur a procédé de la même manière. Il a pris 3000 F CFA avec les étudiants et leur a dévoilé le sujet d'examen » , témoigne une source.
Tout porte à croire que l'objectif recherché n'est pas le renforcement du niveau des étudiants qui ont passé une année universitaire plus ou moins normale, mais, tout simplement d'une corruption qui ne dit pas son nom surtout que ceux qui participent à ces cours sont généralement ceux qui ont les meilleures notes en classe. Les inscrits sont identifiés à travers une liste nominative.
A tous égards, cette pratique est déplorable d'autant qu'elle consacre l'inégalité entre les étudiants nantis et ceux qui ne le sont pas. De ce fait, le mérite et la compétence ne deviennent plus des critères de l'excellence, mais il faut également l'argent.
Des langues qui se délient dans le milieu des professeurs à la FSJP souhaitent aujourd'hui une interdiction pure et simple des cours privés « spéciaux » et la suspension de leurs collègues qui s'y adonnent et qui, selon eux, souillent cette noble profession. « Cet acte de la part de certains de nos collègues est honteux parce que l'enseignement supérieur doit favoriser la promotion de l'intelligentsia. C'est un milieu scientifique qui doit tenir uniquement compte de la valeur intrinsèque des étudiants sans faire de distinction. Dans ce cas, tout acte qui serait de nature à favoriser certains étudiants par rapport à d'autres serait contraire au principe d'égalité consacré par notre Constitution » , s'indigne un professeur de la FSJP .
Voyant d'un très mauvais œil l'organisation de cours spéciaux privés à l'approche des examens, notre interlocuteur s'interroge : « le professeur qui tend la main à ses étudiants peut-il affirmer son indépendance par rapport à ceux-ci » ?
Du côté de certains parents d'élèves, l'inquiétude sur l'avenir de leurs enfants est réelle. « Je suis inquiète de l'avenir de nos enfants qui, désormais, n'utiliseront plus leur intellect pour réussir mais passeront par des chemins tortueux » , regrette une mère de famille, qui interpelle les autorités compétentes ainsi que le comité AEEM afin qu'ils cultivent l'excellence dans les Facultés en mettant dehors les professeurs mus par l'appât du gain facile.
Beaucoup s'accordent à dire que l'organisation des cours privés pouvait être une bonne chose si les sujets n'étaient pas dévoilés. Aujourd'hui, il ne s'agit plus de se contenter d'une simple condamnation verbale, mais il faut agir contre le fait de dévoiler les sujets moyennant espèces sonnantes et trébuchantes.
Mohamed Daou
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FLAMME DE LA PAIX
Quand le Mali fait des émules
En février 1996, l'opposition malienne avait ironisé l'idée du président Alpha Oumar Konaré d'allumer à Tombouctou la Flamme de la paix qui symbolisait le retour de la paix dans le Nord après la rébellion touarègue des années 1990. Aujourd'hui, le concept fait recette. Toutefois, la diplomatie malienne semble l'avoir oublié. Mais, il faut rendre à César ce qui est à César : le Mali, sous le leadership d'Alpha, a réalisé de belles choses qui continuent de faire des émules. Pourquoi ne pas les rappeler opportunément et surtout se les approprier ?
La cérémonie Flamme de la paix que le Mali a organisée en février 1996 mettant fin officiellement au conflit armé au nord du pays continue de faire recette en Afrique. Plusieurs pays l'ont expérimentée, le dernier en date étant la Côte d'Ivoire. Mais, de moins en moins on entend parler de l'origine sinon « la paternité » d'une expérience qui fait des émules.
Il y a un peu plus de dix ans, sous Alpha Oumar Konaré, a été allumée à Tombouctou, à un millier de kilomètres de Bamako, la Flamme de la paix. Elle avait été initiée conjointement par notre pays et les Nations unies et symbolisait la fin de la rébellion dans le Septentrion qui avait connu deux ans de guerre entre l'armée régulière et des fractions et mouvements rebelles.
Les différentes forces armées en présence ont brûlé sous les yeux de la communauté internationale des dizaines de milliers d'armes de guerre qui ont servi à alimenter une guerre fratricide. Cette expérience unique au monde est depuis lors choisie par les Nations unies comme une étape décisive dans le règlement définitif des conflits armés à travers le continent africain particulièrement et le monde en général.
Si l'opposition à l'époque avait contesté le bien-fondé de la démarche, arguant que flamme et paix sont antinomiques, force est de constater aujourd'hui que le concept se porte comme un charme. En témoignent les cérémonies de Flamme de la paix au Niger, en Sierra Léone, au Liberia et au Congo-Brazzaville , entre autres. Mais le hic aujourd'hui est qu'elles se déroulent sans référence à l'expérience malienne tout au moins dans les discours. La diplomatie malienne devra, chaque fois que c'est nécessaire, rappeler ce succès qui, au demeurant n'est pas celui du président Konaré seul mais du peuple malien tout entier.
La Côte d'Ivoire en tout cas est le dernier pays africain à avoir tenu le même cérémonial à Bouaké, à l'ouest du pays le 30 juillet 2007. Sans cette Flamme de la paix, il était impossible au président de la République ivoirienne, Laurent Gbagbo de se rendre à Bouaké.
Sous les regards de sept chefs d'Etats africains dont le nôtre et des invités de marque, forces armées nationales loyalistes et éléments des Forces nouvelles (ex-rébellion ivoirienne), le chef de l'Etat ivoirien, après sept ans d'absence, et son Premier ministre, Guillaume Soro , ont enterré ce que Laurent Dona-Fologo , président du Conseil économique et social de la Côte d'Ivoire, a appelé le « monstre » dans la ferveur retrouvée.
C'est dire que le Mali peut d'ores et déjà s'enorgueillir d'avoir ouvert une voie unique dans le règlement pacifique des conflits.
Abdrahamane Dicko
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SECURITE INTERIEURE
Plus de 500 conflits fonciers au Mali
Les conflits qui surviennent au Mali ne sont pas seulement frontaliers. Plus récurrents et souvent meurtriers, les litiges fonciers minent les rapports entre nos communautés villageoises avec des conséquences parfois dramatiques.
Selon le site maliweb.net, au Mali on dénombre 500 conflits fonciers dont 7 frontaliers. Chaque année, ces conflits occasionnent des pertes en vies humaines, comme ce fut le cas à Mopti, Tominian, Koro , Tombouctou ; et plus récemment à Siradiouba et à Dalagoué dans le cercle de Yanfolila. Au Forum social mondial des ONG, des intervenants avaient touché du doigt les principaux problèmes fonciers et frontaliers qui menacent sérieusement le fondement de nos communautés, voire de nos Etats.
La récurrence de ces conflits fonciers et frontaliers est souvent la résultante de la pression démographique, avait expliqué un sociologue au cours du Forum. « Les terres cultivables ne suffisent plus, poussant les agriculteurs à défricher de nouvelles terres qui se trouvent être souvent des aires de pâturage. Or, il faut que l'éleveur aussi parvienne à nourrir son bétail et les nouvelles familles créées à avoir des terres de culture » , disait-il pour expliquer les causes de ces multiples conflits. Il ajoutait aussi que la découverte de ressources minières dans de zones limitrophes entre Etats était des causes de conflits entre populations frontalières sur le continent africain.
Si certains conflits fonciers et frontaliers au Mali ont eu des solutions temporaires ou définitives, nombreux sont ceux qui restent pendant devant la justice.
A Siradiouba , par exemple, les parents des victimes attendent encore que justice leur soit faite. Justement, cette dimension judiciaire reste importante dans les tensions autour du foncier. Drissa Sidibé, jeune diplômé reconverti dans l'agriculture et financé par l' Apej à Dioïla explique : « Quand un agriculteur et un éleveur sont en conflit et que l'affaire arrive devant l'administration ou la justice, c'est le plus souvent l'éleveur qui sort gagnant parce qu'il a de quoi corrompre. L'agriculteur qui sait qu'on lui a donné tort parce qu'il n'a pas les moyens pour corrompre, va chercher à se rendre justice » .
Selon lui, l'Etat représenté par la justice ne parvient pas très souvent à satisfaire les protagonistes. Mais, pour beaucoup d'autres participants au Forum, les réponses aux conflits se trouvent moins dans la justice que dans un retour à la gestion par les autorités traditionnelles des ressources naturelles.
C'est ce que pensent également les autorités sécuritaires à Yanfolila en laissant le règlement du conflit foncier frontalier de Siradiouba aux mains du patriarche du Wassoulou . Ce qui n'est pas évidemment l'avis des populations de Siradiouba , notamment du chef de village. « Il faut que les pays définissent clairement leurs frontières et prennent à bras le corps la gestion du problème foncier comme le nôtre au plus haut niveau » , pense Souleymane Sidibé, le chef de village.
Denis Koné
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