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2007

Mois d'août

Les Echos du 02 août

FSJP

Des pratiques qui déshonorent

L'organisation de cours privés « spéciaux » à l'approche des examens à la Faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP) n'est pas de nature à faire honneur à l'enseignement supérieur.

La création de l'Université de Bamako avait suscité un engouement certain dans les milieux scientifiques : plusieurs filières ayant été créées, la Faculté des sciences juridiques et économiques, scindée plus tard en Faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP) et en Faculté des sciences économiques et de gestion, née des cendres de l'ex- ENA . La FSJP a l'exaltante mission de former de hauts cadres du pays.

Cependant, cette mission aujourd'hui risque d'être compromise par des pratiques qui déshonorent l'enseignement supérieur. Le hic, c'est que celles-ci viennent de certains professeurs qui doivent pourtant prêcher par le bon exemple. L'une des pratiques courantes aujourd'hui à la FSJP est l'organisation de cours privés, dits « spéciaux » . Comment comprendre l'organisation de cours privés spéciaux à l'intention d'étudiants à raison de 5000 F CFA ou de 10 000 F CFA par étudiant à quelques encablures des examens de fin d'année ? Inadmissible rétorquent des étudiants.

« Pour rentrer dans les faits, hier nous étions en examen partiel en procédure pénale. Le professeur qui dispense ce cours avait pris, cinq jours auparavant, 5000 F CFA avec des étudiants pour leur donner le sujet qu'il allait proposer à l'examen. Effectivement, il a donné in extenso le sujet » , confirment certains.

Aussi, contre toute attente et contre tout bon sens, le professeur chargé de cours de procédure pénale en classe de 2e année de droit a proféré des menaces à l'encontre des étudiants qui ne se seraient pas inscrits à son cours privé « spécial » . Comme quoi, il leur attribuera une note dérisoire au moment de la notation. Cette mise en garde, il l'a fait aux étudiants des 1re et 2e années de droit. La messe est donc dite. Tous ceux qui se sont abstenus pour une raison ou une autre de donner suite à sa « proposition » risquent de l'apprendre à leurs dépens.

Il nous est revenu que le professeur est tout de même parvenu à remplir l'amphi 2000 en se faisant des millions sur le dos de pauvres étudiants. Il faut dire qu'il n'est pas le seul à s'illustrer éloquemment dans la dispense des cours privés « spéciaux » . « En comptabilité générale également, notre professeur a procédé de la même manière. Il a pris 3000 F CFA avec les étudiants et leur a dévoilé le sujet d'examen » , témoigne une source.

Tout porte à croire que l'objectif recherché n'est pas le renforcement du niveau des étudiants qui ont passé une année universitaire plus ou moins normale, mais, tout simplement d'une corruption qui ne dit pas son nom surtout que ceux qui participent à ces cours sont généralement ceux qui ont les meilleures notes en classe. Les inscrits sont identifiés à travers une liste nominative.

A tous égards, cette pratique est déplorable d'autant qu'elle consacre l'inégalité entre les étudiants nantis et ceux qui ne le sont pas. De ce fait, le mérite et la compétence ne deviennent plus des critères de l'excellence, mais il faut également l'argent.

Des langues qui se délient dans le milieu des professeurs à la FSJP souhaitent aujourd'hui une interdiction pure et simple des cours privés « spéciaux » et la suspension de leurs collègues qui s'y adonnent et qui, selon eux, souillent cette noble profession. « Cet acte de la part de certains de nos collègues est honteux parce que l'enseignement supérieur doit favoriser la promotion de l'intelligentsia. C'est un milieu scientifique qui doit tenir uniquement compte de la valeur intrinsèque des étudiants sans faire de distinction. Dans ce cas, tout acte qui serait de nature à favoriser certains étudiants par rapport à d'autres serait contraire au principe d'égalité consacré par notre Constitution » , s'indigne un professeur de la FSJP .

Voyant d'un très mauvais œil l'organisation de cours spéciaux privés à l'approche des examens, notre interlocuteur s'interroge : « le professeur qui tend la main à ses étudiants peut-il affirmer son indépendance par rapport à ceux-ci »  ?

Du côté de certains parents d'élèves, l'inquiétude sur l'avenir de leurs enfants est réelle. « Je suis inquiète de l'avenir de nos enfants qui, désormais, n'utiliseront plus leur intellect pour réussir mais passeront par des chemins tortueux » , regrette une mère de famille, qui interpelle les autorités compétentes ainsi que le comité AEEM afin qu'ils cultivent l'excellence dans les Facultés en mettant dehors les professeurs mus par l'appât du gain facile.

Beaucoup s'accordent à dire que l'organisation des cours privés pouvait être une bonne chose si les sujets n'étaient pas dévoilés. Aujourd'hui, il ne s'agit plus de se contenter d'une simple condamnation verbale, mais il faut agir contre le fait de dévoiler les sujets moyennant espèces sonnantes et trébuchantes.

Mohamed Daou

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FLAMME DE LA PAIX

Quand le Mali fait des émules

En février 1996, l'opposition malienne avait ironisé l'idée du président Alpha Oumar Konaré d'allumer à Tombouctou la Flamme de la paix qui symbolisait le retour de la paix dans le Nord après la rébellion touarègue des années 1990. Aujourd'hui, le concept fait recette. Toutefois, la diplomatie malienne semble l'avoir oublié. Mais, il faut rendre à César ce qui est à César : le Mali, sous le leadership d'Alpha, a réalisé de belles choses qui continuent de faire des émules. Pourquoi ne pas les rappeler opportunément et surtout se les approprier ?

La cérémonie Flamme de la paix que le Mali a organisée en février 1996 mettant fin officiellement au conflit armé au nord du pays continue de faire recette en Afrique. Plusieurs pays l'ont expérimentée, le dernier en date étant la Côte d'Ivoire. Mais, de moins en moins on entend parler de l'origine sinon « la paternité » d'une expérience qui fait des émules.

Il y a un peu plus de dix ans, sous Alpha Oumar Konaré, a été allumée à Tombouctou, à un millier de kilomètres de Bamako, la Flamme de la paix. Elle avait été initiée conjointement par notre pays et les Nations unies et symbolisait la fin de la rébellion dans le Septentrion qui avait connu deux ans de guerre entre l'armée régulière et des fractions et mouvements rebelles.

Les différentes forces armées en présence ont brûlé sous les yeux de la communauté internationale des dizaines de milliers d'armes de guerre qui ont servi à alimenter une guerre fratricide. Cette expérience unique au monde est depuis lors choisie par les Nations unies comme une étape décisive dans le règlement définitif des conflits armés à travers le continent africain particulièrement et le monde en général.

Si l'opposition à l'époque avait contesté le bien-fondé de la démarche, arguant que flamme et paix sont antinomiques, force est de constater aujourd'hui que le concept se porte comme un charme. En témoignent les cérémonies de Flamme de la paix au Niger, en Sierra Léone, au Liberia et au Congo-Brazzaville , entre autres. Mais le hic aujourd'hui est qu'elles se déroulent sans référence à l'expérience malienne tout au moins dans les discours. La diplomatie malienne devra, chaque fois que c'est nécessaire, rappeler ce succès qui, au demeurant n'est pas celui du président Konaré seul mais du peuple malien tout entier.

La Côte d'Ivoire en tout cas est le dernier pays africain à avoir tenu le même cérémonial à Bouaké, à l'ouest du pays le 30 juillet 2007. Sans cette Flamme de la paix, il était impossible au président de la République ivoirienne, Laurent Gbagbo de se rendre à Bouaké.

Sous les regards de sept chefs d'Etats africains dont le nôtre et des invités de marque, forces armées nationales loyalistes et éléments des Forces nouvelles (ex-rébellion ivoirienne), le chef de l'Etat ivoirien, après sept ans d'absence, et son Premier ministre, Guillaume Soro , ont enterré ce que Laurent Dona-Fologo , président du Conseil économique et social de la Côte d'Ivoire, a appelé le « monstre » dans la ferveur retrouvée.

C'est dire que le Mali peut d'ores et déjà s'enorgueillir d'avoir ouvert une voie unique dans le règlement pacifique des conflits.

Abdrahamane Dicko

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SECURITE INTERIEURE

Plus de 500 conflits fonciers au Mali

Les conflits qui surviennent au Mali ne sont pas seulement frontaliers. Plus récurrents et souvent meurtriers, les litiges fonciers minent les rapports entre nos communautés villageoises avec des conséquences parfois dramatiques.

Selon le site maliweb.net, au Mali on dénombre 500 conflits fonciers dont 7 frontaliers. Chaque année, ces conflits occasionnent des pertes en vies humaines, comme ce fut le cas à Mopti, Tominian, Koro , Tombouctou ; et plus récemment à Siradiouba et à Dalagoué dans le cercle de Yanfolila. Au Forum social mondial des ONG, des intervenants avaient touché du doigt les principaux problèmes fonciers et frontaliers qui menacent sérieusement le fondement de nos communautés, voire de nos Etats.

La récurrence de ces conflits fonciers et frontaliers est souvent la résultante de la pression démographique, avait expliqué un sociologue au cours du Forum. « Les terres cultivables ne suffisent plus, poussant les agriculteurs à défricher de nouvelles terres qui se trouvent être souvent des aires de pâturage. Or, il faut que l'éleveur aussi parvienne à nourrir son bétail et les nouvelles familles créées à avoir des terres de culture » , disait-il pour expliquer les causes de ces multiples conflits. Il ajoutait aussi que la découverte de ressources minières dans de zones limitrophes entre Etats était des causes de conflits entre populations frontalières sur le continent africain.

Si certains conflits fonciers et frontaliers au Mali ont eu des solutions temporaires ou définitives, nombreux sont ceux qui restent pendant devant la justice.

A Siradiouba , par exemple, les parents des victimes attendent encore que justice leur soit faite. Justement, cette dimension judiciaire reste importante dans les tensions autour du foncier. Drissa Sidibé, jeune diplômé reconverti dans l'agriculture et financé par l' Apej à Dioïla explique : « Quand un agriculteur et un éleveur sont en conflit et que l'affaire arrive devant l'administration ou la justice, c'est le plus souvent l'éleveur qui sort gagnant parce qu'il a de quoi corrompre. L'agriculteur qui sait qu'on lui a donné tort parce qu'il n'a pas les moyens pour corrompre, va chercher à se rendre justice » .

Selon lui, l'Etat représenté par la justice ne parvient pas très souvent à satisfaire les protagonistes. Mais, pour beaucoup d'autres participants au Forum, les réponses aux conflits se trouvent moins dans la justice que dans un retour à la gestion par les autorités traditionnelles des ressources naturelles.

C'est ce que pensent également les autorités sécuritaires à Yanfolila en laissant le règlement du conflit foncier frontalier de Siradiouba aux mains du patriarche du Wassoulou . Ce qui n'est pas évidemment l'avis des populations de Siradiouba , notamment du chef de village. « Il faut que les pays définissent clairement leurs frontières et prennent à bras le corps la gestion du problème foncier comme le nôtre au plus haut niveau » , pense Souleymane Sidibé, le chef de village.

Denis Koné

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ABOUBACAR EROS SISSOKO, ECRIVAIN MALIEN EN FRANCE

« Sarkozy veut refouler 25 000 sans papiers »

Ecrivain et éducateur spécialisé chargé de jeunes en difficulté dans la ville d'Evry en banlieue parisienne, le jeune Malien Aboubacar Eros Sissoko savoure actuellement ses vacances d'été à Bamako. Un séjour qu'il a mis à profit pour enterrer sa vie de célibataire et peaufiner son dernier livre sur la légende de Bakaridjan et Bilissi . Dans une interview qu'il nous a accordée, il nous parle de ses œuvres, de la situation des immigrés et de ses projets futurs.

Les Echos : Comment avez-vous eu l'idée d'écrire sur cette légende de Bakaridjan  ?

Aboubacar Eros Sissoko : L'année dernière, le ministre de la Culture, Cheick Oumar Sissoko, m'avait invité au Festival sur le Niger à Ségou. Cela m'a permis de découvrir la région et de m'intéresser à son histoire et à sa culture. Après le festival, j'y suis retourné pour faire des recherches sur la légende de Bakaridjan et Bilissi qui fera, d'ailleurs, l'objet de mon prochain livre intitulé “ Bakaridjan , le fils rebelle de Ségou”.

Les Echos : Quel message voulez-vous véhiculer en éditant cette vieille légende ?

A. E. S. : D'abord, il faut dire que j'avais écrit sur la région de Kayes à travers les légendes de Bafoulabé Mali-Sadio et Mariama Kaba du Mali. Après, je me suis dit qu'il faut que j'aille dans d'autres régions qui sont toutes chargées par des légendes. J'ai entendu le Super Biton de Ségou chanter cette histoire de Bakaridjan . Ça m'a beaucoup perturbé et j'ai décidé d'aller à la source pour en savoir plus.

Ce qui est intéressant dans cette histoire, c'est que Bilissi a pu régner sur Ségou par sa laideur. C'est pour dire que, quoi qu'on soit dans la vie, on peut être défié. Aujourd'hui, quand je vois tous ces politiciens qui se mettent à la place de Dieu, je veux dire tout simplement que la jeunesse peut les bousiller. Quand on fait la politique, on doit avoir des projets. Dans le cas contraire, le peuple est en droit de vous regarder dans les yeux et vous devez lui rendre des comptes. Parce qu'il y a des gens, en Afrique, qui viennent au pouvoir pour régner sur le dos du peuple. Il ne faut pas accepter un tel pouvoir. C'est ce message que j'essaye de faire passer à la jeunesse. De la manière dont Bakaridjan a gagné sur Bilissi , la jeunesse peut gagner sur ces menteurs et ces voleurs.

Les Echos : De l'écriture, vous vous retrouvez dans le cinéma aussi…

A. E. S. : Je peux dire que c'est le cinéma qui est venu vers moi. Parce que le 1er février dernier, j'ai été invité sur une émission à Paris, « Des mots de minuit » sur France 2 et au moment où je parlais de mes livres, on a fait mon casting sur place. Le lendemain, à ma grande surprise, je me suis reveillé avec un coup de fil de BVNJ-Productions pour le 3e rôle d'un film « Un si beau voyage » du cinéaste tunisien Khaled Ghorbal . C'est ainsi que j'ai fais mon premier pas dans le cinéma et ça m'a beaucoup plu. Et en plus, ça paye bien.

Les Echos : Et c'est ce qui vous a inspiré à adapter Mariama Kaba  ?

A. E. S. : C'est vrai que ça m'a beaucoup inspiré en tant que diplômé d'arts plastiques, communication multimedias de l'Ecole des beaux arts de Toulouse. A partir de ce film, j'ai décidé d'adapter Mariama Kaba . J'ai fais l'adaptation cinématographique pour un court métrage qui va être réalisé par Kora Films avec le soutien et les conseils du cinéaste Cheick Oumar Sissoko. Je suis en train de boucler le financement avec le Programme national de lutte contre l'excision, le ministère du Développement social et la Fondation pour l'Enfance où j'ai déposé des dossiers.

Les Echos : Avez-vous d'autres projets pour le Mali ?

A. E. S. : Je prépare un roman sur mon enfance qui n'a pas été du tout facile. Mon père Birama Sissoko, qui travaillait au ministère des Sports sous le président Modibo Kéita, a été un détenu politique. En 1968, après le coup d'Etat, j'ai grandi sans mon père pendant huit ans. Ce roman serait un message pour les pays africains, à savoir : arrêter des papa, c'est laisser aussi des enfants en souffrance. Faire le coup d'Etat, c'est aussi disloquer, tuer des familles, compromettre l'avenir de pauvres innocents. Et je crois que je vais intenter un procès contre X parce que j'ai été perturbé par l'absence de mon père.

Les Echos : L'année dernière, vous avez lancé votre 3e livre à Bamako, “ Chakozy ”, un drôle de chat. Alors, comment a-t-il été accueilli en France ?

A. E. S. : Il a été, à la fois, bien accueilli et compromis. D'abord, il y a eu de l'intimidation, des menaces d'emprisonnement à mon égard. Ils ne pouvaient pas, pour la simple raison que, je n'ai pas parlé de Nicolas Sarkozy. Mais de Chacozy et de chats. La France, il faut le reconnaître, est un pays d'expression.

Par la suite, l' UMP a, d'ailleurs, essayé de m'approcher en me proposant un boulot. J'ai posé comme condition de laisser les Maliens sans papier travailler en paix. Le livre m'a valu également l'amitié de bon nombres d'hommes politiques français dont Segolène Royal, Anne Hidalgo, la 1re adjointe au maire de Paris, le député maire d'Evry, Manuel Valls , etc. J'ai choisi mon camp et je ne regrette rien.

Les Echos : Parlant des sans papiers, comment jugez-vous, la situation des Maliens en France ?

A. E. S. : D'abord, je dirai au gouvernement malien qu'il a tout interêt à aller récupérer les dûs des Maliens qui ont été refoulés. Parce que ce sont des gens qui côtisent à la retraite, aux allocations formation, reclassement. Ils ont des comptes à la banque parce qu'ils sont, pour la plupart, payés par virement. Quand on les prend, on les juge et on les expulse. Ils n'ont plus accès à leur argent. Ça fait des milliards de F CFA qui sont bloqués à la banque française et, au finish, cet argent est viré sur le compte du Trésor public français.

Le gouvernement malien doit prendre toutes ses responsabilités pour récupérer les dûs des Maliens expulsés et parler avec les autorités françaises d'égal à égal. C'est une honte que la France se comporte ainsi et que les autorités maliennes restent silencieuses. Qui ne dit mot consent.

Les Echos : Que pensez-vous de la politique d'immigration de M. Sarkozy ?

A. E. S. : Je sais que Sarkozy veut refouler 25 000 sans papiers. Et beaucoup de Maliens sont ciblés. On ne peut pas maintenant mesurer l'effet de ces expulsions. Ils sont en train d'élaborer des lois. Ce qui est sûr, ça va être pire que sous Chirac. Certes, Sarkozy est en train de prendre des hommes de couleur dans des postes de responsabilité. Mais, au fond, sa politique de base va rester.

Propos recueillis par

Sidiki Y. Dembélé

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 SIRA SISSOKO, ARTISTE PEINTRE

Une femme de talent et de défis

Peintre, professeur d'histoire de l'art à l'Institut national des arts (INA), Sira Sissoko est l'une des rares femmes artistes peintres du Mali, voire de l'Afrique. Très engagée, elle dirige aujourd'hui l'atelier Papier Mali et une association d'appui aux jeunes filles en difficulté.

L'une des rares peintres maliennes à la notoriété internationale, Sira Sissoko porte actuellement une triple casquette avec son statut d'artiste confirmé, de professeur d'histoire de l'art à l'INA et d'animatrice d'un atelier papier dans le quartier de Sabalibougou . Celui-ci initie les jeunes filles déscolarisées au recyclage du papier usagé (enveloppes, sacs, abats jours), à l'alphabétisation et les informe du danger du VIH/Sida.

Comme artiste, Sira affiche une créativité exemplaire par ses supports artistiques composés de papier et de fibres végétales pour les rendre plus résistants. En effet, la technique de Sira Sissoko consiste à récupérer le papier usagé, le tremper puis le broyer et le mixer à des fibres végétales pour le rendre plus résistant. Une fois le mélange pressé, il peut être transformé en enveloppes, en sacs ou abats jours destinés à la vente.

Son talent a en tout cas vite franchi le Mali. La preuve est qu'elle faisait partie des sept artistes présents au Passage Serpentine du 3 mai au 13 juillet 2007 ( Paris-France ), dans le cadre de l'exposition intitulée « Mali » . Avant, elle a participé à de nombreuses expositions d'art dans le monde et des ateliers comme Pyramide Atlantic à Washington (Etats-Unis) avec des artistes ouest-africains.

Un brillant couronnement de son parcours singulier. Bien que son père l'eût plutôt dirigée vers l'informatique, Sira parvient à le convaincre de la laisser entreprendre des études artistiques à l'INA. Cette liberté de choix est pourtant rare encore au Mali surtout pour les femmes. La chance de l'artiste en herbe, c'est « d'avoir eu un père, professeur d'anglais de formation, aussi ouvert et compréhensif qui a toujours soutenu ses enfants dans leurs choix » .

Sa spécialité, l'histoire de l'art, est aussi un choix rare pour les jeunes filles. La preuve, en 1996, Sira était la seule femme de sa promotion. Si pour une Malienne être diplômée en art est déjà une performance en soi, embrasser la carrière d'artiste et percer dans ce milieu fermé est tout simplement un exploit ! Un défi que Sira Sissoko reste à ce jour, la seule à relever. Ce qui n'est pas surprenant pour qui connaît sa détermination et sa passion de l'art.

Pour une femme, il ne suffit pas aussi d'avoir seulement le talent professionnel, mais aussi le conjuguer avec l'art de bien s'occuper de son foyer, c'est-à-dire préparer les repas, s'occuper des enfants et de l'époux… Avoir une autre activité est, dans ce cas, presque impossible...

Mariée et mère de trois enfants, Sira s'illustre là aussi comme une référence. Certains diront qu'elle a eu la chance d'avoir un époux très conciliant et même sensible à l'art. Mais, cela n'enlève rien au mérite de Sira , en passe de devenir l'un des grands artistes peintres du Mali, voire de l'Afrique.

Moussa Bolly

 

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Un para à Koulouba

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Le mouvement mondial des femmes

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Dans ce site web vous trouverez :
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