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2006

Mois de Decembre

Les Echos du 29 Decembre 2006

EDITORIAL

Fidèle au serment

La position assumée par Les Echos dans le contexte socio-politique lui vaut aujourd'hui d'être voué aux gémonies par ceux qui ne sont pas parvenus à le mettre sous leur joug. Il convient tout de suite de rappeler que la Coopérative culturelle multimédia Jamana a pour objectif principal, la consolidation de la démocratie et la promotion des cultures maliennes et africaines.

Les Echos ont joué un rôle non négligeable dans la lutte pour l'avènement de la démocratie au Mali. Le journal « Les Echos » , premier hebdomadaire privé, quotidien depuis février 1994, a été pendant plus de deux ans essentiellement alimenté par les lecteurs qui y dénonçaient leurs conditions de marginalisation ou les abus de toutes sortes dont ils étaient victimes. Nous ne faisons que poursuivre cette œuvre de consolidation de la démocratie, de défense des droits de l'Homme et de promotion culturelle axée sur les vraies valeurs de notre société. Nous ne faisons que nous conformer à notre devise inspirée de Voltaire qui disait : « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire » . Hier militants des causes justes, nous le sommes aujourd'hui et le resterons demain. Advienne que pourra.

Comme aux pires moments de la dérive dictatoriale, nous continuerons à nous battre pour que chacun puisse exprimer ses opinions pour enrichir le débat démocratique. Le pluralisme politique pour lequel nous nous sommes battus s'enracine dans la liberté d'expression, dans le débat d'idées. Que les uns et les autres se rassurent : Les Echos n'est dressé contre aucun prince et n'est allié avec aucun diable. Le peuple a été et demeure notre seul allié. C'est le Mali qui nous préoccupe. Tout le reste n'est que pure spéculation.

Fidèle à notre serment de servir le Mali et son peuple dans l'intégrité morale et professionnelle, nous continuerons sur cette lancée. Nous poursuivrons ces missions difficiles, mais exaltantes malgré les procès d'intention, malgré les préjugés, les dénigrements et la méchanceté.

Nous sommes convaincus que ceux qui nous soutiennent et nous font confiance, parce que partageant notre combat, sont les plus nombreux et les plus méritants. Ce journal et l'ensemble des publications, radios et autres structures de Jamana sont le résultat de sacrifices de patriotes et démocrates du Mali et d'ailleurs. Il demeure un idéal pour lequel nous nous battrons, quel que soit le prix qu'on veuille nous faire payer pour cet engagement patriotique. Que Dieu protège le Mali !

Bonne et heureuse année 2007 à tous.

Le directeur général

Hamidou Konaté

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MECHAGE

Les moutons de Tabaski et les moutons de panurge

La fin de l'année est incontestablement marquée par la fête de Tabaski. Et comme elle coïncide avec les fêtes de fin d'année, généralement caractérisées par des dépenses somptueuses, on imagine la gymnastique pour joindre les deux bouts, on imagine le sport pour ne rater aucune des deux fêtes. Sauf à être sourd, on ne peut ne pas entendre la complainte de nos compatriotes qui courent derrière un mouton devenu inaccessible pour leurs bourses.

Les moutons sont chers et les vendeurs ne font pas dans la dentelle. Malgré les prix prohibitifs, chaque chef de famille tient à posséder la bête à immoler demain. Rares sont les chefs de famille qui dorment tranquillement ces jours-ci. Ceux qui ont eu la chance d'acheter un mouton sont obligés de veiller tous les soirs pour décourager les voleurs et les maraudeurs. Ceux qui n'ont pas encore eu cette chance sont tellement stressés qu'ils en perdent le sommeil.

Il faut reconnaître que la vie est devenue très chère pour les Maliens d'une manière générale. Avec les ressources qu'ils gagnent et les revenus qu'ils possèdent, vivre décemment est devenu presque impossible. Comme le dirait l'autre, le Mali obéit de nos jours à la règle du renard libre dans un poulailler libre. Devant un Etat complètement déréglementé et déjanté, chacun fait ce qu'il veut et on assiste impuissant à l'instauration d'une sorte de loi de la jungle où les plus forts deviennent de plus en plus forts au détriment des plus petits qui deviennent plus nombreux et davantage petits.

Et comme il n'y a personne pour les défendre, la vie semble leur échapper complètement et ils s'en remettent à Dieu. Personne ne s'occupe plus de dénoncer la cherté de la vie, du panier de la ménagère qui a tellement dépéri qu'il est réduit à un sachet, personne ne parle plus de la difficulté du petit peuple à joindre les deux bouts. C'est pour cette raison que la Tabaski arrive à un moment où tous sont presque sur les rotules.

Mais ce n'est pas seulement que le mouton de Tabaski qui est devenu inaccessible pour les Maliens. Il y a une autre catégorie de moutons que sont devenus leurs hommes politiques : les moutons de Panurge. La dernière illustration a été fournie par les 14 partis politiques (en attendant que d'autres viennent s'y ajouter) qui ont signé un véritable pacte d'allégeance à ATT. Chacun peut faire ce qu'il veut, chacun peut fournir les explications qu'il veut, mais la vérité est qu'aujourd'hui nombreux sont les Maliens qui se sentent abandonnés et trahis par ceux-là mêmes dont ils ont assuré la promotion.

Sourds à la détresse des populations, aveuglés par leurs intérêts particuliers et immédiats, ils se sont liés pieds et mains pour se livrer au président de la République qui n'en demandait pas tant. Lui-même doit être surpris par autant de soutiens ou disons par autant d'abdications. Sans rien leur donner en retour que de vagues promesses, ils sont prêts à mourir pour lui et derrière lui. Ils le suivent justement comme les fameux moutons de Panurge. Même s'il fonce dans le mur, ils ne lui diront pas qu'il y a un mur devant, ils fonceront tête baissée dans le mur. Je pense que les Maliens méritent plus que ce spectacle qu'on leur sert au nom du consensus.

Je sais que je donne souvent l'impression de m'acharner, mais je crois aux vertus de la répétition. Il faut donc que je répète à ceux qui feignent de l'oublier que les Maliens se sont battus pour l'instauration de la démocratie. Il y en a qui ont consenti le sacrifice suprême pour que chaque Malien puisse être dans le parti de son choix. Il y en a qui portent encore les stigmates de cette lutte pour que les partis puissent participer librement aux élections. Et je crois même que c'est pour cette raison que les Maliens ont dit : « une fois ces conditions réunies, nous consentons à ce qu'une partie de nos impôts puissent financer les activités des partis politiques ».

Et puis voilà qu'au nom d'un consensus mal ficelé et mal fagoté, les partis politiques ont transformé leurs idéaux en fonds de commerce. D'une main, ils empochent l'argent du contribuable et de l'autre ils prennent les prébendes d'un pouvoir auquel ils ont l'illusion de participer. Et maintenant ils refusent tout simplement d'aller aux élections. Parce que j'ai la conviction que tous ceux qui refuseront d'aller à la présidentielle le paieront cash aux législatives.

ATT dont les amis sont nombreux et le plus souvent situés hors des partis politiques n'a aucune raison de partager le pouvoir avec des politiciens défroqués en favorisant leur promotion au niveau de l'Assemblée nationale. Il fera en sorte, et il aura raison, que ce soit ses amis indépendants qui soient majoritaires à l'Assemblée nationale.

Cette catégorie de moutons, les moutons de Panurge, tout comme les moutons de Tabaski sont inaccessibles aux Maliens. Nos hommes politiques, par un tour de passe-passe, ont rayé certains mots de leur vocabulaire. C'est ainsi que tous les Maliens ont remarqué qu'ils ne parlent plus de pauvreté. Ils sont tellement repus qu'ils estiment que c'est une perte de temps que de parler de la lutte contre la pauvreté. Or, les Maliens sont pauvres. Malgré les cris d'orfraie poussés par le gouvernement lors de la publication du rapport du Pnud classant notre pays à l'avant-dernière place, nous sommes pauvres. Et les politiciens se taisent dessus. Les quelques rares qui osent s'aventurer sur ce terrain utilisent des circonlocutions afin de ne pas choquer.

Tout comme ils ne parlent plus de la corruption. Or, la bête a pris du poids, elle s'est épaissie. Il ne se passe pas un jour où des actes de corruption avérée sont posés. Ce n'est pas le Vérificateur général qui dira le contraire lui a eu tellement de bâtons dans les roues qu'il s'en est remis à Dieu en partant à La Mecque pour le pèlerinage. Tout comme on ne parle plus du favoritisme. Aujourd'hui, toutes les nominations se font sur la base de la coloration politique. Il faut être du Mouvement citoyen pour diriger, il faut devenir membre du Mouvement citoyen pour rester à sa place. Et Dieu seul sait que beaucoup de ces nouveaux promus sont loin d'être compétents et intègres.

Et comme par ailleurs, les quelques partis qui ont bénéficié de quelques strapontins ne se gênent pas du tout, on assiste à une sorte de complot. Tout le monde bouffe et tout le monde la ferme parce qu'il est établi qu'il est difficile de parler la bouche pleine. Tout comme on ne parle plus de l'école. Au nom de ce qu'on appelle une école apaisée, tout le monde ferme les yeux sur les dérives dans ce secteur. Tout comme on ne parle plus du chômage. C'est un sujet qui fâche que de dire qu'il faut trouver de l'emploi pour les jeunes et les non jeunes en quête de travail.

Aujourd'hui la seule perspective est l'Apej ou le volontariat. Tous les emplois créés sont précaires. Même le président ATT qui avait promis le plein emploi aux jeunes en venant aux affaires en 2002 les met aujourd'hui en garde contre les discours : « il n'y a pas de travail, il faut aller le chercher », a-t-il déclaré à Samanko lors de la distribution des tracteurs aux jeunes. Au train où vont les choses, les Maliens savent qu'ils n'ont aucun intérêt à compter sur les moutons de Panurge pour les défendre.

Je ne terminerai pas sans faire mon sanbè-sanbè à tous les Maliens. Que la nouvelle année soit de paix, de prospérité ; qu'elle permette au pays de mieux asseoir la démocratie et de mieux respecter les principes républicains. C'est à ce prix que le pays pourra être parmi ceux qui comptent.

El hadji TBM

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BILAN D'UNE ANNEE

Des Bamakois déplorent les difficultés de 2006

L'année 2006 qui s'achève dans quelques heures n'a pas été de tout repos pour de nombreux Bamakois. Vie chère, manque d'argent et absence de perspectives heureuses, incivisme et unanimisme politiques sont passés au crible. Réactions.

Samba Doumbia (étudiant)  :

« Je ne pense pas que les choses se soient passées comme nous l'espérions. Les étudiants sont toujours à la maison, les résultats peinent à sortir. Je suis en maîtrise, j'étais en train de guetter les différents concours, malheureusement, les résultats ne sont pas apparus à plus forte raison avoir son attestation. Mais on garde l'espoir. Je suis aussi contrarié de voir ce qui se passe sur la scène politique. Le président de la République a certes fait de bonnes choses pour ce pays, mais, de là à bénéficier du soutien de la majorité des partis politiques est révoltant. Et je me réjouis du fait qu'il y a encore des hommes à l'image d'IBK qui refusent de s'aligner aveuglement au détriment de notre démocratie ».

K. N. (professeur à l'EN Sup)  :

« Cette fin d'année nous laisse très perplexes. A mon avis le passé et le futur nous préoccupent peu, car il me semble impossible d'avoir une vision lointaine dans la mesure où nous vivons dans la précarité. Nos dirigeants ont montré leurs limites donc tous nos espoirs reposent sur Dieu. Qu'Il veille sur nous ».

Toumani Bouaré (comptable gestionnaire)  :

« Je me réjouis de cette fin d'année. Dieu merci mes vœux ont été exaucés car en famille et au plan professionnel, j'arrive à surmonter les difficultés. Sur le plan national aussi il y a beaucoup d'initiatives qui ont été entreprises par l'Etat et sincèrement je pense que le pays avance. Mais par rapport à la situation politique, j'ai de sérieuses inquiétudes car si on doit tout approuver chez un homme, surtout un chef de l'Etat, je me demande quel sera le rôle des hommes politiques et l'avenir de la jeune démocratie malienne »

Nouhoum Touré (gestionnaire de parking)  :

« Je suis désolé, mais cette année à été vraiment dure pour moi, sinon ce fut un pur cauchemar. D'abord c'est face aux difficultés liées au manque d'emploi que je me suis investi à faire le « parker ». En réalité, je travaille pour quelqu'un et peine à avoir de quoi me nourrir. Il faut que les autorités créent des emplois pour les jeunes et facilitent l'accès aux soins et à la nourriture. Avec 10 000 F CFA au Grand marché de Bamako, on peut se procurer un pantalon et une belle chemise, mais ce n'est pas évident avec les produits de première nécessité. Cela me semble être un paradoxe lourd pour les citoyens ».

Coria (promotrice d'une boutique de prêt-à-porter)  :

« Personnellement je n'ai vécu que des cauchemars en 2006. Les voleurs m'ont fait voir de toutes les couleurs. Ils ont d'abord volé ma moto « Djakarta », puis mon téléphone. J'ai été victime à deux reprises d'accident de circulation, heureusement à part les blessures légères, je me porte bien. Pour ce qui concerne mon entreprise je ne me plains pas car même si les clients ne viennent pas en masse, j'arrive à maintenir un bon chiffre d'affaires ».

Cheick Oumar Sanogo (restaurateur-pâtissier)  :

« Je pense que cette année, les choses se sont bien déroulées. Au-delà des difficultés de mobilisation des fonds et au paiement de certaines factures, nous avons pu résoudre tous nos problèmes. Notre société se sentirait mieux si le gouvernement accordait plus d'avantages au secteur privé. Le secteur du commerce connaît toujours des difficultés douanières. Je souhaite une bonne et heureuse année 2007 à tous les êtres humains. Dieu est bon et tout ce qu'il fait est bon. C'est aux hommes de faciliter les choses entre eux ».

Mamy (étudiante)  :

« En ce qui me concerne, l'année 2006 m'a fait vivre de très belles choses. Les études marchent bien et s'il paît à Dieu, je terminerais au courant de 2007. En famille l'entente et l'affection me comblent. Mais, sur le plan financier tout le monde se plaint même moi qui suis étudiante, puisque nous n'avons rien lorsque les parents ne gagnent pas assez pour subvenir à nos besoins ».

Fatoumata Diané (gérante d'un magasin d'articles féminins)  :

« Je pense que cette année a été passable en tout cas dans mon domaine d'activité. Les clients se font rares tout le monde dit que les temps sont durs et la mévente est à la mode chez nous les « petits » commerçants. J'espère qu'en 2007 l'argent va mieux circuler sinon nous chercherons à faire autre chose ».

Seyou Koné (policier)  :

« J'ai été recruté à la police en 2004 et, après 3 ans d'exercice, j'avoue que je ne me réjouis pas trop. Cette année, j'ai eu de sérieux problèmes avec deux motocyclistes et l'affaire se trouve présentement au niveau du tribunal. Il est temps que les autorités trouvent une solution définitive à l'indiscipline en circulation. Rien qu'en 6 mois, j'ai assisté à plus de 15 accidents souvent mortels. Les motocyclistes et les chauffeurs de Sotrama sont à mon avis les plus doués en matière de non-respect du code de la route. Cependant, en essayant de mieux contrôler ces deux usagers, nous verrons moins d'accidents en 2007. Aussi, les autorités doivent penser à prendre en compte la sécurité des agents de la circulation ».

Propos recueillis par

Amadou Waïgalo

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POUR LE CHANGEMENT POLITIQUE EN 2007

Le Parena et l'ADJ main dans la main

Le changement politique en 2007 est bien possible, à condition que les forces progressistes marchent ensemble. C'est ce que croit l'ADJ et le Parena qui ont décidé, mercredi à l'issue d'une rencontre, de mettre en commun leurs efforts dans ce sens.

Pour la deuxième fois en l'espace de cinq mois, l'Association démocratie et justice (ADJ), représentée par son directoire, et le Parena, par son comité directeur, se sont rencontrés mercredi après-midi au siège de l'ADJ à Ntomikorobougou.

La rencontre, qui s'est déroulée en présence du président de l'ADJ, Pr. Abdoul Traoré dit Diop, et du président du parti du Bélier blanc, Tiébilé Dramé, a examiné sans complaisance la situation politique nationale, les perspectives d'unité d'action entre les deux formations.

Après des débats féconds et fructueux, les deux parties sont parvenues à une communauté de vue sur la situation politique du pays, mais aussi sur l'impérieuse nécessité d'unir leurs efforts à travers un front pour un vrai changement politique au profit du peuple malien.

Aussi, les deux parties ont convenu de la mise en place d'une commission ad hoc. Cette dernière travaillera dans le sens du renforcement de l'unité d'action et à la finalisation de la configuration du Front pour la démocratie et la République (FDR). La rencontre a tablé sur courant janvier 2007 pour la mise en place définitive du Front qui devra regrouper les associations et partis politiques ayant un programme politique et un programme de gouvernement en commun.

D'autres rencontres du genre sont prévues dans les jours à venir avec d'autres formations politiques.

Mohamed Daou

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DOSSIER TABASKI ET NOUVEL AN

CE QUE J'EN SAIS

La galère du bailleur

On s'interrogeait sur ce qui pouvait arriver l'année où la fête de Ramadan ou de la Tabaski coïnciderait avec Noël ou la Saint-Sylvestre communément appelée « 31 » ? C'est la question que nous nous posions souvent. Cette année, nous avons la réponse. Si ce n'était le report de la Commission de la lune, on aurait célébré Tabaski 2006 le 31 décembre aussi.

Vous allez certainement dire que ça ne change rien ; que ces deux grandes fêtes soient célébrées du jour au lendemain ? Les chefs de famille qui étaient déjà contents de faire d'une pierre deux coups sont loin d'adhérer à votre opinion sur la question.

En effet, si la première date avait été maintenue, ils auraient moins dépensé. Le mouton de Tabaski aurait servi à la célébration commune. Maintenant, les enfants tiennent à leurs deux fêtes, au mouton et aux poulets au grand bonheur de ceux qui font fortune dans la vente de poulets à la fin de chaque année.

Malheureusement, la célébration de la Tabaski à la veille du Réveillon représente des soucis de plus pour le bailleur de fonds familial qui croyait avoir échappé à ses bourreaux, les membres de sa famille. Il doit banquer même si cela doit lui coûter les yeux de la tête.

Déjà saigné par les cadeaux de Noël, il doit faire face aux moutons, aux poulets, aux habits… Et Mme et les enfants ne veulent pas n'importe quel bélier pour ne pas être la risée du voisinage. Sauvés inextremis par la Commission de lune, les vendeurs de poulets auront à cœur de nous faire payer cher le complot qui se tramait dans leur dos.

Sans compter les traditionnelles fins de mois. Juste après ses deux fêtes coûteuses et fastidieuses, il faut penser aux dépenses traditionnelles, aux factures d'eau et d'électricité, au loyer… Il ne faut pas non plus oublier que pour beaucoup d'entre-nous, le retour des congés de Noël est le moment où il faut payer les secondes et dernières tranches des frais de scolarité de nos enfants inscrits dans les établissements privés.

Pauvre de nous qui ne voyons même plus le diable pour lui tirer la queue ! Le bailleur doit se débrouiller et il va se débrouiller. Il n'a d'ailleurs pas le choix s'il veut sauver la face devant les siens et son honneur face aux autres.

Moussa Bolly

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TABASKI

Des moutons abordables à Sabalibougou

A vingt-quatre heures de la fête de Tabaski, le parc de moutons de Sabalibougou ne désemplit plus. Là-bas, les prix semblent à la portée de tous.

Tabaski s'approche à pas de géants. Et chaque année, à pareil moment, c'est la course aux moutons. Les marchés, les rues, le moindre espace public sont occupés par des revendeurs de moutons venus d'un peu partout. Des scènes de marchandages se multiplient entre vendeurs et acheteurs. Ces derniers n'hésitent pas à mettre la main sur le cœur prétextant que les moments sont durs.

Au carrefour de Sabalibougou, inutile de chercher le parc à bétail à cause de l'abondance des petits ruminants. Contrairement aux autres marchés, à Sabalibougou, il y a des béliers de toutes les catégories et à des prix qui défient toute concurrence. Nous avons suivi une scène de marchandage entre des clients et un revendeur de mouton.

Le visage déprimé, déchaussé, un bâton à la main, Sidiki Dolo au milieu de son troupeau contemplait ses moutons qu'il a amenés de Mopti. Tout autour de lui, des clients tâtent les ruminants et chacun de leurs gestes est accompagné de commentaires. « Que ce mouton est gras et bien nourri. Combien vaut-il ? » demande Alou, qui a fait le tour des marchés de moutons sans avoir un bélier avec l'argent proposé.

« Je te le donne à 40 000 F CFA, si tu le veux bien tu le prends à 32 500 F CFA. Et ça c'est mon dernier prix » , répond Sidiki. En attendant que son client ne se décide, il se tourne du côté d'un autre. « Je te jure que celui-là, je l'ai eu à 35 000 F CFA. J'engage assez de sous dans le transport et l'entretien des moutons. Donc il m'est difficile de les brader » . « Bon ! Si c'est ça, je suis d'accord. Aide-moi à le mettre dans ma voiture » , dit Moussa coupant court au marchandage. Soudain se forme autour de lui un groupe de clients, chacun pressé de donner son argent et de retourner en famille avec son bélier.

Amadou Sidibé

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DEPENSES DE FIN D'ANNEE

Période d'insomnie pour des chefs de famille

Les fêtes de fin d'année coupent le sommeil à de nombreux chefs de familles et cela pour des raisons économiques. Les dépenses, en ces circonstances, sont de trois ordres : l'habillement des enfants, le prix de mouton et la nécessité d'assurer le quotidien. C'est dire que les fêtes de fin d'année constituent un problème si l'on se réfère aux dépenses colossales qu'elles engendrent.

« L'argent est difficile à avoir, le salaire est faible. Je me demande comment je parviendrais à faire face à mes charges, c'est-à-dire l'habillement des enfants, l'achat de mouton et aux nombreuses sollicitations. Nous sommes à quelques heures de Tabaski, je n'ai pas encore mon mouton. L'argent que j'ai reçu a été dépensé pour les enfants afin qu'ils ne soient pas frustrés le jour de la fête. Pourtant, le benjamin ne cesse de me harceler, me demandant d'amener au plus vite notre mouton. Je ne peux pas lui dire que je n'ai pas d'argent. Je me contente de le soulager en promettant qu'à la veille on ira ensemble au Garbal pour en chercher. Vous voyez que c'est triste… » , se lamente S. D., qui ajoute qu'il n'a pas des dépenses de moins de 200 000 F CFA à faire alors que sa rémunération ne dépasse guère 75 000 F CFA. Selon lui, il a été obligé d'acheter des wax à ses filles au lieu des prêts-à-porter comme c'était le cas lors des précédentes années.

Pour certains chefs de famille, la seule porte de sortie, c'est s'endetter pour pouvoir joindre les deux bouts. « J'ai trois filles et un garçon. Chaque 31 décembre, je sors avec mes filles. La particularité, cette année c'est que le hasard du calendrier a fait que la Tabaski et le 31 coïncident. Déjà, elles m'ont mis en garde qu'elles ne porteront pas la même tenue le jour de Tabaski et la nuit du 31. Même si les salaires sont en cours, j'ai été obligé de faire un découvert à la banque pour faire face à mes charges : habillements, chaussures, coiffure, mouton… sans oublier le quotidien » , confie un autre chef de famille.

Nos deux interlocuteurs conviennent que pour parler de programmation, il faut avoir un salaire conséquent. « Un Malien moyen ne peut pas se programmer. Surtout si le tout se rattache à ton seul salaire. Il faut vivre la situation pour savoir que ce n'est pas facile » .

Comme quoi, après les fêtes de fin d'année, des chefs de famille auront aussi à faire face au paiement des dettes. Un calvaire sans fin en somme.

Mohamed Daou

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HABITS DE FETES

Chassé-croisé tailleurs/clients

En cette veille des fêtes de Tabaski et de fin d'année, la tension monte souvent entre des tailleurs et leurs clients. Les premiers sont accusés de donner trop de faux rendez-vous. En retour, ils reprochent aux seconds d'apporter leurs habits en retard. Les teintureries et autres coiffeuses arrivent-elles à tirer l'épingle du jeu ?

Il n'est pas rare d'entendre chez nous qu'un tailleur n'a pas de rendez-vous. D'ailleurs le chanteur Koko Dembélé n'a-t-il pas dénoncé dans une de ses chansons célèbres « Tailleurouw » , la galère que font subir les tailleurs à leurs clients à la veille des fêtes ?

Ainsi, suite à nos passages dans certains salons de coiffure et ateliers de teinture et de couture dans la capitale, nous avons constaté la ruée de dernière minute des clients dans ces différents lieux.

Dans un atelier de couture à Kalabancoro, nous avons compté jeudi matin plus d'une vingtaine d'habits non cousus sur la table. « Les clients viennent toujours au dernier moment. Et même si on leur dit qu'on ne peut pas finir les habits dans les délais, ils insistent. Bien que j'ai fait venir deux ouvriers en plus des trois permanents, nous restons toujours débordés » , explique le chef de l'atelier, Kola Thiokary.

Ces propos du maître tailleur ont aussitôt provoqué l'ire d'une jeune fille. « Et moi ? Tu ne vas pas me dire que je suis venue en retard aussi ? Il y a, au moins plus de deux semaines que tu as mon habit et tu n'as même pas commencé à le couper. En tout cas, moi je ne bougerai pas aujourd'hui sans mon habit cousu » , tranche la demoiselle au bord des larmes.

Contrairement aux tailleurs, la teinturière Fatou Daou, installée à l'orée d'un cours d'eau à Kalabancoura, rassure ses cinq clientes que nous avons trouvées sur place de tout mettre en œuvre pour les satisfaire. « Nous ferons tout pour arrêter les travaux avant vendredi. J'ai toujours dis à mes clients d'amener plus tôt les habits, mais chaque année c'est le même scénario » , déplore cependant la teinturière.

L'ambiance était plus sereine hier matin au salon de coiffure « Belle dame » à Hamdalaye. Là-bas, les clientes se faisaient rares. Selon la gérante, elles ne viennent généralement que la journée du 31 décembre. « Entre 9 h et 22 h » , précise t-elle.

Amadou Waïgalo

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FETES DE FIN D'ANNEE

Les préparatifs d'un « grin » de Faladié

Pour rendre leurs fêtes de fin d'année mémorables, un groupe de jeunes de Faladié réunis s'activent à mettre les petits plats dans les grands. Nous avons suivi la composition de leurs recettes.

Ils sont au total douze jeunes garçons célibataires à se donner la main pour fêter avec éclat et la Tabaski et la Saint-Sylvestre ce week-end. Et pour cela, ils ne lésinent pas sur les moyens : chacun d'entre eux devra débourser la somme de 20 000 F CFA, soit au total 240 000 F CFA pour deux nuits de bamboula.

Si tout le « grin » est d'accord sur la cotisation, l'utilisation de la manne soulève des débats et divisent. Les premiers proposent, soit des poulets ou deux moutons au four toutes les nuits avec les consommations diverses (sucreries, alcool) dans un espace réservé. Les autres proposent des sorties dans différentes boîtes de nuits jusqu'au lever du soleil. Mais, c'était sans compter avec l'avis de la dizaine de filles du « grin » qui, à l'unisson, ont décidé de suivre les premiers : fêter en famille autour d'un menu riche et varié, de la musique…

« Les nuits de fête, la circulation est impossible avec les embouteillages monstres. Ce n'est même pas bon de sortir. La meilleure formule, c'est de chercher un coin tranquille pour partager sa joie avec ses amis, son … » , confie une des filles.

A notre question de savoir si ce n'est pas un gâchis de claquer 240 000 F CFA en deux nuits, le chef de « grin » Mohamed, 29 ans répond, « ce sont des occasions rares, une fois par an la Tabaski et le 31. Surtout que cette année, ces deux fêtes se suivent. C'est l'occasion pour nous de nous éclabousser et après tout, la vie continue » , dit-il. Un de ses camarades poursuit : «  il se peut qu'on augmente cette somme parce que je crains fort qu'elle suffise. Chacun de nous a déjà dépensé une fortune : l'habillement, la coiffure, la chaussure de la ‘go' sans oublier son propre costume. Il n'y a pas de feu quoi » , témoigne-t-il.

La particularité de ce groupe est que tous travaillent et gagnent assez bien leur vie. Ils ont décidé de louer pour ces fêtes une villa, loin des regards indiscrets.

« Les fêtes tombent sur des jours fériés. Donc, nous avons le temps de nous reposer avant d'attaquer la nouvelle année 2007 qui se pointe déjà » , ajoute un membre des douze cascadeurs.

S. Y. D.

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EPILOGUE

Des fêtes coûteuses sans fin

Dans la société traditionnelle, le passage d'une année à une autre n'est pas obligatoirement fêté ou n'occasionne pas de dépenses particulières, en revanche les fêtes religieuses, lorsqu'elles coïncident avec celles de fin d'année, deviennent un véritable casse-tête pour les parents, toutes fortunes confondues.

Les dépenses de fin d'année commencent avec la rentrée scolaire au mois d'octobre. Avant les années 1971-1972 où l'école fonctionnait par l'Etat, était prise en charge par lui, l'ouverture scolaire ne ruinait pas les parents d'élèves comme c'est le cas aujourd'hui. Les parents étaient seulement tenus d'habiller et de chausser leurs enfants pour les mettre sur le chemin de l'école. Le paiement des fournitures scolaires, qui fait tant de bruit aujourd'hui, n'était pas un problème pour eux parce que pris en charge entièrement par les pouvoirs publics. L'objectif recherché alors était le bon fonctionnement de l'école et la scolarisation effective des enfants et non la rentabilité financière des établissements scolaires et l'enrichissement rapide de leurs promoteurs.

L'éclatement de la crise scolaire à partir de 1974-1975 a inversé toute cette tendance suite au désengagement, même pas progressif, mais brutal de l'Etat du secteur de l'éducation et au délabrement général de l'école qui en a résulté. Les pouvoirs publics, en se limitant seulement au paiement du salaire des enseignants, se sont retirés de tous les circuits de financement de l'école pour se reposer sur les parents d'élèves obligés de ce fait de se substituer à l'Etat et de tout prendre en charge.

Désormais, non seulement ils doivent assurer les fournitures scolaires, mais également payer les frais d'entretien et de réfection des salles de classe, sans évidemment oublier les frais d'habillement des élèves, leurs déplacements ainsi que les cotisations scolaires. La fête de la naissance de Jésus-Christ le 25 décembre étant un événement religieux légal au Mali, elle est célébrée avec faste par les chrétiens mais aussi par certains non chrétiens à cause de l'ambiance festive que ses préparatifs répandent alentour. Pour cette fête qui est pour les chrétiens l'occasion de grosses dépenses dans l'habillement et l'alimentation, les chefs de famille de cette confession économisent une bonne partie de l'année et ne reculent pas devant les dépenses.

Il faut aussi souligner que dans certaines villes du pays, Noël n'est pas une fête exclusivement chrétienne dans la mesure où elle est célébrée dans la ferveur autant par les chrétiens que par les musulmans, les deux communautés coexistant pacifiquement. Il en va de même pour la fête du Nouvel an communément célébrée par les communautés chrétiennes et musulmanes des villes, les ruraux, majoritairement jusqu'à une époque récente, ne la connaissant pas. Sa célébration s'est installée dans nos villes parce que les fonctionnaires et les autres bureaucrates qui y vivent sont régis par le calendrier grégorien et non par le calendrier traditionnel bamanan dont la fin de l'année ne correspond pas forcément au 31 décembre.

Toutes ces fêtes sont célébrées à une époque où la vie est chère. C'est même devenu une tradition maintenant qu'à partir du mois d'octobre (peut-être même avant), les commerçants, sous divers prétextes qui naturellement ne tiennent pas la route économiquement, font monter les prix. La période correspond aussi à celle dite de soudure où les prix montent vertigineusement, qu'il s'agisse des prix des denrées de première nécessité ou de ceux des autres articles, tous grimpent artificiellement alors que les salaires n'ont pas bougé. Tous ces facteurs font que la fin de l'année est une période redoutée par les travailleurs même si elle est pleine de fête et de joie.

Depuis plus d'une décennie, le mois de carême se passe aussi en fin d'année, de même que la fête religieuse qui le suit. Ce mois étant traditionnellement un mois de cherté par la cupidité des commerçants et des marchands, la fête de Ramadan ou petite fête se passe généralement dans les conditions extrêmement difficiles pour les citoyens. La rentrée scolaire arrive elle aussi dans une conjoncture tendue, mais puisqu'il faut bien que les enfants aillent coûte que coûte à l'école, les parents se saignent pour réussir ce pari.

Cette rubrique à peine close, il faut faire face aux préparatifs de la Tabaski qui ne peut se célébrer sans l'inévitable mouton qu'il faut obligatoirement acquérir, même en s'endettant. Toute la famille le commande, à commencer par les enfants particulièrement exigeants sur ce chapitre. Que le mouton excessivement cher (valant le prix d'un taurillon) ne les fera pas renoncer à cette option, pas plus qu'ils ne renonceront à celle de l'habillement ou des autres cadeaux. Dans beaucoup de parties du monde, la fin de l'année est une période difficile à cause des fêtes qui s'y accumulent et auxquelles on ne peut échapper, mais au Mali le manque de contrôle sur les commerçants fait que la situation devient plus trouble que partout ailleurs dans le voisinage.

Facoh Donki Diarra

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